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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > De la fibre à la pâte à papier, 2000 ans d'évolutions > Les feuillus et l'eucalyptus au service des papetiers Révision : 14 septembre 2006  
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De la fibre à la pâte à papier :
2000 ans d'évolutions
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
numéro spécial, 2005
Mise en ligne : Septembre 2006

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IX - Les feuillus et l'eucalyptus au service des papetiers

  Fibres d'eucalyptus  
Figure 28 - Fibres d'eucalyptus
 (Photo EFPG - F. Cadel)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la demande toujours croissante en fibres cellulosiques incite les papetiers à s’orienter vers l'utilisation intensive de fibres provenant des feuillus qui, malgré leurs caractéristiques mécaniques plus faibles, sont intéressantes pour fabriquer des papiers destinés à l’impression-écriture. Les pâtes de bouleaux scandinaves, de peupliers italiens et d’eucalyptus australiens ou de la péninsule ibérique, se sont déjà révélées comme d’excellentes pâtes de remplissage, utilisées en priorité pour la fabrication du papier journal. La France, importatrice de pâtes, possède en revanche le quart de sa superficie en espaces boisés recouverts par environ deux tiers de bois de feuillus peu exploités. Elle participe activement aux recherches entreprises et au développement de ces nouvelles pâtes grâce à des investissements étrangers. Une nouvelle société, Le Feuillu Français de Papeterie ayant son siège au 104 avenue des Champs-Élysées à Paris, est même créée au début de l’année 1955 pour promouvoir cette matière première. À cette époque, les papetiers fondent de gros espoirs sur les pâtes mi-chimiques de feuillus avec l’utilisation du sulfite neutre de sodium (Na2SO3) comme réactif chimique. Malheureusement, les contraintes environnementales en vigueur 20 ans plus tard balaient tous les espoirs mis dans cette nouvelle technique d’obtention de pâtes cellulosiques.

Le chêne et le châtaignier, quant à eux, sont déjà utilisés pour la papeterie depuis les années 30. Limitées et spécifiques, ces applications sont dues aux activités de puissants groupes français qui exploitent ces essences pour en extraire le tanin utilisé pour transformer les peaux animales en cuir imputrescible. Outre ses applications traditionnelles dans l’habillement et la chaussure, le cuir sert également pour les courroies et les harnachements en tout genre. Poussée par une demande croissante en brides et en courroies due aux besoins de l’armée et l'industrialisation conséquente, l’industrie d’extraction du tanin se développe au début du XXe siècle. Elle atteint son apogée après la Seconde Guerre mondiale, avant de sombrer à partir des années 60, suite à l’apparition de produits de synthèse de substitution. Deux grandes familles se partagent le marché : les Rey, originaires de Savoie et les Gillet, originaires de la région lyonnaise.
L’aîné des Rey, Pierre-Albert Rey (1848-1913), reprend en 1871 l’importante scierie familiale de la Rochette en Savoie et, à proximité de celle-ci, installe une petite unité d’extraction de tanin pour revaloriser les chutes et les déchets issus de sa scierie. La réussite et le développement de sa nouvelle activité l’incite en 1899 à créer une seconde usine à Couze dans le Périgord, région où le châtaigner et le chêne sont abondants, mais certainement aussi pour se rapprocher des marchés bordelais et anglais. Deux de ses frères l’imitent et fondent une entreprise en Bretagne en 1891. En 1921, les descendants des frères Rey s’organisent devant la concurrence et se regroupent pour former la Société Anonyme des Tanins Rey (SATR). Leurs deux principaux concurrents sont français :

L’usine de Saillat s’intègre sur une usine de pâte de cellulose en 1928, l’usine de Couze et celle de Condat en 1930. La crise de 1930 lui est fatale et elle est reprise par la SATR en 1935.
L’utilisation du chêne et du châtaigner en France pour la production de pâte à papier date donc des années 30, mais dans un contexte très spécifique car ces essences servent de matière première pour l’obtention de pâte à papier après étuvage et extraction des tanins. Après la Seconde Guerre mondiale, le site de Saillat est dédié prioritairement à la production de cellulose et de papier en étant intégré à Aussedat Pont-de-Claix en 1970, pour donner naissance à Aussedat-Rey. Il devient le Groupe Aussedat-Rey par absorption des Papeteries de France en 1971, puis est lui-même repris par l’Américain International Paper en 1989. Tous ces rapprochements sont les effets d’un nouvel ordre économique qui peu à peu se met en place : la mondialisation.

