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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Le Grésivaudan, berceau de la Houille Blanche > La saga des Bergès : sur les bords du Salat Révision : 3 mai 2007  
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André FAURIE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
numéro spécial, 2005
Mise en ligne : Mai 2007

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II - La saga des Bergès

1 - Sur les bords du Salat

  Moulin à papier de Lorp, sur le Salat  
Figure 3 - Moulin à papier de Lorp, sur le Salat

Depuis 1770, le sieur Roquemaurel, seigneur de Taurignan, emploie le Maître papetier Galley pour faire mouliner son moulin à papier de Lorp situé sur le Salat, un affluent ariégeois de la Garonne. À la Révolution, le seigneur qui a émigré, conserve la vie mais le moulin devenu "bien national" est abandonné durant deux ans faute d’acquéreur. En 1795, Laurent Bergès, architecte à Saint Lizier, achète le moulin et remet Maître Galley au travail mais ne s’intéresse guère à sa nouvelle acquisition. En revanche, son frère cadet, Bertrand Bergès (1771-1809), s’intéresse de très près au moulin et surtout à la fille du Maître qu’il épouse en 1798. Il reçoit en cadeau de mariage le moulin de Lorp, les terres attenantes et les droits d'eau qui y sont attachés.

Son fils Pierre (1800-1891) est âgé de 9 ans à la mort de son père. À 15 ans, il se retrouve à la tête du moulin à papier familial. La vieille roue en bois, entraînée par le Salat, actionne l'arbre à came qui soulève les maillets ferrés de leur auge de pierre. Le bruit lancinant des "potatos" rythme la vie des papetiers du Couserans, et l'on dit même que sur les bords de la Garonne, lorsque le vent vient de la Catalogne, cette mélodie étrange rythme les battoirs des lavandières. Les formes couchent allègrement leurs 100 à 200 kg de papier par jour, mais la demande n'est pas satisfaite pour autant.

  Pierre Bergès, ses fils Aristide, Georges et Maurice, et Fresnay, directeur de l'usine  
Figure 4 - Pierre Bergès (assis), ses fils Aristide, Georges
et Maurice, et Fresnay, directeur de l'usine

Pierre Bergès est un homme de caractère, certes autoritaire, mais toujours à la pointe des techniques.
En 1834, il apprend qu’une machine révolutionnaire venant d’Angleterre a été installée à Essonnes : "Elle produisait, dit-on, autant que 10 cuves". Avec ces coquins de vendeurs de chiffons, tout se sait ! L’un d’eux accepte de se faire accompagner incognito et fait découvrir la merveille au papetier. Gravé dans sa mémoire, les plans de la "machine à faire le papier en continu" sont transmis à un mécanicien, Thebes, qui se met à l’ouvrage.
Cette machine est celle inventée par Louis-Nicolas Robert en 1799 et modifiée en Angleterre par les frères Fourdrinier.
L’inventeur de la "machine à fabriquer du papier, d'une largeur fixe et d'une longueur indéfinie" est mort dans la misère six ans auparavant mai son invention a fait florès : depuis sa première installation en 1811 à Sorel-Moussel, la machine Fourdrinier est installée dans toutes les papeteries dignes de ce nom.
En 1835, la machine est installée mais sa mise au point est longue et difficile, les clients se plaignent : "Nous avons reçu votre papier à la mécanique, mais il ne convient pas. Envoyez-nous votre papier habituel".  Ce n’est que quatre années plus tard que les clients seront vraiment satisfaits.

Le 4 septembre 1833, Lorp, petit village de l'Ariège, voit la naissance d'Aristide, premier fils de Pierre. De père en fils, papetiers ils sont, papetiers et innovateurs ils restent. Comment voulez-vous que, dès sa jeunesse, Aristide ne tombe pas dans "la cuve" dans un tel environnement ? Ainsi commence la saga des Bergès.

Aristide Bergès est scolarisé chez les Frères de la Doctrine Chrétienne de Toulouse et poursuit de brillantes études jusqu’au baccalauréat ès sciences. A 19 ans, il sort second de l'École Centrale des Arts et Manufactures. Il propose à son père d’installer une deuxième machine Fourdrinier destinée à fabriquer du papier journal et, pour assouvir ses appétits de pâte à papier, l'un des premiers "Voelter".
Une douzaine d’année auparavant, Keller Göttlob Friedrich, un tisserand allemand particulièrement maladroit, fait frotter sur la meule le manche en bois de sa hache chaque fois qu’il l’aiguise. Maladroit certes mais également très observateur, il remarque que cette poussière de bois se disperse dans la flaque d’eau au pied de sa meule et forme une fine pellicule solide après évaporation. Pour économiser les précieux chiffons, seule matière première utilisée à cette époque, il propose aux papetiers de mélanger cette pâte de bois aux "peilles". L'idée fait son chemin et en 1846, Heinrich Voelter rachète le brevet, améliore le procédé et fabrique sa première pâte mécanique en 1852.

