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Vous êtes ici : Accueil > Technique > Nouvelles technologies > Permanence ou mutation de l'imprimé ?           Révision : 14 Février 2008
Permanence ou mutation de l'imprimé ?

Jocelyne ROUIS (Enseignante Pagora)
(14 Février 2008)
Intervention préparée pour le Colloque "L'imprimé : un média du futur"
Novembre 2007
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Un enjeu majeur qui soulève de nombreuses questions !
Au cours des temps, l'homme a, successivement, utilisé différents supports pour conserver et transmettre ses écrits. En parallèle, la structure des textes, les pratiques de lecture ainsi que les modes d'accès à l'écrit ont évolué en lien très étroit avec la nature de ces supports. Pour analyser l'impact des supports numériques de l'écrit sur nos comportements, il convient de replacer deux évolutions importantes : le codex et l'invention de Gutenberg.
En effet, depuis le passage du Volumen au Codex (ancêtre du livre) au IIe siècle de notre ère, les notions de cahiers et de pages structurent notre approche de l'écriture. Avec l'invention de Gutenberg et l'industrialisation de l'impression au XVe siècle, le papier est devenu le véhicule essentiel des échanges intellectuels de notre monde moderne qu'il s'agisse de transmission des savoirs ou de la conservation de la mémoire. Cette production d'imprimés, manuelle à ses débuts, s'est progressivement développée jusqu'à l'arrivée de l'informatique qui a entrainé une profonde redéfinition des métiers dans ce secteur.
Quoiqu'il en soit, le lien qui nous unit au papier et à l'imprimé est aujourd'hui très important.

Permanence de l'imprimé...

En savoir plus :

Cependant depuis l'apparition des supports numériques pour l'écrit (Ordinateur, CD-ROM, DVD, Téléphone portable et dernièrement E-paper avec l'encre électronique de E-ink (Massachussetts) – un «papier» qui n'est pas réalisé à base de papier mais simule son comportement) et surtout l'arrivée d'Internet, devenu en peu de temps une référence incontournable, le monde traditionnel de l'imprimé, réputé et reconnu pour sa stabilité, a été très violemment bousculé jusque dans ses propres fondements. La notion de page qui structure notre approche du document écrit depuis le codex n'est plus l'unique référence en la matière. D'autant que ce transfert de l'écrit d'un support traditionnel vers des supports numériques modifie considérablement notre rapport à l'écrit et à la lecture.

En effet, contrairement à l'imprimé figé sur le papier dans un texte structuré en page, l'écrit numérique perd sa stabilité à partir du moment où il peut être coupé, copié, collé. Les conséquences en sont, bien souvent, un mode de lecture diversifié et très complexe. De fait, l'écrit n'a plus vocation à être lu in extenso (on survole, on surfe ….), chacun se construisant son chemin de lecture en voyageant librement et aisément d'un document à un autre.

Ce bref rappel de l'histoire de l'écrit et de son évolution démontrent bien qu'il existe une liaison très étroite entre la nature des supports de l'écrit, la forme des documents, et les pratiques de lecture qui en découlent.
Il suffit pour s'en convaincre de constater la rapidité avec laquelle des nouvelles technologies comme le téléphone portable ou Internet ont été intégrées dans nos mœurs. C'est pourquoi il parait difficile d'affirmer que les nouveaux supports de l'écrit n'auront pas, un jour, un impact fort sur nos habitudes et nos pratiques.

L'impression a-t-elle encore une place à l'ère du Web ?

Force est de constater que l'ère du numérique ne remet pas totalement en cause l'existence de l'imprimé mais l'invite à s'adapter à une nouvelle époque où les besoins et les habitudes changent. Plutôt que de parler de concurrence avec les médias numériques, il s'agit pour le papier et l'imprimé de trouver une complémentarité entre le monde de l'impression et les nouveaux supports de l'information.

Cependant dans ce nouveau monde numérique, une question majeure n'a pas encore trouvé de réponse satisfaisante, c'est celle de la conservation de la mémoire. En effet, à ce jour, la pérennité des supports numériques n'est pas complètement assurée. La disquette est devenue obsolète. Certains CD-Rom n'affichent que des durées de vie que de 5 ans, alors qu'il est encore possible lire des livres qui datent du XVIe siècle.

