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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Naissance de l'EFP, fille de la papeterie > Casimir, super star Révision : 03 novembre 2006  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
numéro spécial, 2004
Mise en ligne : Novembre 2006

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VIII - Un enseignement universitaire et industriel

Une importante réunion de la Commission d’organisation de l’École sous l'égide de H. Chauvin, président de l’Union des Fabricants de Papier de France, a lieu le lundi 9 mars 1908, à la Chambre de Commerce de Grenoble.
L'ordre du jour est le suivant :

"L'atelier école" devant être installé dans le hall donné par Casimir Brenier, une visite des emplacements a lieu et pouvoir est donné à la sous-commission locale présidée par Augustin Blanchet, pour exécution immédiate des travaux.

Plan de l'atelier de l'EFP
Figure 16 - Plan de l'atelier de l'EFP

Les plans de la première École de Papeterie, dont un extrait est reproduit ci-dessus, comportent deux étages, pour une surface totale de 325 m2. Le rez-de-chaussée est réservé à l’implantation de la future machine à papier, aux lessiveurs, aux caisses d’égouttage et aux cuviers de pâte. Le premier étage accueille les piles et l’installation de collage.

Un professeur technicien est payé 5000 francs par an (16 500 euros) pour deux leçons et deux séances de travaux pratiques par semaine ; cette rétribution couvre également les charges administratives inhérentes à la fonction. En réponse à la demande de subvention, le Ministère du Commerce, à la tête duquel se trouve le très compréhensif ministre M. Cruppi, accepte de prendre en charge la plus grande partie de la rémunération du personnel technicien nécessaire au fonctionnement de l’École. Le Ministère de l'Instruction Publique met à la disposition de l'École les professeurs de l'Institut et de la Faculté des Sciences. La Société pour le Développement de l’Enseignement Technique près l’Université de Grenoble -- société créée en 1900 à l’initiative de M. Boirac, recteur de l’Université de Grenoble et comprenant à l’origine d’éminentes personnalités dont A. Bergès, A. Blanchet et C. Brenier -- n’est pas étrangère à cette coopération exemplaire entre l’industrie et l’Université.
Pour la seconde rentrée, le 3 novembre 1908, le professeur de papeterie -- M. Beaudoux-Chesnon, ingénieur des Arts et Manufactures, fabricant à Port Marly -- est recruté et le directeur L. Barbillion peut annoncer que le fonctionnement est assuré de manière complète.

Publicité pour l'École Française de Papeterie - Le Papier, 1908
Figure 17 - Publicité pour l'École Française de Papeterie - Le Papier, 1908

L'École compte alors 24 élèves pour les deux années réunies. Le corps enseignant de la 2e année, baptisée "Études spéciales", s’est étoffé.
1e année - Études générales :

2e année - Études spéciales :

Le programme des premiers enseignements de l’École est déjà extrêmement sérieux, complet et très au fait des problèmes industriels. Ce n'est donc pas un hasard si, dans une allocution sur l'enseignement technique et l'industrie de la papeterie, Louis Barbillion adresse un clin d'œil à ses détracteurs : "...Notre convention, passée avec l'Union des Fabricants de Papier, n'est pas un testament où l'on ne parle que de notre mort, loin de là ; c'est un traité d'alliance, au moins original, certainement l'un des premiers passés, pardonnez-moi le caractère pompeux de l'expression, entre l'Industrie et la Science. À ce titre, il est des plus intéressants et nous souhaitons que le Comité de l'Union des Fabricants de Papier ait bientôt des imitateurs, au sein des autres groupements industriels." Il est à noter que ce discours est déjà sur le fond identique à celui que prononce, le 8 octobre 1992, André Eymery, président de l’AGEFPI, lors de l'inauguration des nouveaux bâtiments de l'EFPG construits du fait du développement de la transformation.

Pour la rentrée de 1908, l'École possède déjà de nombreux matériels provenant de dons et de remises exceptionnelles de fournisseurs dont :

Feutrier Debouchaud     Copie de la MAP de Louis-Nicolas Robert, don d'Augustin Blanchet
Figure 18 - Feutrier Debouchaud,
donateur
    Figure 19 - Copie de la MAP de Louis-Nicolas Robert

Augustin Blanchet offre également à l’École la copie de la machine de Louis-Nicolas Robert, construite par Allimand d'après les documents originaux de l'inventeur. Cette copie, commandée par les papetiers français pour l'Exposition universelle de Paris de 1900, fait partie du patrimoine de L’EFPG et de la papeterie mondiale. Elle est régulièrement présentée lors d'expositions sur le papier et sa fabrication(1). Nombre d'anciens élèves ont pu l'admirer dans les combles ou les couloirs des locaux successifs de l’École. Augustin Blanchet, dans l'un de ses écrits, précise même qu'il a fabriqué du papier avec cette machine ("Le papier et sa fabrication à travers les âges" – Extrait des mémoires de la société des ingénieurs civils de France. Bulletin de mai 1907. p.24).

