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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Implantation et développement Révision : 11 décembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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V - Implantation et développement

V-2 - Industrie des extraits tannants en Corse

Le châtaignier amené par les Génois au 15e siècle abonde en Corse, en particulier dans la Castagniccia au nord-est de l’île. Dotée d’un sol schisteux et d’une hydrologie favorable due à un relief de montagne avec une altitude moyenne de 1000 mètres, la Castagniccia s’est développée grâce au châtaignier. Il a apporté une relative prospérité à la population locale par rapport aux autres régions corses réputées pauvres. Cette région est délimitée par le fleuve Golo et la route reliant Casamozza à Corte via Ponte Leccia au Nord, la route reliant Bastia à Bonifacio à l’est, et la route reliant Corte à Aléria.

Différents inventaires généraux du patrimoine culturel de Haute-Corse permettent de reconstituer sommairement la chronologie et l’histoire des usines corses dont les scénarios de création et de développement sont assez similaires à ceux des usines du continent.

Usine de Fabrica Vecchia

Joseph Ours Paul d’Angelis (1838-1905), issu d’une famille de notables de Bastia, crée la Compagnie d’Angelis & Cie et fonde en 1873 une usine d’extrait tannique. Elle est construite sur les bords du Fium’Alto, au lieu-dit Fabrica Vecchia sur la commune de Scata. Seize ouvriers et neuf bûcherons travaillent pour elle en 1876. Les matières premières entrant et les produits finis sortant de l’usine sont transportés par des muletiers.

L’industrie du cuir offrant des perspectives prometteuses supérieures, J.O.P. d’Angelis s’associe en février 1872 avec la famille Gallien, des tanneurs installés à Longjumeau en Seine-et-Oise. Ils créent une société en commandite simple au capital de 65.000 francs. Les Gallien y contribuent avec 30.000 francs et aussi leurs connaissances en extraits tannants. En contrepartie, J.O.P. d’Angelis apporte son usine de Scata et des terrains qu’il possède sur les bords du Fium’Alto pour une somme évaluée à 32.500 francs. Les associés optent alors pour une nouvelle usine en aval de la Fabrica Vecchia, prévue pour une production de cinq tonnes par jour. Elle est construite entre 1882 et 1886 au lieu-dit Campo Piano sur la commune de Pruno. La gestion et l’exploitation de cette usine sont confiées respectivement aux ingénieurs Monnet et Lemaître. L’usine de Fabrica Vecchia est arrêtée en 1882.

Usine de Campo Piano

Le 10 avril 1892, des bailleurs de fonds bastiais dont MM. Ramelli, Creisson et Chardon avec la participation d’industriels lyonnais, enregistrent la Société Anonyme de Champlan auprès de Maître Bartoli, notaire à Bastia. L’acte de fondation de cette société précise que son siège social est situé dans un local du port de Bastia et que son principal établissement est l’usine de Campo Piano, ce qui officialise l’acte de reprise de cette usine par la S.A. Champlan. Le capital de cette société est de 100.000 francs divisé en vingt actions de 5000 francs réparties entre huit actionnaires, dont quatre Corses. Lors de son assemblée générale en 1893, Champlan porte son capital à 190.000 francs pour favoriser son développement. Sur des terrains acquis en 1894 à Folelli au lieu-dit Chiappatella, elle entreprend la construction d’une usine pour produire des extraits tannants. Bénéficiant d’une localisation avantageuse à proximité de la voie ferrée et de la route reliant Bastia à Bonifacio, elle augmente également son rayon d’approvisionnement au nord-est et au sud-est de la Castagniccia. Sous la direction de Lemaître puis de Texier, l’entreprise se développe. Sa production atteint 4.500 tonnes par an. Une tonnellerie mécanique pouvant fournir 20.000 à 25.000 fûts par an vient compléter les installations en 1905. Son capital est porté à 800.000 francs en 1906. C’est la période faste. En 1907, elle fusionne avec l’usine de Barchetta et procède à de nouvelles extensions dans son usine de Folelli entre 1914 et 1920.

Usine de Folelli en Corse au début du 20e siècle
Usine de Folelli en Corse au début du 20e siècle

Usine de Barchetta

Cette usine d’extraits tannants est construite entre 1897 et 1907 par la Société Corse pour le Traitement du Bois avec l’aide des financiers bastiais Orenga et Fantozzi. L’ingénieur Lucien Chardon est l’administrateur de cette société et son siège social est à Bastia. Sa fusion avec la S.A. de Champlan en 1907 permet de regrouper les trois usines corses : Campo Piano, Folelli et Barchetta.

L’usine de Campo Piano est arrêtée en 1914. Suite aux difficultés économiques des années 1920, l’usine de Folelli est vendue à la Compagnie Française d’Extraits Tinctoriaux et Tannants du Havre (CFETT) (1922). Champlan, menacée de liquidation, fusionne avec la CFETT en 1935  pour créer la Société de Champlan et de Folelli au capital de 4.000.000 francs, pour gérer les usines de Folelli et de Barchetta. L’eldorado de l’industrie du tanin issu du châtaignier né à la fin du 19e siècle touche à sa fin. La société Champlan-Folelli ne parvient pas à se redresser économiquement. L’activité de l’usine de Folelli est fortement ralentie pendant la période 1939-1945. Elle est reprise par les Tanins Rey au début des années 1950 et intégrée dans leur filiale Société de Cellulose et de Tanins Corses. L’usine de Folelli ferme en 1956. Après la Première Guerre mondiale, l’Angleterre, grande consommatrice et importatrice de tanin végétal, s’intéresse à la Corse et à sa châtaigneraie. Des hommes d’affaires de la région de Liverpool investissent 250 000 francs pour créer une usine. Elle est construite en Corse sur la commune de Ponte Leccia en 1928, au lieu-dit Cherchio sur les bords du Golo. Dirigée par Guy Fardet et exploitée par la Société Anonyme des Tanins Corses, cette usine produit à ses débuts 2000 tonnes par an d’extraits tannants. Créée tardivement, elle innove en installant dans les années 1930 un atomiseur cyclonique à air chaud permettant de sécher et de fabriquer un tanin pulvérulent livré en sacs. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la production atteint 4 000 tonnes par an pour un effectif d’une centaine de personnes. Elle est également reprise par les Tanins Rey au début des années 1950 et intégrée dans leur filiale Société de Cellulose et de Tanins Corses.

Usine d’extraits tannants de Barchetta en Corse
Usine de Barchetta en Corse au début du 20e siècle
[Photo carte postale ancienne]

La généralisation de l’utilisation des extraits tannants synthétiques et au chrome par l’industrie du cuir au lendemain de la Guerre 1939-1945 n’améliore pas la situation économique de l’industrie corse des extraits tannants végétaux. En 1961, la Société Anonyme des Tanins Rey (SATR) se recentre sur la production de pâte à papier et devient Produits Chimiques et Celluloses Rey (PCC Rey). Elle diminue fortement la voilure dans le secteur des extraits tannants, entraînant la fermeture en 1963 des deux usines encore en activité en Corse : Barchetta et Ponte Leccia. Cette dernière est ferraillée en 1965 pour éviter toute reprise par un concurrent.

Les bâtiments de l’usine de Folelli repris par les collectivités de Haute-Corse ont été réhabilités et restaurés. Ils abritent une médiathèque depuis 2014.

Tableau 3
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