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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Naissance de l'EFP, fille de la papeterie > L'idée d'une école française de papeterie Révision : 06 juillet 2015  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
numéro spécial, 2004
Mise en ligne : Novembre 2006

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III - L'idée d'une école française de papeterie

En 1903, l’idée d’un enseignement technique pour la papeterie a fait son chemin. La création d'un cours de papeterie est envisagé dans la future École des Arts et Métiers, alors en projet, à Paris. Toutefois, Lille, Saint-Étienne ou Grenoble sont également évoquées. L’École des Arts et Métiers de Paris est en fait créée plus tard, par la loi du 5 avril 1906.
Un homme, M. Chapuis, alors directeur de l’École professionnelle(1) va jouer un rôle important en adressant à l’Union des Fabricants de Papier de France un courrier daté du 30 avril 1906 :

Monsieur le Président,

Selon vos désirs je vous adresse les plans d'études et programmes des Écoles de fabrication de papier de Darmstadt, Coethen et Altenbourg (Allemagne), ainsi que trois brochures de l'école technique municipale de Manchester (Angleterre).
Ces diverses Écoles fonctionnent depuis plusieurs années ; celles d'Allemagne sont fréquentées par des élèves allemands et étrangers parmi lesquels quelques Français. Elles rendent de grands services, leurs frais d'installation et d'entretien sont supportés en partie par l'État, par les subventions et par leurs ressources propres.
D'autre part un grand nombre de constructeurs ont fait don à ces écoles de modèle de machines, de machines d'essais, de matières employées dans la fabrication du papier, etc. Les élèves ne sont admis qu'à l'âge de 18 ans et après un travail préparatoire d'une année dans une fabrique de papiers, avec réduction d'un an si l'élève justifie d'un travail pratique suffisant.
Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, j'ai soumis au Ministère du Commerce un projet de fondation, en France, d'une École de fabrication de papier et je dois remettre prochainement un rapport, sur ce sujet ; mais avant je serais très heureux de connaître, à ce sujet, votre appréciation et celle de vos honorables confrères.
Je me tiens à votre disposition pour vous donner les renseignements que vous voudrez bien me demander ?
Dans l'attente de vos nouvelles, je vous prie, monsieur le Président, d'agréer l'assurance de ma considération distinguée.

A. Chapuis

Ce courrier vient à point pour appuyer un autre projet d’enseignement papetier qui peu à peu prend corps dans le Dauphiné, province considérée certes comme lointaine par les Parisiens, mais qui a la particularité d’être à l’époque la plus importante région papetière de France. En effet, grâce aux retombées de la maîtrise de la houille blanche par les papetiers locaux -- A. Bergès, A. Matussière, A. Fredet, et J.B. Neyret -- un enseignement technique de haut niveau a été mis en place à Grenoble avec la création d’un cours du soir en électrotechnique dès 1892, puis de l’Institut d’Électrotechnique le 28 mai 1898 (création officielle en 1900).

  Gaston Outhenin-Chalandre  
Figure 9 - Gaston
Outhenin-Chalandre

Pour Gaston Outhenin-Chalandre, président de l’Union des Fabricants de Papier depuis 1901, il n’y a aucun doute : l’ordre du jour de l’Assemblée Générale du 43e Congrès de l’Union prévue le 21 juin 1906 à Paris comportera entre autres la rubrique : "École de Papeterie".
Le 21 juin 1906, G. Outhenin-Chalandre porte effectivement la lettre de M. Chapuis à la connaissance de ses confrères. Cette lecture à une assemblée qui n’y est pas préparée, a l’effet d’une véritable bombe et déclenche aussitôt un débat houleux. Très rapidement, deux clans se forment : les anti et les pro école de papeterie. Failliot, très influent et respecté papetier de Conty dans la Somme, est sceptique quant au bien-fondé de cette création. Comme nombre de ses confrères, il se range du côté des anti. Il a la certitude que la meilleure formation reste celle acquise dans l’usine "sur le tas et à la sueur des anciens…" ! Cette affirmation peut faire sourire de nos jours -- où l’apprentissage revient à l’honneur -- mais elle dénote bien l’état d’esprit de nombreux papetiers de l’époque : leur activité très spécifique sur le plan professionnel, lucrative et destinée à un marché franco-français ne leur pose pas de problèmes majeurs de commercialisation, dans un monde facile et en pleine évolution. C’est, en effet, la belle époque !
Chez les pro dont le porte-parole est Lucien Lacroix, papetier à Cotiers près d’Angoulême, le discours et les arguments sont radicalement opposés. Pour eux, sans école et sans formation spécifique papetière de haut niveau, point de salut. En fait, comme beaucoup de papetiers spécialisés dans la fabrication de papiers fins, Lucien Lacroix exporte une grande partie de sa production de papier à cigarettes. Il est donc confronté à la sévère concurrence des Allemands et surtout des Autrichiens. Par conséquent, il est favorable à une institution dédiée à l'amélioration des connaissances et à la formation de son personnel, et comportant également un laboratoire de contrôle modèle, indispensable pour ce commerce. Il est heureusement suivi par les autres fabricants de papier à cigarettes qui joueront par la suite un rôle déterminant dans la création de l’École.
Devant tant de débats et de passion, G. Outhenin-Chalandre fait preuve de sagesse : considérant que le projet n’est ni assez mûr ni bien préparé, il l'ajourne tout simplement, ramenant le calme à la satisfaction générale.

  Congrès décentralisé de l'Union des Fabricants de Papier, 1906, Grenoble  
Figure 10 - Congrès de 1906,
à Grenoble

Forts de ce premier jalon, les papetiers dauphinois présents à cette assemblée générale rejoignent leurs terres avec la certitude que s’il doit y avoir une École de Papeterie, elle sera à Grenoble. Ils se mettent immédiatement au travail pour élaborer un nouveau projet susceptible d’emporter l’adhésion, et reçoivent le renfort appréciable de Louis Barbillion, successeur dès 1904 de Pionchon à la direction de l’Institut Électrotechnique. Louis Barbillion est un homme ambitieux et entreprenant : il rêve d’être le directeur d’une grande université où plusieurs techniques seraient enseignées. L’idée d’avoir plus de pouvoir, plus de liberté et peut-être plus de moyens en dirigeant une école privée le tente forcément. Il s’engage totalement dans ce projet et, pour les aspects papetiers, il s’appuie sur ses amis industriels de la région qu’il a souvent l’occasion de côtoyer grâce au secteur de la houille blanche. Il rédige donc un projet avec Augustin Blanchet, papetier à Rives, Bernard Navarre, Henri Fredet (fils d’Alfred) et surtout, Gabriel Forest, le gendre d’Amable Matussière. Pour la partie spécifique papetière, Gabriel Forest lui met à disposition son directeur de Modane : J. Fournier-Lefort. Celui-ci rédige le projet et lors du troisième congrès décentralisé organisé par les papetiers dauphinois à Grenoble du 5 au 7 septembre 1906, il est encore question de cette future École de Papeterie. Les papetiers, c’est connu, forment une grande famille. Aussi, insatisfaits de ne se retrouver qu'une fois par an à l’Assemblée Générale du Congrès de l’Union à Paris, ils organisent depuis trois ans déjà, un deuxième congrès en province, avec ripailles et visites. Les deux premières éditions ont eu lieu respectivement à Angoulême et à Gérardmer.

(1) L'École professionnelle de la Chambre syndicale du papier et des industries qui le transforment, située rue de Lancry à Paris, dispense alors des cours sur les métiers concernant le papier et délivre un certificat professionnel.

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