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L'avenir de l'imprimé au XXIe siècle
Jocelyne ROUIS - CERIG / EFPG
(06 Mai 2002)
III - L'écrit numérique
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En quelques années, notre société basée sur l’imprimé a basculé dans le monde de l’écrit numérique qui est caractérisé par la rapidité des échanges, les possibilités de mises à jour et la liberté de production. Cependant, le numérique introduit une dépendance vis à vis d'une machine ou d'un l'outil intermédiaire (CD-ROM, Web, ...) et génère de nouveaux comportements tant pour le producteur que pour l'utilisateur de l'écrit. L'usage courant du couper/coller facilite et simplifie à tel point l'écriture que l'auteur peut ne plus avoir réellement besoin de s'approprier le savoir qu'il diffuse [3-1]. A l'opposé, l'acte de lecture se voit complètement chahuté par les liens hypertextes et la navigation virtuelle. N'étant plus guidé par la forme matérielle de l'objet et la linéarité des supports traditionnels, le lecteur "d'hyperdocuments" peut suivre, à l'intérieur d'une oeuvre, un parcours de lecture complètement unique. Sur le Web, l'hypertextualité oblige le lecteur à s'astreindre à une grande vigilance pour ne pas se perdre dans la multiplicité des offres qu'il croise et être capable de structurer et construire un sens à son parcours de lecture [3-2].
III. 1- Les caractéristiques de l'écrit numérique
On appelle texte numérique, un texte produit par un auteur et encodé par un ordinateur en une suite de 0 et de 1. Sous cette forme ce texte est transmissible par différents moyens, stockable sur différents supports et lisible après décodage à l'aide d'une machine. En effet, les écrits numériques reposent entièrement leur existence sur l'utilisation d'une machine à la fois comme interface avec l'auteur et avec le lecteur. Ce point est très important pour l'analyse des évolutions de l'écrit. La tradition orale n'a besoin d'aucun vecteur pour être transmise entre deux personnes, simplement elle est subjective et déformable. L'écrit nécessite un support et un instrument pour sa production, sa lecture par contre ne fait appel à aucune machine. Cependant, une fois inscrit sur un support (papier ou autre), cet écrit présente un caractère définitif, il est figé [3-3].
Contrairement à l'imprimé figé sur le papier au moment de sa publication, l’écrit numérique est malléable et immatériel. Il permet aisément les modifications et se trouve ainsi toujours dans un état potentiellement provisoire. En un sens, il perd de sa stabilité. Mais en même temps, à chaque instant, il est susceptible de devenir définitif parce qu'il peut être facilement imprimé. Il présente ainsi un caractère interactif très fort tant avec l'auteur qu'avec le lecteur.
L’interactivité est, en effet, une des composantes essentielle de l’écriture numérique. Elle se positionne sur deux niveaux :
    Une interactivité de "structure" appelée hypertexte qui permet de relier différents textes par des liens dans ou hors de toute structure linéaire ou hiérarchique ;
  Une interactivité de "surface" appelée hypermédia qui permet de juxtaposer dans un même document des données de différentes natures sémiotiques : texte, son, image et vidéo.
L'écrit sur une feuille de papier ou sur un écran d’ordinateur n'est donc pas du tout de même nature. Dès son origine, l'écrit hypertextuel est segmenté en noeuds d'information autonomes que le lecteur doit être capable de reconstituer. Cet écrit, dé-contextualisé et fragmenté, offre au lecteur une multiplicité et une liberté dans ses parcours, ses déplacements n'étant plus limités par la linéarité du texte matérialisée par un début et une fin. Dès lors, chaque mot devient virtuellement le lieu d’un nœud qui va permettre au lecteur d’enchaîner avec une nouvelle fenêtre de texte. Le passage d’une information à une autre, ou d'une idée à une autre, obéit alors au désir et aux associations mentales du lecteur plutôt qu’à un découpage conceptuel imposé par l'auteur.
L’avènement de l’écrit hypertextuel encourage les individus à affirmer leur différence. On savait déjà que deux personnes qui avaient lu le même livre pouvaient ne pas en avoir fait une lecture identique. Désormais, elles n’auront probablement pas lu le même livre !
