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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Naissance de l'industrie Révision : 27 novembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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IV - Naissance de l'industrie

Lors de la Révolution de 1789, la pénurie d’écorces de chêne et la forte demande en cuir incitent déjà le Comité de Salut Public à rechercher, à partir de l’an II, un procédé pour accélérer les opérations de tannage. L’exploitation de la 'jusée' issue de la macération d’écorces de chêne dans l’eau (écorces épuisées ou non) est adoptée comme solution alternative, sans grand succès apparemment. Quelques soixante ans plus tard, cette idée est reprise pour obtenir non pas des extraits tannants mais des extraits tanniques destinés à l’industrie tinctoriale et ce, à partir de bois dits tinctoriaux dont le châtaignier.

L’usine de Génolhac dans le Gard est considérée comme l’une des premières – voire la première – réalisations industrielles dédiées à l’extraction du tanin à partir du châtaignier. Dès 1849, elle est construite sur l’emplacement d’un ancien moulin par le banquier nîmois Paul Hermet et par Ernest Hausset, grossiste droguiste chargé d’écouler la production. Prévue initialement pour l’industrie tinctoriale régionale, la production d’extraits tanniques n’est effective qu’à partir de 1852 et évolue par la suite vers la production d’extraits tannants. Victime de la conjoncture économique des années 1930, elle est reprise. Cependant, à partir des années 1950, la concurrence des tannins chimiques et minéraux accélère son déclin. Au début des années 1960, elle ne produit plus que 800 tonnes par an de tanin avec une trentaine d’ouvriers. Elle cesse son activité en 1963.

Usine de Génolhac dans le Gard
Usine de Génolhac dans le Gard
[Photo carte postale ancienne]

C’est à quatre industriels lyonnais que l’on doit le formidable développement de l’industrie des extraits tannants et de la tannerie, soutenu par la présence de châtaigneraies abondantes sur une grande partie du territoire français. On peut même affirmer que cette industrie née en France est restée une spécificité française. Son histoire dure exactement un siècle, de son apparition dans les années 1860 à sa disparition dans les années 1960.

Tout commence par une observation faite par un teinturier lyonnais, Antoine-François Michel : il remarque en 1819, comme l’ont certainement fait de nombreux menuisiers et charpentiers, que le fer (clou ou fil de fer d’une clôture) en contact avec les piquets en bois de châtaignier humide génère une trace noire autour du contact bois/fer, due à la formation de tannate de fer. Il a alors l’idée de substituer le bois de châtaignier à la noix de galle, plus rare et plus onéreuse, afin d'obtenir la teinture noire des soies lyonnaises, très réputées à l’époque.

Noix de galle sur des feuilles de chêne
Noix de galle sur des feuilles de chêne
[Photo G. Coste]

Il poursuit ses recherches durant quarante ans et dépose un brevet en 1860. Ses travaux et sa collaboration avec les tanneurs lyonnais Jacques Alégatière fils et son beau-père Jacques Zimmermann, permettent d’obtenir en 1864 d’excellents cuirs en substituant au tan un extrait tannant issu exclusivement du bois de châtaignier. A.F. Michel présente ses travaux à l’Académie Impériale de Lyon le 17 janvier 1865. La faisabilité de la substitution des écorces de chêne par des copeaux de châtaignier pour un tannage direct est démontrée. Néanmoins, il faut deux fois plus de copeaux de châtaignier que d’écorces de chêne pour un résultat équivalent par tannage direct.

Aimé Koch, qui connaît bien J. Alégatière et J. Zimmermann, conçoit alors une méthode par épuisement méthodique qui permet d’obtenir des extraits plus concentrés en tanin que ceux issus d'une simple macération directe des copeaux de châtaignier. Il obtient la concession du brevet d’Antoine-François Michel et, sous la raison sociale MM Koch et Cie, construit la première usine d’extraits tannants de châtaignier dans le quartier de la Guillotière à Lyon.

La concentration supérieure en tanin de l’extrait obtenu par épuisement méthodique augmente considérablement l’efficacité du tannage tout en diminuant sa durée. Jacques Alégatière dans une lettre adressée le 18 janvier 1867 à la revue professionnelle La Halle aux Cuirs, affirme qu’il présentera des cuirs tannés au châtaignier à la prochaine Exposition Universelle à Paris (1867). Il termine sa lettre par cette phrase : "J’aurais voulu, en terminant, adresser mes félicitations à M. Michel, l’inventeur du tannage au châtaignier, mais je laisse cet honneur à une plume plus capable et plus exercée que la mienne ; dans un temps peu éloigné, on lui rendra certainement justice sur l’opportunité du bienfait et sur l’importance de sa découverte".

Une plaque commémorative apposée dans les locaux de l’École Française de Tannerie (EFT) lors de la cérémonie du 20 juillet 1914, rend hommage à A.F. Michel, J. Alégatière, A. Koch, et J. Zimmermann en reconnaissance des services rendus à l’industrie du cuir pour la découverte et l’application des extraits tannants. L’EFT, créée à Lyon en 1899 comme une annexe de l’Institut de Chimie Industrielle de l’Université de Lyon, a fusionné avec l’École Supérieure des Industries Textiles de Lyon (ESITL) pour former l’ITECH de Lyon en 1988.

Le tableau ci-dessous donne le pourcentage moyen, exprimé en masse par rapport au bois sec, des principaux constituants chimiques de quelques arbres courants dans l’Hexagone. Il montre l’importance en pourcentage, par rapport au bois sec, de la quantité de produits solubles dans l’eau chaude (dont les tanins) contenus dans le bois de chêne, mais aussi dans celui de châtaignier.

Tableau 1
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