Par ailleurs, alors que le papier et son industrie se retrouvent souvent placé au cœur de problématiques liées au développement durable, qu'en est-il de l'impact environnemental des produits électroniques (pour référence - la note de veille du centre d'analyse stratégique n°78 du 22 octobre 2007)

«L'essor de l'informatique a, en effet, pu laisser croire un temps à une réduction importante des usages du papier. Il n'en a rien été, malgré quelques dématérialisations. En réalité, l'écobilan du remplacement d'un livre issu de l'industrie papetière, lourd, mais in fine inerte par un livre dématérialisé mais consommateur d'énergie n'est pas toujours évident.»

Par ailleurs, même si l'industrie de l'électronique (silicium, métaux lourds), potentiellement très polluante, occupe 5 des 10 premières places du classement mondial des entreprises « vertes » (source : Innovest, 2006), il se pose encore la question de la fin de vie de tous les produits issus de ces technologies.
Un constat amplifié par le rythme des progrès technologiques qui est tel que les équipements, comportant des matériaux et composants souvent toxiques, deviennent rapidement désuets.

 Ou Mutation ? ... Que peut faire l'imprimerie face à cette situation ?

Le secteur de l'imprimerie et de l'édition est confronté, surtout depuis une vingtaine d'années, à des changements majeurs, liés à l'évolution d'une part des technologies d'impression et à l'arrivée de l'informatique et d'autre part aux besoins des lecteurs et à la diversification des supports publicitaires.
La concurrence d'Internet même si elle présente une réalité forte est peut-être moins une menace qu'une opportunité, sa consultation par exemple peut générer de nouveaux imprimés.

Cependant la diffusion, toujours plus rapide, d'un volume d'informations toujours plus important, pousse le monde de l'impression à faire appel aux technologies les plus modernes et à en changer avec un rythme soutenu. Impression juste à temps, document personnalisé et reproduction des couleurs sont aujourd'hui les facteurs clés pour le succès du média imprimé.

A - Evolution de la chaîne graphique

La chaîne graphique s'est en effet profondément modifiée en passant du plomb au film, puis avec l'arrivée progressive de la numérisation de toutes les étapes du prépresse conduisant un fichier numérique jusqu'à son impression sans matérialisation sur une forme imprimante. Aujourd'hui, l'impression numérique est un procédé mature qui a su trouver sa place sur le marché de l'imprimé et poursuit un développement régulier.

Cependant toutes ces mutations ont conduit à de nombreuses modifications tant au niveau de l'organisation de la production, de la distribution que de la consommation des imprimés.

Les changements, que l'on constate, peuvent se résumer dans ces quelques points :

    Un déplacement de « l'acte d'imprimer » :
  
des presses traditionnelles vers des presses numériques pour certains types imprimés,
   des imprimeurs vers d'autres acteurs professionnels
   mais aussi …
   un passage du concept « imprimer puis distribuer » à celui de « distribuer puis imprimer » qui renvoie l'acte d'impression au plus près de l'utilisateur final
  La montée en puissance de la notion de service avec la production d'imprimés.

En effet, au-delà de la problématique du transfert de l'encre sur le papier de nouvelles thématiques ont fait leur apparition :

    La personnalisation des documents. Un secteur où l'impression numérique trouve toute sa place et où les leviers de croissance pour le monde de l'éditique sont importants que ce soit dans le document transactionnel ou dans le marketing. C'est encore un marché à explorer et pour lequel l'alliance de la gestion de la couleur et de la personnalisation à travers la gestion de bases de données réclame une expertise très spécifique.
   Courts tirages, impression à la demande. Production dans des temps réduits de tirages toujours plus courts mais où la notion de produire juste la quantité nécessaire prend tout son sens dans le contexte d'un développement durable.
  Complémentarité avec d'autres médias et notamment Internet (commande d'imprimés à travers des systèmes dédiés), mais aussi association de l'imprimé avec d'autres supports pour relayer un message. Différentes déclinaisons existent déjà aujourd'hui (message sur une affiche invitant un consulté un site web avec un code spécifique ou message sur une affiche en lien avec une campagne publicitaire envoyé sur téléphone portable grâce des étiquettes RFID ou encore campagne SMS et papier lié à la diffusion d'information personnalisées sur un site Web …). Le développement de ce secteur laisse entrevoir un marché porteur pour l'imprimé.

