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Grésivaudan, vallée historique de l'industrie du papier
(in memoriam)
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
Mise en ligne : Février 2012
Révision : Février 2014

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I - "Le Grésivaudan industrie du papier"

  Panneau "Le Grésivaudan industrie du papier"  
Panneau Le Grésivaudan
industrie du papier

En prononçant la liquidation judiciaire du groupe papetier Matussière & Forest le 23 septembre 2008, le Tribunal Administratif de Grenoble met un terme à cent cinquante ans de l’une des plus grandes aventures industrielles qu’ait connue une vallée, et plus largement une région, pour le plus grand profit de notre pays.

Au début du XXe siècle, la domestication et l’utilisation de la Houille blanche par des ingénieurs entrepreneurs et ambitieux pour la production de pâte à papier propulsent le Dauphiné en tête des régions papetières françaises. Elles donnent également un élan et un dynamisme sans précédent à Grenoble. La ville connaît ensuite une véritable expansion grâce notamment à l’action de deux hommes : Edouard Rey, maire de Grenoble de 1881 à 1888, puis sénateur de l’Isère de 1888 à 1901, et Paul Mistral, député de Grenoble de 1910 à 1932 et maire de la ville de 1919 à 1932. Ce dernier est à l’origine de l'Exposition internationale de la Houille blanche et du tourisme (mai-octobre 1925) dont l’impulsion et les retombées permettent enfin à Grenoble d’accéder au statut de ville moderne.

Lorsqu’Amable Matussière, Auvergnat d’origine, arrive à Domène en 1856 pour reprendre une petite scierie, le Grésivaudan est une vallée agricole dont l'activité est rythmée par les crues fréquentes de l’Isère et par la culture du chanvre.

Coincée entre les massifs de la Chartreuse et de Belledonne et le royaume de Savoie au Nord-Est, cette région, isolée en dépit de la proximité de Grenoble, vit pratiquement en autarcie. On y cultive les céréales (blé, maïs, orge) et la pomme de terre pour l’alimentation de première nécessité, les arbres fruitiers et la vigne sur les coteaux pour la consommation personnelle et le commerce et, comme évoqué plus haut, le chanvre. Cette dernière activité a donné naissance à une multitude de petites industries utilisant déjà l’eau et la force hydraulique des torrents issus de Belledonne pour le rouissage et le battage de cette plante à fibres textiles, voire pour le tissage après le décorticage et le peignage (sérançage). De nombreux routoirs, battoirs, taillanderies, martinets et moulins à farine et à huile sont installés au pied de la montagne, le long des torrents et de leurs canaux de dérivation.

La région est par ailleurs caractérisée par une importante activité sylvicole et comporte diverses essences ligneuses (noyers, châtaigniers et résineux sur les pentes montagneuses) justifiant l’implantation de nombreuses scieries.

Quelques familles sont également concernées par l’unique industrie de Grenoble, la ganterie, qui fournit quelquefois du travail à façon, essentiellement à une main d’œuvre féminine.

Concernant une "protoactivité" papetière, Xavier Roux dans son ouvrage "Les papetiers du Dauphiné" (1887) mentionne qu’il existe déjà, à la fin du XVIIe siècle, dans le fond de la gorge du Doménon, à Domène, des piles à maillets actionnées par l’énergie hydraulique pour broyer les chiffons. Deux moulins à papier sont encore en activité en 1836, employant dix-sept compagnons pour la fabrication du papier à la cuve.

Cascade du Doménon au fond de la Gorge de Domène
Cascade du Doménon
au fond de la Gorge de Domène [Photo CP]

Victime des aléas de la conjoncture économique et surtout des caprices du Doménon (crues ou étiages), Daniel Mollard, maître papetier du moulin le plus important de la gorge, est obligé de cesser son activité en 1839, en raison d’une importante faillite. Il est le descendant d’une famille papetière ayant exercé son activité à Domène pendant presque tout le XVIIIe siècle, comme en attestent des filigranes de papiers utilisés durant la première moitié du siècle, en particulier sur un traité passé entre des papetiers et la ville de Grenoble en 1748. Un document manuscrit de 1780 mentionne par ailleurs les qualités courantes et le prix des papiers fabriqués à cette époque par la famille Mollard.

