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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Naissance de l'EFP, fille de la papeterie > Le projet dauphinois de J. Fournier-Lefort et de L. Barbillon Révision : 03 novembre 2006  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
numéro spécial, 2004
Mise en ligne : Novembre 2006

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IV - Le projet dauphinois de J. Fournier-Lefort et de L. Barbillion

CRÉATION D'UNE ÉCOLE DE PAPETERIE
Exposé des motifs

Nous avons été conduits à étudier par quels moyens nous pourrions créer en France une École de Papeterie en observant les conditions même dans lesquelles se trouvent, en notre pays, l'apprentissage de l'industrie du papier et le recrutement du haut personnel de cette industrie. L'importance des usines à papier fait qu'elles comportent généralement un administrateur à la fois industriel et commercial et un directeur technique.
Comment se fait leur éducation ?
Les uns sont fils de patrons et font leur éducation dans une usine paternelle dont ils deviennent patrons à leur tour. Les autres, d'extraction plus humble, sortent du rang des ouvriers pour arriver par leur intelligence et leur travail persévérant à des postes plus élevés. Parfois les fils de patrons passent par les grandes Écoles polytechnique ou Centrale et les directeurs sortent de l'École des Arts et Métiers où ils acquièrent des connaissances générales dont ils peuvent faire l'application dans leur industrie suivant leur propre inspiration. Aucun n'est réellement guidé par des maîtres spécialisés dans la fabrication du papier.
Ils sont ou routiniers ou autodidactes et gaspillent par conséquent beaucoup de temps à suppléer l'enseignement qui leur fait défaut. Aucun ne reçoit l'instruction spéciale qui leur serait nécessaire pour arriver rapidement droit au but qui est d'être un bon chef d'usine à papier. Personne ne leur enseigne, dans une forme didactique et raisonnée, la théorie et la pratique de la fabrication du papier. Personne ne leur apprend la conduite des hommes, l'administration d'une entreprise qui exige de gros capitaux, et le secret des opérations commerciales.
Théoriquement, ils ne reçoivent qu'un enseignement oral et routinier qui leur est transmis par tradition et qu'ils complètent comme ils peuvent par des études personnelles que leur isolement et leurs occupations rendent difficiles et insuffisantes. Pratiquement ils perdent leurs meilleures années dans des besognes ingrates et monotones autour des machines, dans une promiscuité pénible qui ne relève ni leur intelligence ni leur caractère.
La plupart en arrivent à ne rien désirer, à ne rien soupçonner en dehors de leur horizon étroit et borné ; et, bien persuadés qu'ils sont les premiers papetiers du monde, ils suivent consciencieusement l'ornière tracée par leurs devanciers, ne voyant rien des progrès accomplis au-delà de leurs frontières.
Il y a donc un état de choses à modifier et une lacune à combler.
Cette lacune est celle d'une École Française de Papeterie qui puisse donner à la France les praticiens et les ingénieurs papetiers qui lui manquent, qui puisse s'ouvrir à une élite encore écartée de la Papeterie par les difficultés qu'elle éprouve à y rentrer.
Cette création d'une École française de Papeterie est-elle possible ? Comment est-elle réalisable ?
C'est ce que nous allons examiner.

Où et comment peut être créée une École Française de Papeterie ?

La première question à résoudre, quand il s'agit de la création d'une École, est la question d'argent qui comprend la question du local et celle des professeurs. Elle se trouve résolue partiellement, en ce qui concerne l'École Française de Papeterie, par l'intervention de la ville de Grenoble ou, plus exactement, de son Université.
Cette Université, par suite de dons généreux, possède tous les locaux nécessaires pour les conférences, les expériences de laboratoire, l'installation d'un matériel de papeterie avec force motrice, modeste bien entendu, telle que le comporte une école. Elle possède le personnel nécessaire à l'administration, le directeur général en la personne de M. Barbillion, directeur de l'Institut électro-technique et le personnel enseignant, sauf le professeur de l'enseignement technique de la fabrication du papier.
La ville de Grenoble offre, en outre, tout ce qui est nécessaire au logement et à la nourriture des élèves, avec un ensemble de facultés où les étudiants papetiers pourront aisément trouver les cours nécessaires au complément de leur instruction(1).
La question d'argent, dans de pareilles conditions, devient plus facile à résoudre, puisqu'il ne s'agit plus que :
1° d'assurer aux professeurs une rétribution restreinte au temps et aux leçons données ;
2° d'acquérir le matériel nécessaire à l'instruction pratique des élèves papetiers.
Il reste donc à élaborer un projet de programme et un projet de budget.

Programme de l'École Française de Papeterie.