Il en résulte que sous forme numérique, un document perd sa vocation d’être lu in extenso. Grâce à "l’écriture hypertextuelle", on ne lit même plus rapidement, on déroule, on survole, on explore, on surfe, on cherche, on zappe, on circule et on se perd dans un feuilleté de fenêtres et de pages... On s'active également à ouvrir et à fermer, à écouter et à revenir et même parfois déboguer. On est bien loin de la lecture reposante et apaisante d'un beau livre.
Par ailleurs, le numérique ouvre également de nouvelles voies pour les documents. Il autorise l'enregistrement, le stockage et la transmission de plusieurs types de données : texte, image fixe ou animée et son sur un même support. La combinaison et juxtaposition de ces différentes données est à l'origine de documents multimédia. Seulement là encore, seule une machine équipée d'un écran et de hauts parleurs est capable de recombiner et donc de restituer le document dans son intégralité.
En permettant au texte de s'émanciper du papier, l'ordinateur l'a doté de propriétés comme la fluidité, l'interactivité, la connectivité ou l'indexation intégrale. Cependant l'écran d'ordinateur induit en retour des contraintes pour le lecteur. En effet, si l’écran bouleverse les modes d’organisation, de structuration et de consultation des textes, lire sur un écran n'a rien à voir avec le fait de lire dans un livre. Lire sur un écran, c'est vraiment lire dans un milieu technique. La posture devant un ordinateur est bien moins confortable que celle dans un fauteuil, sur un lit ou sur la plage... et le calme mat et reposant du papier n'a rien à envier à la lumière scintillante des écrans qui fatigue très rapidement le lecteur.
III. 2- Les effets de la dématérialisation de l'écrit
En s'immiscent progressivement dans notre société de communication, l'écrit numérique conduit à des modifications de comportements et d'habitudes pour l'écriture et la lecture des textes mais génère également de nombreuses problématiques tant au niveau de la pérennité des oeuvres et de leur archivage que de la signature électronique pour n'en citer que quelques unes.
III. 2. 1- Le stockage et l'archivage
Devant une production de documents numériques en constante progression, il se pose très vite l'incontournable question de leur archivage face à des technologies en perpétuelle évolution.
La pérennité et l'exacte conservation de ces documents est un vrai problème. Être capable, après un temps plus ou moins long, de retrouver intact un document électronique nécessite que soient réunies les conditions suivantes :
    Stabilité, le document doit se présenter exactement avec la forme sous laquelle il a été produit, afin d'éviter toute altération ou détérioration ;
  Durabilité (sur des périodes longues quelques années et très longues) et qualité des supports physiques où sont enregistrés les documents ;
  Disponibilité et mode opératoire des appareils de lecture (nécessaire à la visualisation du document).
En effet, la loi de Moore se confirme, la puissance des ordinateurs (vitesse et mémoire) double tous les 18 mois et le stockage des informations est déjà passé des disquettes aux CD (CD Audio à partir de 1982 et CD-ROM à partir de 1985) puis au DVD, actuellement le DVD vidéo et bientôt le DVD-ROM. Le problème est d'assurer la compatibilité entre les anciens supports et le nouveau matériel sinon il faudra à chaque changement de technologie transférer l'ensemble des données stockées pour ne pas perdre les informations. C'est le grand défi que devra relever le numérique face au support papier.
Du point des livres, ce transfert du support papier vers des supports numériques, accompagné de tous les problèmes qu'il engendre, oblige les bibliothèques à réfléchir sur le rôle qu'elles auront à jouer dans le futur. La technologie numérique redistribue les points de repère du monde documentaire, basé depuis cinq siècles sur les valeurs essentielles de l'imprimerie : matérialité du support, opposition manuscrit unique/imprimé multiple, séparation texte/image.
Dès les années 80, la progression d’Internet dans les milieux universitaires et dans les centres de recherche a conduit les grandes bibliothèques à développer la numérisation des documents. Cette numérisation présente sans aucun doute pour les toutes les bibliothèques ou les centres d'archives de nombreux avantages :
    mode de stockage faiblement consommateur d’espace ;
  consultation du document sans aucune détérioration de celui-ci ;
  possibilité accrue de consulter des ouvrages rares ou fragiles ;
  démultiplication de l’accès aux catalogues et aux ouvrages ;
  enrichissement de l’offre proposée grâce à l'hypertexte, constitution de liens documentaires entre les ouvrages conservés dans un lieu ou un autre. Le réseau offre la possibilité de réaliser l’interconnexion des bibliothèques de lecture publique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières.