Un an après la fondation de l'EFP, les fabricants français qui militent aussi pour créer un laboratoire central référent pour la papeterie, adjoignent un bureau d'analyse et d'essais des papiers à l’École, dans un premiers temps. Cette création a un double objectif : d’une part, réaliser des essais, des travaux de recherche et des actions de conseil pour les entreprises ; d’autre part, servir d’exemple et de modèle pour les papeteries voulant installer un laboratoire de contrôle. Auparavant, les fabricants français devaient s'adresser à l'étranger pour des travaux similaires. Ce laboratoire d’essai n'est en fait opérationnel qu’en 1909. Jusqu'au début des années 1960, date de l’implantation du Centre Technique du Papier sur le campus universitaire de Grenoble, il joue un rôle très important pour l’industrie papetière française.

Invité à l'Assemblée Générale de l'Union des Fabricants de Papier du 3 avril 1909, Louis Barbillion demande aux papetiers de faire encore un effort financier en faveur de l'École afin d'assurer ses dépenses et son développement. Dans un rapport du 15 mars 1909 adressé à l’Union, il joint la lettre suivante destinée à chacun des participants :

Mon cher Confrère,

Comme vous avez pu vous en convaincre par la note que j'ai cru devoir faire paraître au "Moniteur de la Papeterie", du 1er avril 1909, et dont vous trouverez ci-joint un exemplaire, notre École est arrivée aujourd'hui à un état d'achèvement à peu près complet. Seule, notre machine à papier, à la veille d'occuper l'emplacement qui lui est affecté, manque encore à l'appel. Pour achever de solder cette machine, un supplément de ressources de 15,000 à 16,000 francs nous est encore nécessaire. Nous venons faire un nouvel et dernier appel à la sympathie que, nous le savons, vous avez manifestée à notre œuvre.
Vous voudrez bien remarquer, Monsieur et cher Confrère, que la démarche que j’effectue aujourd'hui auprès de vous et que je vous prie d'excuser, eu égard au caractère particulier d'urgence qui la motive, ne saurait être considérée, malgré ses apparences, comme un nouvel appel de fonds. Les souscriptions déjà ouvertes par M. le Président de l 'Union des Fabricants de Papier, dans les colonnes du "Moniteur de la Papeterie" ont produit jusqu’ici environ 35,000 francs. D'autre part, au Congrès de Tours, de septembre 1907, il vous en souvient sans doute, nous avons pris l'engagement, avec une disponibilité de50,000 francs, de mettre sur pied l'École, machine à papier non comprise. Pour la même somme, aujourd'hui, nous aurons équipé l'École  TOUTE ENTIÈRE, machine en sus, avec quel prodige d'économie, je n'ai pas besoin de le dire.

Le Directeur de l'une des plus grandes usines de papier de France nous faisait l'autre jour le plaisir de visiter notre petite Usine. . . . . encore dépourvue de sa machine. "- Vous avez dépensé, ici, 100,000 francs, me dit-il. " "- 25,000 lui répondis-je..." Son étonnement fut notre meilleure récompense.
Je vous adjure donc, Monsieur et cher Confrère, pour la dernière fois, de bien vouloir nous aider dans l'achèvement de l'École. Une cotisation légère pour chacun, mais importante par l'ensemble créé, vous serait la meilleure manière de nous aider à liquider le passé. Bien qu'il n'entre nullement dans notre esprit de fixer à un taux quelconque la contribution de chacun, nous avons pu déjà reconnaître, avec M. le Président CHAUVIN, de l'Union des Fabricants de Papier, qu'une cotisation de 100 à 125 francs par machine des seules usines affiliées, aurait et au-delà supprimé notre découvert..
Je terminerai, Monsieur et cher Confrère, par une remarque. Je ne crois faire injure à personne en rappelant qu'il y a dix huit mois, lorsque nous avons présenté au Congrès de Tours le projet d'une École de papeterie, nous avons trouvé beaucoup de sceptiques. On nous a dit : "Vous n'arriverez pas à mettre l'École sur pied." Deux mois après le Congrès, le 10 décembre 1907 exactement, l'École ouvrait ses portes. - Au Congrès de juin 1908, à Paris, beaucoup de nos confrères nous ont dit de très bonne foi: "Les vrais industriels ne vous enverront pas leurs fils, car on n'apprend à faire du papier qu'avec une blouse et des sabots." Nous avons une trentaine d'élèves et vos concurrents étrangers, Messieurs, toujours à l'affût du progrès, nous envoient déjà maints étudiants...leurs fils...- l'idée n'était donc peut-être pas si mauvaise.

