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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Un exemple de mélange des sphères publiques et privées dans le monde universitaire : l’École Française de Papeterie de Grenoble > Introduction Révision : 01 février 2013  

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Un exemple de mélange des sphères publiques et privées
dans le monde universitaire : l’École Française de Papeterie de Grenoble
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Sylvain ROUSSEL - Doctorant, Histoire du droit
CERDHAP

Article issu d’une communication faite lors du Colloque
de l’École Doctorale Sciences Juridiques de Grenoble
relatif à l’hybride en droit - 22 juin 2012

En ligne : février 2013

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I - Introduction

"Sous peine de faire œuvre plus verbale que réelle, il faut, avons-nous dit déjà, introduire dans les Universités un principe d’émulation et de vie. Sans doute les villes et les particuliers y contribueront, comme il se fait déjà, par leurs libéralités. Mais le vrai moyen d’y réussir est d’assurer aux Universités, outre les subventions fixes inscrites au budget, des ressources variant avec leur population scolaire. De la sorte elles rivaliseront entre elles pour attirer et retenir les étudiants ; et cette émulation tournera bien des hautes études, de la science et du pays".

Lors de la séance du 18 juin 1896 à la Chambre des Députés, Raymond Poincaré, Ministre de l’Instruction Publique, présente l’intérêt du projet de loi relative à la constitution des universités, promulguée le 10 juillet 1896. S’il est possible d’esquisser une possibilité d’autonomie budgétaire et d’un phénomène concurrentiel entre les universités, cette loi, courte et en principe libérale, donne le point de départ du développement local des universités. Afin de se hisser avec celles de premier ordre et d’attirer un plus grand nombre d’étudiants, Grenoble s’appuie sur les ressources locales, à savoir les industries utilisant la houille blanche.

Parmi ces industries florissantes, la papeterie est l’une des premières à bénéficier de cette nouvelle énergie. Son développement est considérable notamment en Bas Dauphiné avec les usines de Lancey, Domène ou Pont-de-Claix. Cet essor industriel incite la Chambre de Commerce à investir dès 1892 dans des projets universitaires, le but étant de former les futurs ingénieurs au sein de la Faculté des Sciences de Grenoble. La fusion des intérêts industriels et universitaires est donc naturelle avec d’un côté, le besoin de main d’œuvre qualifiée locale et de l’autre, la volonté de se développer davantage au sein du paysage universitaire français.

Le 12 avril 1892, la Chambre de Commerce émet le vœu de voir créer à la Faculté des Sciences, un cours d’électricité industrielle. À son tour, le Conseil Municipal de Grenoble le 5 août 1892, par l’intermédiaire de M. Cornier déclare : "Et pourquoi ne verrions-nous pas, dans cette modeste création, le germe de l’Institut Électrotechnique de Grenoble attaché à l’Université dauphinoise ?" Quatre années plus tard, par l’intermédiaire de la loi Poincaré et Liard, l’Université s’est constituée un budget autonome et a mis en commun les ressources disponibles pour ce projet. Le Doyen de la Faculté de Droit, Charles Tartari, lors de la séance du Conseil de l’Université du 28 mai 1898, se prononce en faveur de l’utilité commune et se joint au projet de création d’un institut électrotechnique : "Mais quelle que dût être l’utilité de ces créations, la Faculté de Droit ne croit pas devoir présentement insister pour les obtenir. Soucieuse avant tout de la vitalité et de la prospérité de l’Université, elle est convaincue que le meilleur moyen d’assurer son avenir consiste d’y organiser et à y entretenir les institutions qui peuvent donner une physionomie originale et une utilité appropriée aux besoins de la région. Elle émet, en conséquence le vœu que la plus grande partie des ressources de l’Université soit consacrée au développement de l’enseignement de l’électricité industrielle qui, fondé, il y a quelques années, sous les auspices de la Municipalité et de la Chambre de Commerce, a déjà rendu des services appréciés". La Faculté des Lettres reprend en des termes analogues la pensée de C. Tartari.

Les instigateurs, Paul Janet et Joseph Pionchon, professeurs à la Faculté des Sciences, voient leur projet arrivé à terme le 11 mars 1901 lors de l’inauguration de l’Institut Électrotechnique. Mais c’est à partir de juin 1901 que cet organe de l’Université acquiert ses lettres de noblesse lorsque Louis Barbillion, ancien élève de Paul Janet à l’École Supérieure d’Électricité en 1896, est convoqué par Louis Liard pour lui proposer d’intégrer l’institut grenoblois. Sous-directeur à son arrivée, il devient directeur de l’institut suite au départ de Joseph Pionchon en 1904. Fort de son expérience industrielle à la Compagnie Générale des Omnibus de Paris comme ingénieur, L. Barbillion crée des contacts avec le monde industriel afin de développer considérablement l’Institut Électrotechnique.

L’École Française de Papeterie (EFP) est donc le fruit de cette collaboration. L’idée a germé pour la première fois le 30 avril 1906, par une lettre de M. Chapuis, directeur de la Chambre Syndicale du Papier et des Industries. Il expose les modèles d’écoles de fabrication de papier en Allemagne et à Manchester qui fonctionnent déjà sous un modèle mixte entre l’État et les industriels. De plus, il ajoute qu’un projet de création pour une école française a été soumis au Ministère du commerce. Dans un premier temps, le Président de l’Union des Fabricants de Papier fait lecture de la lettre lors du 43e Congrès du 21 juin 1906, mais le projet est ajourné suite à une opposition d’une partie de l’assemblée. Le syndicat considère que la formation professionnelle doit obligatoirement passer par le travail en usine. Au retour du congrès, les papetiers dauphinois, convaincus de ce projet, font appel à Louis Barbillion pour élaborer un projet d’envergure.

Entre 1907 et 1939, l’École connaît un développement considérable, tout en gardant cette spécificité qui fait sa force : un ancrage industriel dans le monde universitaire. Toutefois, cette gestion particulière fait surgir quelques conflits d’intérêt entre ces deux sphères. Une remise en question est donc effectuée afin de relancer dans les années 1920, une institution risquant de disparaître.

Malgré cela, l’École va, tout au long de cette période, perdurer et prospérer en accentuant non seulement son mode de gestion binaire mais aussi en modifiant son modèle institutionnel. Son étude chronologique paraît donc pertinente pour mettre en évidence les caractéristiques de ce modèle hybride entre recherche et professionnalisation.

Aux débuts de l’EFP, les intérêts particuliers des deux parties permettent de créer une certaine émulation commune pour le développement de l’institution. Toutefois, avec l’apparition des premières mésententes, l’École connaît une crise et doit changer son mode de fonctionnement.


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