  Fibres de hêtre  
Figure 29 - Fibres de hêtre
(Photo EFPG - G. Coste)

À partir des années 50, d’autres essences comme le hêtre, le peuplier et le tremble, sont utilisées. Les pâtes de feuillus mélangés [mixed hardwood], issues des taillis et de forêts hétérogènes, font également leur apparition. En 1954, est construite la SICA d’Alizay près de Rouen pour fournir en pâte l’industrie des textiles artificiels. En 1956, la décision de créer la Cellulose d’Aquitaine est prise. C’est le groupe américain Parsons et Whittemore, via sa filiale française (PWF), qui se charge de l’étude, de la construction et de la mise en route de cette usine, finalement implantée à St Gaudens. La première cuisson a lieu le 22 mars 1959. Fin 1962, commencent les terrassement des travaux pour la construction de la Cellulose des Ardennes à Harnoncourt en Belgique. Cette usine est également construite par PWF selon le même principe que pour la Cellulose d’Aquitaine. Elle démarre à la fin de l’année 1964.
Toutes ces usines fabriquent de la pâte à papier à partir du bois de hêtre. Un rapprochement entre ces trois usines a lieu au début de l’année 1967 et le groupement d’intérêt économique GEC (Groupement Européen de Cellulose) voit le jour : il est résolument tourné vers la fabrication de pâte à papier marchande à base de feuillus dont la production totale dépasse les 300 000 tonnes. La Cellulose de Strasbourg, créée en partie par Bowater en 1936 et produisant de la pâte de résineux et de feuillus aux bisulfites, rejoint le groupe au début des années 70. Le GEC envisage même en 1971 de construire une nouvelle usine : la Cellulose du Morvan. La crise des années 70, consécutive aux chocs pétroliers et aux contraintes environnementales, accentue les difficultés économiques du groupe et entraîne sa liquidation au début des années 80. Les quatre usines survivent malgré tout à ce naufrage, absorbées par de grands groupes papetiers mondiaux. La Cellulose de Strasbourg reprise par le finlandais UPM (United Paper Mill) disparaît mais donne naissance à la Papeterie Stracel. Les usines d’Alizay (société reprise par le suédois Modo devenu m-real) et d’Harnoncourt (reprise par la Société Régionale d’Investissement Wallonne avant d’être cédée au groupe espagnol Torras Hostench puis au groupe italien Burgo), s’intègrent en aval, en conservant leur spécificité feuillus. Seule l’usine de St Gaudens continue sa production de pâte marchande en étant absorbée par la Cellulose de Tarascon puis par le groupe nord-américain Tembec.

À partir des années 70, le développement de l’informatique et de la xérographie ainsi que des produits à base de ouate de cellulose, remet l’eucalyptus à l’honneur. Celui-ci est connu des papetiers car il est déjà très utilisé par l’industrie papetière australienne. Ses fibres confèrent au papier un bouffant, une main, une opacité et une rigidité tout à fait remarquables pour un feuillu. Ces caractéristiques, alliées à une bonne blancheur, deviennent vite incontournables pour les papiers xérographiques, photocopie et laser. La douceur et l’absorbance de ces mêmes fibres sont également largement utilisées pour la fabrication de la ouate destinée aux mouchoirs et aux papiers hygiéniques.