Loin de moi l'idée de triompher sans mesure des résultats déjà acquis ; ce ne serait ni convenable, ni digne de la confiance que les industriels du papier ont bien voulu me manifester dès le début. Je ne veux retenir les faits qui précèdent que pour montrer que l'on peut souvent se tromper de bonne foi et que nous-mêmes souhaitons ardemment renforcer la cohorte de nos amis et protecteurs de la première heure de ceux de la deuxième. À ces nouvelles recrues nous demanderons de nous aider, à leur tour, et leur concours ne nous sera pas moins précieux que celui de leurs devanciers.
Nous n'avons encore accompli que la moitié de notre tâche. Notre section d'élèves ingénieurs est à peu près au point et nous ne comptons pas dépasser le chiffre de quinze par promotion. Ce chiffre correspond à une saine appréciation des besoins de l’industrie papetière et il nous a été indiqué comme le meilleur par les membres de notre Commission d'organisation. Mais nous voulons aussi, Monsieur et cher Confrère, vous former, et nous croyons en cela combler l'un de vos plus chers désirs, un personnel-contremaître de choix. C’est à cette formation qu'est destinée notre section élémentaire, dont le fonctionnement intégral est actuellement lié à l'achèvement de nos installations.
Telles sont, Monsieur et cher Confrère, les explications que je croyais devoir très loyalement vous fournir sur l’esprit qui a présidé à la création de l'École et qui préside encore à son fonctionnement. Je me permets, en vous demandant pour la dernière fois un appui amical et une contribution effective à nos efforts, de terminer par un mot personnel. Tard venu à l'industrie du papier, je suis cependant un ancien praticien, car avant d'appartenir à l'Université, j'ai fourni plusieurs années de service dans une compagnie de traction où j'ai débuté dans les emplois les plus modestes. C'est vous dire que j'ai droit, dans l'espèce, à quelque confiance de la part de mes confrères industriels. Je connais leurs besoins et mon plus cher désir serait d'entendre prodiguer aux élèves de notre École de Papeterie les éloges très mérités que le monde électrique est unanime à accorder aux ingénieurs et contremaîtres électriciens sortis de notre Institut. Nous y arriverons certainement, si l'industrie du Papier est avec nous.

Je vous prie d'agréer, Monsieur et cher Confrère, l'assurance de mon absolu dévouement.

BARBILLION,
Directeur de l'École Française de Papeterie.

Le président de l'Union des Fabricants de Papier, H. Chauvin, a déjà fait ouvrir une deuxième souscription qui a produit environ 5000 francs au 15 décembre 1908, grâce aux dons de 11 nouveaux souscripteurs.

Après son démarrage parfaitement réussi, l'Union inaugure l'École le 21 juillet 1909 et invite les autorités grenobloises ainsi qu'un grand nombre de notabilités industrielles et commerciales pour voir fonctionner "le petit bijou" de l’EFP : sa machine à papier. À la suite de quelques retards de livraison de matériel, la machine ne fonctionne malheureusement pas pour l'inauguration, mais les visiteurs peuvent l'admirer avec tous ses équipements. Les nombreux invités sont accueillis par la Commission d'organisation de l'École, représentée par MM. H. Chauvin, V. Blanchet, L. Claudel, H. Fredet et A.Navarre, assistés du directeur L. Barbillion et du professeur de papeterie Beaudoux-Chesnon.

Machine à papier de l'EFP
Figure 20 - Machine à papier de l'EFP

Cette machine à papier industrielle sert de pilote pour la fabrication de papiers à cigarette et papiers fins. Fournie par le consortium des trois constructeurs isérois, elle comprend : un sablier à bascule, un épurateur cylindrique et des presses fabriqués par L'Huillier Pallez & Cie, une table de fabrication suspendue réalisée par Allimand et une sécherie comportant un cylindre frictionneur équipé d'un comprimeur garni de caoutchouc construite par Neyret-Brenier. Elle est installée en 1909 dans les locaux de l’École. Le coût total de la machine montée intégralement, avec ses accessoires, ses fondations etc., s'élève à 36 000 francs or (environ 119 000 euros).

Dans le contexte du dynamisme industriel dauphinois et grâce à la volonté de quelques personnalités industrielles et universitaires, l’Université de Grenoble vient d’écrire l'une des plus belles pages de son histoire : elle matérialise l’acte de naissance de l’Institut Polytechnique de Grenoble et se positionne comme pionnière des relations industrie-université en France.

(1) Cette machine a été présentée au Palais de la Découverte à Paris, de février à octobre 1999, lors de l'exposition "Le papier, c'est la vie" organisée par la Copacel pour la commémoration du Bicentenaire de l'invention de la machine à papier. Elle tient également une place de choix dans l'exposition "Papetiers des Alpes, six siècles d’histoire" du Musée Dauphinois de Grenoble, d’octobre 2005 à décembre 2006.

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