Les possibilités d’accès à distance aux fonds numérisés des bibliothèques représentent une chance en termes d'accès à l'information. Cependant des solutions techniques comme la standardisation et la normalisation doivent être fixées pour que l'on puisse disposer d’un espace informationnel adapté et adopté par les utilisateurs/consommateurs. Par ailleurs, le numérique permet également d’envisager la diffusion de produits documentaires spécifiques, complémentaires aux livres tels que les bases de données, CD-ROM, DVD-ROM, etc.
C'est pourquoi, si le cœur du métier de bibliothécaire était le catalogage et la conservation, il repose davantage maintenant sur un rôle de médiateur. Son rôle de qualification de l'information s'appuie sur un ensemble de méta-données et de bons moteurs de recherche pour récupérer, dans l’univers numérique au sens large, les contenus éditoriaux recherchés.
Cependant, la bibliothèque du futur doit être également le lieu où pourront être maintenues les différentes formes actuelles de l'écrit. La représentation électronique des documents ne doit pas signifier l'oubli ou la destruction des supports papiers actuels. La numérisation nous fait prendre conscience du fait que les textes ne sont pas nécessairement des livres, périodiques ou journaux, et que les notions juridiques de propriété littéraire, droit d'auteur, copyright, ou réglementaires tel que dépôt légal sont à redéfinir pour les écrits numériques [3-4, 3-5].
III. 2. 2- La signature numérique
La numérisation des écrits -- qui peuvent aujourd'hui être faxés, cryptés, et envoyés par courrier électronique -- met en défaut le système probatoire traditionnel basé sur les notions d'originalité et d'intégrité du message liées à la nature du support. D'un point vue juridique, jusqu'au 13 mars 2000, l'écrit papier, assorti d'une signature manuscrite, détenait seul le pouvoir de matérialiser le consentement des parties. Depuis cette date, l'écrit est légalement libre de tout support ce qui constitue une véritable révolution culturelle. Assisté de la cryptographie, reconnu par la loi comme par les juges, la signature électronique devrait progressivement trouver sa place aux côtés de l'écrit papier, doyen des modes de preuves [3-7]. Cependant, les conditions d'application (décrets d'applications datant de 2001 et arrêtés ministériels de 2002)  et les modalités de traitement n'étant encore complètement établies du fait de certaines complexités techniques, ce type de signature tarde à se généraliser. En théorie, la technologie basée sur une infrastructure à clés publiques (ICP) permet d'établir la confiance sur Internet. Mais la réglementation élaborée autour de sa mise en application pose un vrai problème. Tout une série d'organismes doivent intervenir en cascade pour certifier la conformité de la signature. Et cela est sans compter les problèmes générés par des compatibilités de matériels, de logiciels et de plateforme. Une solution réellement universelle fait encore l'objet de recherche [3-9].
III. 4- Conclusion
La technologie numérique, le multimédia et les réseaux perturbent les points de repère du monde de l'imprimé basé depuis plus de cinq siècles sur les valeurs de l'imprimerie. Comme lors des précédentes évolutions (culture orale vers la culture écrite, puis culture écrite vers la culture du livre), l'adoption de l'écrit numérique génèrent actuellement de vifs débats. En effet, les dépositaires de l'ancien savoir ont toujours eu une réaction de peur face à l'idée de perdre leur identité du fait de l'apparition des nouvelles techniques.
L’histoire des livres sous forme numérique est déjà un peu ancienne. Elle remonte à 1971, avec le projet Gutenberg, première bibliothèque numérique au monde. Ce projet visait à mettre à la disposition de tous, le plus grand nombre possible d’oeuvres du domaine public. Mais le développement réel du numérique est surtout lié à celui du Web, et date de 1993-1994 avec une accélération ces dernières années. Depuis lors, l’utilisation extensive d’Internet couplée à la généralisation des livres numériques (versions numérisées des livres) et à l’apparition des livres électroniques (appareils de lecture), amènent de profonds changements dans notre rapport à l’écrit. Cependant l'histoire nous montre qu'au lieu de les remplacer, les nouvelles pratiques s'ajoutent souvent aux anciennes et viennent même les compléter.
 
 
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