Pour la rédaction du programme de l'École française de Papeterie, une première difficulté surgit relativement à la catégorie d'étudiants qu'il convient d'y appeler.
D'après les besoins de l'Industrie papetière, il semble bien que cette École doive se proposer de former deux catégories de sujets :
1° Des ingénieurs-administrateurs-directeurs ;
2° Des conducteurs, chefs de fabrication.
Sans que cependant il y ait une cloison étanche entre ces deux catégories et qu'il soit interdit de passer de la seconde dans la première, de même que dans les cadres d'une armée il y a des officiers subalternes et des officiers supérieurs, sans qu'il soit interdit aux premiers de prendre place parmi les seconds.
Il faut aussi prévoir que les étudiants de l'École Française de Papeterie ne se présenteront pas tous avec la même préparation et la même culture. Les uns auront été candidats aux Grandes Écoles de l'État ou pourront même en être sortis. Les autres n'auront qu'une instruction insuffisante pour leur permettre de comprendre et de suivre, avec fruit, certains cours de chimie, de mécanique ou d'électricité.

Il paraît donc nécessaire de prévoir pour l'École Française de Papeterie, comme cela se pratique à l'Institut électrotechnique, 2 catégories d'élèves et 2 sections :
1° Une section élémentaire qui conduise au bout d'une ou deux années scolaires d'études, au brevet de chef de fabrication, conducteur de papeterie de l'Université de Grenoble.
2° Une section supérieure qui, également au bout d'une ou deux années de cours conduise les élèves pourvus des connaissances suffisantes au diplôme d'ingénieur-papetier de l'Université de Grenoble.
La difficulté réside dans l'établissement de programmes judicieux s'appliquant à l'une et à l'autre de ces catégories. Il semble bien que certains cours spéciaux s'appliquant à la technique de la fabrication du papier pourront être communs. La distinction s'établira quand on aura bien défini et distingué les deux buts qu'on se propose.

Les conditions d'admission pourraient être, pour débuter :
1° Dans la section élémentaire, le Certificat d'études pratiques des Ecoles d'industries(2) de garçons, ou la possession des connaissances d'ordre scientifique, figurant à ce programme d'études, justifiée soit par des documents suffisants, soit par une épreuve préalable.
2° Dans la section supérieure, le baccalauréat ès sciences, ou la possession des connaissances figurant au programme de cet examen, justifiée soit par des documents suffisants ou par une épreuve préalable.
La préparation aux diplômes d'ingénieur-papetier et de conducteur-chef de fabrication de papeterie s'effectuerait dans les sections correspondantes, supérieure et élémentaire, en deux années d'études, dont la première consacrée à l'acquisition d'une instruction technique générale (physique, chimie, électricité, mécanique, dessin industriel), et la seconde à la constitution du bagage de connaissances professionnelles correspondant à l'industrie du papier (chimie appliquée, cours professionnels etc.).

Il est à remarquer que l'ossature de l'organisation de ces deux premières années d'études générales existe déjà à l'Institut, pour la plus grande partie, puisque cet établissement possède une section préparatoire à la division des élèves-ingénieurs (c'est-à-dire une année d'études techniques générales supérieures) et une section d'élèves-conducteurs électriciens dont l'enseignement mathématique, physique, chimique et de dessin, pourrait être commun à la première année des élèves-conducteurs-chefs de fabrication de papeterie, les niveaux des recrutements des deux sections d'élèves-conducteurs étant les mêmes.

Les candidats ayant acquis en dehors de l'Université de Grenoble les connaissances correspondant au programme d'études de la première année (section élémentaire ou section supérieure) pourraient être admis directement en seconde année, sur présentation de titres suffisants ou justificatifs de leurs connaissances. Parmi les titres pouvant dispenser de tout ou partie de l'examen d'admission directe en seconde année, sont spécialement signalés les documents authentiques établissant la préparation, l'admissibilité ou le séjour aux grandes Écoles de l'État, pour la section supérieure; et le séjour dans les Écoles d'Arts et Métiers et analogues, ou un stage de durée suffisante dans l'industrie, en ce qui concerne la section élémentaire.

Programme provisoire des cours.
Pouvant s'appliquer aux 2 sections avec des cours gradués, inspiré par le programme du Gewerbe Museum de Vienne.

