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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Implantation et développement Révision : 28 novembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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V - Implantation et développement

En dehors des initiatives individuelles et opportunités locales, des années 1880 aux années 1960, deux dynasties dominent l’industrie des extraits tannants végétaux, aux niveaux national et international. La première est sans conteste la famille Gillet originaire de la région lyonnaise, spécialisée dans les produits chimiques pour teintures industrielles et dont les colorants sont utilisés par les soyeux lyonnais. La deuxième vient de La Rochette en Savoie : la famille Rey dont les descendants et alliés vont s’associer au papetier Aussedat pour créer le groupe Aussedat Rey au début des années 1970.

V-3 - Famille Gillet

  François Gillet  
François Gillet

François Gillet (1813-1895), né dans une famille de paysans pauvres et illettrés de Bully, dans les Monts du Lyonnais, n’a pas l’intention de reproduire la vie difficile de ses parents. Il veut s’assurer un meilleur avenir économique. En 1830, il quitte son village natal pour faire un apprentissage dans l’industrie de la soie. Après un court passage dans un atelier local de tissage, il rejoint Lyon pour se placer chez des teinturiers travaillant pour les soyeux. À cette occasion, il séjourne chez A.F. Michel, teinturier à la quarantaine de Lyon. Celui-ci utilise déjà des décoctions de bois de châtaignier contenant des extraits tannants et du pyrolignite de fer (acétate de fer) comme agent de mordançage pour obtenir de la soie teinte en noir. Cette dernière est à l’époque l’une des spécialités des soyeux lyonnais. Le jeune apprenti prend également connaissance de ses travaux dédiés au remplacement de la noix de galle par des décoctions de tanin issues du châtaignier.

Après sept ans d’apprentissage, il se met à son compte en s’associant avec un autre ouvrier. Une première tentative peu concluante mais, loin de se décourager, il s’associe en 1843 avec son beau-frère Pierron pour fonder la société F. Gillet et Pierron jeune. En 1862, il se retire de cette association pour continuer seul ses activités. La même année, il envoie son fils aîné Joseph en formation au lycée Wiesbaden en Allemagne, puis à son retour, l’associe progressivement, ainsi que son deuxième fils François, aux responsabilités entrepreneuriales dans les Établissements Produits Chimiques Gillet et Fils. En 1869, ils deviennent Société Gillet et Fils mais c’est encore François Gillet père qui tient les rênes et possède la majorité des actions. C’est le départ d’une belle aventure conduisant à la constitution de l’un des plus grands groupes industriels dans le domaine de la chimie sur le territoire français.

Les Gillet fondent l’usine d’extraits tannants de Gresin en Savoie, à partir du châtaignier. En 1871, ils construisent une usine à Vaise (69) dédiée à la fabrication de tous les produits chimiques nécessaires pour traiter la soie, dont une chaîne de production de tanins végétaux à partir de bois de quebracho importé du Brésil, de campêche du Mexique et même de cachou du Bengale pour la fabrication de son 'noir Gillet'.

1887 : François Gillet se retire juridiquement de l'entreprise au profit de ses fils qui créent la Société Gillet et Fils dont les responsabilités sont transférées à Joseph (1843-1925). Sous sa houlette puis celle de son fils aîné Edmond (1873-1924), les affaires de la famille prospèrent grâce aux produits chimiques tinctoriaux et aux extraits tannants. Forte demande en extraits tannants végétaux au début du 20e siècle, présence d’une importante châtaigneraie sur le sol français (Ouest de la France, Massif Central et Corse) et sur les pentes des régions alpines (Italie et ancienne Yougoslavie) : ces deux facteurs vont "booster" cette industrie qui, au même titre que la papeterie, s’avère très prometteuse sur le plan économique.

Après la mise en service de l'usine de Vaise, les Gillet portent un intérêt particulier à la production d’extraits tannants à partir du bois de châtaignier. C'est pourquoi, à l’instar de leurs concurrents, ils délocalisent leur production au cœur même des massifs forestiers riches en châtaigneraies. Il est plus logique de transporter les produits finis que la matière première bois : la priorité dans le choix d'un site est de trouver un compromis entre l’éloignement du massif forestier et celui des clients. L’importance du réseau routier et ferroviaire s’avère également primordial ainsi que la proximité éventuelle d’un port pour les exportations. La Bretagne, le Massif Central et les environs de la Vallée du Rhône sont des régions privilégiées. C’est ainsi que, par création ou acquisition d’usines, la famille Gillet devient le leader du secteur des extraits tannants issus du bois de châtaignier. 1913 : la mise en commun des valeurs mobilières de la famille évite la dissipation des capitaux dans des actions désordonnées. C’est la Participation Gillet père et fils qui permet une grande puissance financière.

Vue aérienne de l'usine d'extraits tannants de Condat
Vue aérienne de l'usine d'extraits tannants de Condat
[Photo Condat]

Le 23 décembre 1918, est fondée la société Progil qui, à l’origine, ne possède aucun actif industriel. En 1920, sont apportées les trois usines consacrées partiellement ou totalement à la production d’extraits tannants : Vaise (Lyon) en 1871, Molières-Cavaillac (Gard) reconvertie en 1899, et Condat-le-Lardin créée en 1906-1907. Progil en devient l'exploitante dès 1920, qu’elles soient louées ou rachetées.

Publicité de Progil en 1934
Publicité de Progil en 1934, incluant les usines d’extraits tannants
de Condat, Avèze-Molières, Saint-Jean-du-Gard, Saint-Sauveur-de-Montagut et Labruguière

Plusieurs usines créées par des initiatives régionales pour la production d’extraits tannants sont absorbées par prises de participation ou en totalité, en fonction des opportunités et de la stratégie des Gillet. Sans que cela soit exhaustif, citons : Lanouaille (Dordogne) en 1920, Saint-Jean-du-Gard (Gard) en 1922, Sainte-Eulalie d’Olt (Aveyron), Bédarieux (Hérault) et La Mothe (Lozère) en 1924, Entraigues (Cantal) en 1927, Labruguière (Tarn) en 1928, Saint-Sauveur-de-Montagut (Ardèche) en 1932, et Maurs (Cantal) en 1937. Progil prend également des participations minoritaires dans les Tannins du Midi et les Tannins de l’Ardèche.

Usine Progil de Condat dans les années 1930
Usine Progil de Condat dans les années 1930
[Photo Condat]

Après la Première Guerre mondiale, les Gillet – qui ont déjà contribué à la naissance de la Compagnie des Textiles Artificiels (CTA) (1911) – diversifient leurs activités vers les fibres régénérées et synthétiques en créant Rodiaceta (1922) et en participant à la création de Rhône-Poulenc(1928).

Publicité pour Progil en 1941
Publicité de 1941 incluant toutes les usines
de Progil dont Saint-Eulalie-d’Olt et Maurs
rachetées en totalité tardivement

En 1960, la moitié des tanins végétaux français est fabriquée par Progil, mais l’entreprise s’est déjà orientée vers les tanins synthétiques obtenus par condensation du formol avec des phénols sulfonés. Seules les usines de Saint-Sauveur-de-Montagut (fermée en 1962) et de Labruguière (arrêt des extraits tannants en 1984) sont encore en activité. La société est absorbée par le Groupe Saint-Gobain en 1969. La papeterie de Condat intègre alors la branche bois-papier de Saint-Gobain.

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