Par ailleurs, la numérisation de la chaîne graphique ne s'est pas contentée de profondément de modifier les habitudes de travail au sein des imprimeries, elle a également complètement redistribué la place des différents acteurs en amont et en aval de cette chaîne graphique. Le constat est la convergence entre de nombreux métiers.

B - Complémentarité : l'imprimé devient un des vecteurs de la diffusion des informations

Au delà des mutations technologies propres à la réalisation d'un imprimé, il s'agit pour l'imprimé de s'insérer et de trouver sa place au sein d'une communication globalisée qui met en jeu de nombreux supports d'information, chacun relayant une partie du message. Complémentarité et coexistence entre l'imprimé et les autres moyens de communication sont les nouveaux enjeux de la communication papier écrite.

Si hier, l'imprimé se positionnait comme un vecteur unique pour le transfert d'informations, aujourd'hui ce qui fait la force d'un message, c'est d'être transporté et relayé à travers différents média. L'imprimé se retrouve donc au centre d'une chaine de communication faisant appel à de nombreux vecteurs. Même s'il reste un maillon essentiel de cette communication, il doit composer avec les e-mails, les SMS, les sites web et autres relais d'informations… Chacun véhiculant, selon sa spécificité, une partie de l'information. Et c'est dans cet ensemble où le volume global d'informations échangées est en augmentation, que l'imprimé doit retrouver toute sa valeur ajoutée.

Cette complémentarité prend tout son sens dans le monde de l'éditique, (alliance entre la personnalisation des documents et une invitation à se connecter à un site web et à être reconnu) et dans celui l'affichage.
En effet, média de masse par excellence, l'affichage promet pour demain d'être capable interagir avec le lecteur jusqu'à proposer une relation personnalisée avec le futur consommateur.

Plusieurs expériences sont en cours actuellement :

    Une première expérience d'affichage urbain s'est installée dans Paris. Les panneaux d'affichage de certaines stations de bus ont intégré la technologie E-paper pour une campagne publicitaire pour Decathlon. Le produit présente des zones de contenus animées pour interpeller le passant comme un prix qui change. Il permet actuellement 2 mois d'autonomie de fonctionnement.
  Une autre expérience avec des affiches électroluminescentes placées dans le métro Lyonnais pour une campagne de pub de UPS vise à attirer l'attention des voyageurs. Pour le lancement de son « Widget », un petit personnage dont le rôle est d'assister les clients désirant suivre leurs livraisons sur son site Web, UPS a mis scène l'œil de ce personnage qui s'agrandit, s'illumine et s'éteint

Un des moyens de réaliser ces nouveaux supports d'informations que ce soit pour l'affichage ou pour l'emballage, est d'utiliser l'impression pour réaliser ces composants électroniques.
C'est une mutation et un pari avec des perspectives de marché très importantes mais qui implique que l'on considère dès le développement de ces nouveaux produits, les problématiques de recyclage et de fin de vie.

C - Impression de composants électroniques ou électronique imprimée

L'émergence de cette nouvelle technologie conduit à mettre en avant un nouveau marché, sans lien avec l'électronique traditionnelle, celui de l'électronique à faible coût pour des applications comme les systèmes d'affichages flexibles, les étiquettes d'identification par radio fréquence (RFID), les batteries ….

L'idée force de ce nouveau secteur est d'être capable d'intégrer des composants électroniques dans des produits courants afin de les rendre interactifs ou « Intelligents ». Les caractéristiques de ce nouveau marché, très différent de l'électronique actuelle, reposent sur :
- des coûts impérativement bas à l'unité,
- des volumes de production très importants sur de grandes surfaces
- et un dépôt sur des supports souples (papier, plastique, textile).

Des activités et des impératifs qui rejoignent ceux de l'imprimerie.
En effet, ce secteur industriel a une carte à jouer dans ces développements par la nature même des procédés qu'il utilise (Offset, Flexo, Hélio, Sérigraphie, Jet d'encre). Chacun d'eux propose un dépôt de couche mince et des capacités de production très élevées (production de surface imprimée allant jusqu'à plusieurs centaines de m/mn).