Heures de cours par semaine
1° Cours de chimie générale : 2
2° Cours de matières premières, fibres cellulose : 1
3° Cours de chimie de la fabrication de papier, collage, coloration charge : 1
4° Cours de blanchiment du papier : 2
5° Cours de mécanique et machinerie : 4
6° Cours de dessin linéaire : 6
7° Cours de technique de la fabrication du papier : 6
8° Cours de moteurs (vapeur, eau, électricité) : 2
9° Cours d'études au microscope : 2
10° Cours d'expériences de laboratoire : 12
11° Cours d'essais des papiers : 4
Total : 42 heures

Ce programme comprend des cours qui peuvent être communs aux deux sections surtout dans les parties techniques et pratiques. Les cours théoriques devront être proportionnés au degré de force des élèves et au but qu'on se propose d'atteindre. Il sera possible, aux élèves de la section élémentaire, d'aspirer à suivre les cours de la section supérieure, qui leur serait une deuxième année, en satisfaisant à des examens spéciaux.
On pourrait ajouter aux cours de la section supérieure qui doit former les chefs d'industrie :
12° Un cours de comptabilité, de statistiques industrielles et de banque;
13° Un cours de droit commercial et d'économie sociale.

Prévisions d'un premier budget.

Si l'on tient compte des avantages considérables qu'offre une combinaison avec l'Université de Grenoble, il semble qu'en dehors de l'achat d'une machine à papier avec ses accessoires, achat qui engagerait l'immobilisation d'un certain capital et peut-être une constitution de société civile, on pourrait prévoir un budget de début des plus modestes.

1° Direction et administration par l'Université : 1 000 frs.
2° Professeur technique de papeterie : 5 000 frs.
3° Rétributions à 5 ou 6 professeurs (maximum) : 5 000 frs.
4° Frais de laboratoire : 1 000 frs.
Total : 12 000 frs.

En recettes :
1° Subvention de la ville de Grenoble : mémoire
2° Subvention du département de l'Isère : mémoire
3° Subvention du Ministère du Commerce : mémoire
4° Subvention de la Fédération des Syndicats papetiers : mémoire
5° Écolage des élèves : mémoire

Pour les étudiants, les frais présumés seraient :
Droits universitaires – immatriculation : 30 frs.
Droits universitaires - examens de fin d'année : 30 frs.
Fournitures, outils, excursions : : 100 frs.
Écolage, laboratoire : 600 frs.
Séjour à Grenoble, logement et nourriture (9 mois à 90 frs.) : 810 frs.
Total : 1470 frs.

Conclusion

Cet exposé sommaire permet de considérer comme possible et même relativement facile, la création à Grenoble d'une École Française de Papeterie. À raison des services que rendrait cette école en donnant une impulsion plus vive aux travaux qui peuvent assurer le perfectionnement en France de l'industrie du papier, en préparant un meilleur recrutement du haut personnel technique de cette industrie, nous attirons sur cette création toute l'attention des Pouvoirs publics et de l'Union des syndicats de la Papeterie.
Nous invitons spécialement l'Union à prendre ce projet en considération et à déléguer une commission formée de ses membres pour en faire une étude approfondie. Nous formons le vœu qu'une subvention soit votée par elle en prenant pour base la somme nécessaire à parfaire, celle qui devrait assurer le traitement des professeurs, traitement qui, au total, n'excéderait pas 10000 francs et qui pourrait être promptement couvert par l'écolage des étudiants.

Les promoteurs,
J. FOURNIER-LEFORT, chez Matussière et Forest, Papeteries du Mont Cenis à Modane en Savoie.
L. BARBILLION, directeur de l'Institut Électro-technique, à Grenoble.

(Source : Le Moniteur de la Papeterie Française et de L'Industrie du Papier - 1er juillet 1907)

(1) Aucune autre ville en France ne présente un pareil ensemble vraiment unique des conditions les plus favorables à l'installation d'une École de Papeterie, au centre d'un grand nombre de papetiers prospères dont la création a été déterminée par l'affluence des forces motrices hydrauliques.
(2) Il est rappelé à ce sujet que les programmes d'études d'ordre scientifique relatifs aux Écoles primaires supérieures, aux Écoles pratiques d'industrie de garçons et du premier cycle des Lycées sont actuellement les mêmes.

 

  Henri Chauvin  
Figure 11 - Henri Chauvin

Avec un tel appui venant s’ajouter à la "bande à Lacroix", G. Outhenin-Chalandre n’enterre pas le dossier, bien au contraire. Malheureusement, il ne peut mener cette entreprise à terme car il décède subitement au début de l’année 1907. Il entre néanmoins dans l’histoire comme l’initiateur du projet.

Henri Chauvin, papetier à Poncé dans la Sarthe, élu par 62 voix sur 64, lui succède à la présidence de l’Union. Il reprend le projet à son compte et demande à J. Fournier-Lefort, Louis Barbillion et Gabriel Forest de présenter le projet grenoblois lors l’Assemblée Générale du 44e Congrès de l'Union, le 8 juin 1907 à Paris. Malgré les résistances persistantes, le projet n’est pas rejeté mais doit encore être présenté au 4e Congrès décentralisé, organisé du 8 au 11 septembre 1907 à Tours par les papetiers de l’Ouest de la France, avec la bénédiction et sous la direction d’H. Chauvin.

 

 

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