  Fibres de Gmelina arborea  
Figure 30 - Fibres de Gmelina arborea
(Photo EFPG - G. Coste)

Pour faire face à cette demande croissante, deux sites sont créés au Brésil : Aracruz et Monte Douro sur la rivière Jari. L’histoire de Jari est l’une des plus grandes aventures industrielles au monde. Daniel Ludwig, armateur américain considéré comme l’homme le plus riche du monde à son époque, est subjugué par l’Amazonie en la découvrant incidemment un jour de 1966. Reprenant l’idée du grand constructeur d’automobiles, Henry Ford, qui a acheté quelques décades auparavant un immense territoire en Amazonie pour le planter en hévéas afin d’approvisionner ses propres usines en caoutchouc, il décide d’investir une partie de sa fortune dans ce pays pour construire une usine de pâte à papier. Le fiasco, consécutif au projet de Ford, dû essentiellement à la prolifération d’un champignon qui décime entièrement les plantations d’hévéas, ne le décourage pas. Le projet titanesque de D. Ludwig, pour l’époque, nécessite l’achat d’un territoire d’une surface égale à la moitié de la Belgique. Il négocie cette acquisition avec les militaires brésiliens alors au pouvoir. Pour la réalisation de son projet, il importe de la main d’œuvre du monde entier : Japon, Chili, Inde, Finlande, Amérique du Nord… et crée une ville à Monte Douro. Il s’emploie à faire défricher d’immenses espaces pour développer l’élevage et des cultures nécessaires pour nourrir ces immigrés, et surtout pour faire pousser le Gmelina arborea qu’il décide de planter pour la production de sa pâte à papier. Il décide de construire son usine en deux parties à Kure au Japon où la main d’œuvre est moins chère. La construction est réalisée sur deux immenses barges supportant des installations qui atteignent 70 mètres de hauteur. L’une est destinée à l’usine de pâte pour la ligne fibre et l’autre, de 225 mètres de long et 45 mètres de large, à l’usine de régénération des liqueurs noires issues du procédé kraft. Ce convoi, unique dans les annales de la marine marchande, commence sa migration vers le Brésil au début de 1978. L’étroitesse du canal de Panama l'oblige à contourner le Cap de Bonne Espérance et à traverser l’Atlantique. Il remonte l’embouchure de l’Amazone puis la rivière Jari jusqu’au port de Munguba à proximité de Monte Douro. Plus de 28 000 km séparent le Japon du but final. En dépit du gros temps et des tempêtes, les travaux de construction et de finition continuent à bord pendant la traversée. Le convoi arrive finalement à son port d’attache. L’usine est alors assemblée et commence sa production de pâte à papier dès le 15 février 1979. Celle-ci est prévue initialement pour une production de 750 tonnes par jour. La commercialisation se met en place sous l’appellation pâte de Jari ou Jari Pulp à base de Gmelina arborea. Malheureusement, le sol trop sablonneux de la région ne convient guère à cette espèce à croissance rapide. Les ennuis techniques se multiplient. En outre, D. Ludwig n’a plus les faveurs des autorités en place qui lui refusent la construction d’une centrale hydroélectrique sur le Jari. Il jette l’éponge après avoir perdu plus d’un milliard de dollars. Voué à l’abandon, le site périclite puis est repris et renfloué par l’État brésilien. Le Gmelina arborea est remplacé par l’eucalyptus et l’usine qui a survécu contribue dorénavant, aux côtés de l’imposante Aracruz, à approvisionner les papetiers du monde entier en fibres d’eucalyptus.

L’usine d’Aracruz date de la même époque. La première usine, appelée ensuite "mill A", est construite à partir de 1975 et démarre en septembre 1978. Sa production de pâte kraft blanchie d’eucalyptus atteint 400 000 tonnes/an dès le début des années 80. Pour son approvisionnement, elle utilise des arbres provenant de plantations entreprises dès 1967. En 1991, une extension de l’usine par la construction d’une seconde ligne fibre, "mill B", porte la capacité de production à plus de 1 000 000 de tonnes/an. Des modernisations, puis la construction d’une troisième ligne fibre "mill C" permet au site d’atteindre une production totale de 2 000 000 de tonnes/an en 2002.

D’autres plantations d’arbres à croissance rapide voient également le jour à la fin du XXe siècle, dans différents sites tropicaux : au Gabon d’abord avec de l’eucalyptus, et plus récemment en Indonésie, avec des plantations d’eucalyptus, d’acacia et de Gmelina arborea. Un autre site est actuellement (2005) en construction : une usine de 1 000 000 de tonnes par an de pâte blanchie d’eucalyptus implantée dans l’Ouest de l’Uruguay à Fray Bentos, par le consortium finlandais Metsä-Botnia.

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