  Aristide Bergès à 36 ans  
Figure 5 - Aristide Bergès
à 36 ans

Toujours à l’affût des dernières innovations, Aristide Bergès ne peut laisser passer cette occasion. En 1852, il installe une deuxième machine à papier utilisant la pâte de bois. D'une conception beaucoup plus élaborée que la première, elle utilise la vapeur pour le séchage du papier. Cette machine fonctionne sans grandes modifications jusqu'en 1902.
Les révolutionnaires et intellectuels du XVIIIème et XIXème siècles ont des idées mais pas de support. Avec l'arrivée du papier, la communication de masse peut commencer. Messieurs les papivores à vos rotatives ! Le peuple est avide de s'informer, d'apprendre, de contredire...
Aristide Bergès a pris conscience de cela et ne pense plus qu’à fabriquer de grandes quantités de papier destinées à l’impression. Guidé par la méthodologie apprise à l'École Centrale, par sa rigueur d'ingénieur et son esprit critique, il rationalise et industrialise la fabrication de la pâte mécanique. Il propose sans cesse à son père des modifications, améliorations, innovations et inventions... Toutefois, lorsqu’il parle de changer les anciennes méthodes de travail en faisant travailler les ouvriers la nuit, c’en est trop : son père, républicain convaincu et maire de Lorp Senteraille, se cabre et refuse de suivre les audaces de son fils. Aristide Bergès crée alors sa propre papeterie en aval, à Mazère sur le Salat.

Là, il conçoit la première râperie industrielle : remouillage des meules par recyclage des eaux d’épaississage, tamisage de la pâte, mise en œuvre des pompes à spirales. Il n’est d’ailleurs pas le seul à innover : son frère Achille monte une nouvelle papeterie à Pourlande en 1875.

Cependant, les tensions familiales sont grandes et en 1854, le jeune Aristide quitte la vallée du Salat pour Paris et se fait embaucher au service technique du Crédit Immobilier. De nouveau, il invente une machine à pilonner l’asphalte, des cames et engrenages pour améliorer le rendement des locomotives. Il est insatiable : il polit, repolit sans cesse, innove et invente mais a "une tendance marquée à s’écarter de la bataille commerciale, pour laquelle il n’avait aucune propension".
Son meilleur ami de l’École Centrale lui présente une parente, Marie Cardailhac. Il l’épouse en 1856 en l’église catholique de Saint-Georges de Londres. N'ayant pas 25 ans, il lui faut l'autorisation de son père. Ce dernier n'a pas jugé bon de la lui accorder, estimant la promise de trop modeste condition... C'est pourquoi la célébration a lieu hors du sol national. Achille-Pierre, Pierre-Aristide, Georges, Marguerite et Maurice, agrandissent la famille durant les neuf années qui suivent.

Aristide Bergès épouse Marie Cardailhac     Famille Bergès : Aristide et Marie et leurs enfants
Figure 6  - Aristide Bergès épouse
Marie Cardailhac
    Figure 7  - Famille Bergès : Aristide et Marie
avec leurs enfants

Aristide Bergès ne revient à Lorp qu’en 1863. À Mazère, il continue ses mises au point et, le 25 mars 1864, il dépose un brevet sur un défibreur à pression hydraulique. À 30 ans, il est le véritable concepteur industriel des râperies et la série de brevets déposés sur le défibrage, le raffinage et le tamisage, ne laisse aucun doute à ce sujet.

Après la formation de la feuille en continu, l'approvisionnement en matières premières -- la deuxième hantise des papetiers -- trouve une solution. L'usine moderne avec sa râperie et sa machine à papier est une réalité. La consommation de papier s'accélère, se décuple, se démesure. Où s'arrêtera-t-on ? Les défibreurs et les machines deviennent gigantesques. Comme toujours, un nouveau goulet d'étranglement commence à rafraîchir les ardeurs papetières ! Les monstres sont devenus "énergivores".
Comment assouvir la faim de ces milliers de chevaux vapeur ?

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