Simplement, au lieu d'imprimer des encres classiques, ce sont des encres électriquement fonctionnelles qui sont déposées. Ces matériaux conducteurs en solution permettent tant le dépôt de couche unique que de couches successives (pour les besoins des composants multicouches) conduisant à la création de composants électroniques de nouvelles générations permettant la réalisation de dispositifs actifs à faible coût.

C'est vers la fin des années 70 qu'est née l'électronique imprimée, des chercheurs ayant démontré l'existence de polymères à forte conductivité. Ces travaux ont alors ouvert la voie au développement des polymères conducteurs utilisés aujourd'hui dans ces nouveaux composants.

Depuis maintenant 5 ans, l'électronique imprimée en série sur de grandes surfaces à faible coût de production est devenue une réalité grâce à une meilleure adaptation entre les technologies d'impression et les composés à déposer.

Cependant, il faut noter qu'il existe encore des limites avant d'atteindre ce que le marché nous promet comme développement. Ces limites se trouvent dans la résolution des techniques d'impression développées à l'origine pour la résolution de l'œil humain et donc encore insuffisamment faible pour les applications visées dans ce nouveau contexte (enjeu être capable d'imprimer des traits de 65 nanomètres de large). De la même manière, des progrès sont encore à réaliser sur l'uniformité de l'épaisseur des dépôts et son contrôle.

Quoiqu'il en soit des exemples ont déjà été développés

    Le dépôt des antennes des étiquettes RFID est déjà une réalité industrielle et des recherches sont actuellement en cours pour le dépôt en ligne de composants ayant des fonctionnalités des puces.
  L'imprimé devenant "écran" est une vraie révolution. En effet, avec uniquement, de l'encre déposée sur du papier, et un principe encore gardé sous le couvert du secret, la société Quamtum (Michigan) a réussi le mariage du papier et de la haute technologie permettant une réduction considérable du coût des écrans. Cette technologie met en jeu plusieurs couches d'encre (afin d'obtenir un feuillet constitué de couches conductrices et de couches isolantes) déposées sur un support papier.

Certes, aujourd'hui les possibilités d'animation sont encore limitées mais pour demain les enjeux sont beaucoup plus ambitieux, affiches interactives, écrans de portable et aussi écrans de télévision haute définition.

II. Implication de Pagora dans de nombreux projets pour le Futur

A l'aune de ces perspectives, l'EFPG (Ecole Française de Papeterie et des Industries graphiques), acteur à part entière de ce monde en mutation, va évoluer pour devenir en Septembre 2008, Pagora, Ecole internationale du Papier, de la Communication Imprimée et des Biomatériaux (Groupe Grenoble-INP).

Ce changement de nom intervient en lien avec la réforme du groupe Grenoble INP. Elle offre une opportunité unique à PAGORA de faire valoir ses ambitions sur le plan l'international et de participer à un projet d'alliance entre Pagora, Grenoble-INP et le CTP au sein d'une plateforme technologique qui permettra à Grenoble de devenir un pôle européen majeur sur les thématiques de recherche : Papier et Impression du Futur.

Cette Ecole vient en effet d'accueillir dans ses locaux en septembre 2007 deux conférences internationales portant entre autres sur le thème de l'impression des composants électroniques :

    La première, une conférence internationale "IARIGAI 2007" portant sur les dernières avancées de la recherche en imprimerie, avec une participation record de plus de 120 participants de toute l'Europe et 50 exposés scientifiques en ont fait un évènement marquant.
  La seconde les "EFPG DAYS"  sur "l'Electronique imprimée, Transfert physico-chimique dans l'impression et l'emballage", un séminaire de recherche qui a réuni prés de 40 participants européens.

Par ailleurs, ces nouvelles thématiques de recherche sont étudiées au sein du Laboratoire de cette école, le laboratoire LGP2 depuis plusieurs années. Une première thèse sur « l'Optimisation des paramètres d'impression pour l'électronique imprimée sur supports souples » a été soutenue par Mathieu Fenoll en Juin 2007. D'autres sont en cours de préparation.

Dans le domaine de l'impression embarquée pour équiper des micro-systèmes (par exemple pour applications médicales, militaires, électroniques miniatures…) des électrodes performantes pour accumulateur lithium-ion ont été réalisées par flexographie dans le cadre d'une seconde thèse qui sera soutenue par Franck Medlege au printemps 2008.

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