Le développement de la vallée du Grésivaudan autour de la papeterie moderne, puis de la Houille blanche, a un énorme impact sur celui de la région grenobloise. Il aboutit à la création de l’Institut Électrotechnique et de l’École Française de Papeterie, puis de tout un secteur de l’Université de Grenoble axé sur les sciences et la technique, via l’Institut Polytechnique. Ce secteur permet l’émergence d’autres spécialités concernant plusieurs domaines de la physique dont l’atome, puis l’électronique, et enfin les nanotechnologies.

Publicité pour l'École Française de Papeterie - Le Papier, 1908
Publicité pour l'École Française de Papeterie - Le Papier, 1908

Deux panneaux indiquant "Le Grésivaudan industrie du papier" sont installés sur l’autoroute Chambéry-Grenoble – l’un à hauteur de Saint-Nazaire-les-Eymes et l’autre au niveau de Chapareillan – à l’instigation de Philippe Langenieux-Villard, député-maire d’Allevard, afin de rappeler l’importance historique de l’industrie papetière dans l’économie de la région grenobloise. Ils peuvent paraître désuets de nos jours, mais notre devoir de mémoire nous incite à rappeler cette formidable épopée humaine et industrielle qui a conduit au développement d’une activité exceptionnelle. Elle a fourni du travail à plusieurs générations d’hommes et de femmes, autochtones ou immigrés, et rythmé leur vie tout en favorisant de nombreuses avancées socioculturelles (retraite et prévoyance, scolarité, garderies, coopératives, sports, musique, loisirs, équipements communaux, etc.) pour le plus grand bien de tous.

Le conseil d’administration de La Cellulose, association des anciens élèves de Grenoble INP-Pagora (anciennement École Française de Papeterie et des Industries Graphiques (EFPG)), a tenu à rendre hommage à ces papeteries défuntes en retraçant brièvement leur histoire, intimement liée à celle de l'école. Il serait présomptueux de lister ici tous les anciens élèves-ingénieurs ayant effectué des stages ou des visites dans l’une ou l’autre de ces papeteries, tant ils sont nombreux. En raison de leur proximité géographique, les papeteries du Grésivaudan, particulièrement celles de Lancey plus importantes en taille, ont toujours eu des relations privilégiées avec l'école. Nombre de ses ingénieurs diplômés ont d'ailleurs fait une partie de leur carrière professionnelle dans ces usines et plusieurs dirigeants de ces entreprises ont été associés à la gestion de l’École.

Depuis 2008, la société Ahlstrom Brignoud, anciennement Papeterie Fredet, est la seule rescapée parmi toutes les usines implantées. Cette survie est due à un concours de circonstances particulières puisque, dans les années 60, elle était condamnée à disparaître. Grâce à une reconversion réussie (fabrication de non tissés) et à l’action conjuguée de trois anciens élèves de l’école – André Eymery (EFP 1951), André Vuillaume (EFP 1966) et Patrick Jeambar (EFP 1970) –, elle a survécu, s'est développée et demeure aujourd'hui, sous la direction d’un autre "papet", Arnaud Marquis (EFP 1994), l’unique représentante de la vallée.

Le tableau ci-dessous récapitule les papeteries de la vallée du Grésivaudan en fonction de la date de leur fermeture.

Papeteries Création Fermeture
La Ouatose (Domène) 1929 1997
Papeterie des Martinets (Pontcharra) 1884 1997
Papeterie de Moulin Vieux (Pontcharra) 1869 2006
Papeterie de la Gorge (Domène) 1853 2007
Papeterie du Domeynon (Domène) 1856 2007
Papeterie de Lancey (Brignoud) 1869 2008
Papeterie de Brignoud 1869  

 

C'est la conjonction de plusieurs facteurs qui a permis le fantastique essor papetier de la vallée du Grésivaudan.

Durant près d'un siècle, les papeteries du Grésivaudan produisent principalement des papiers à base de pâte mécanique, de moindre valeur ajoutée : c'est une caractéristique quasi commune à toutes les papeteries historiques de la vallée. La disponibilité d’une énergie abondante et à faible coût est un atout majeur pour leur implantation et leur expansion jusqu’à la Première guerre mondiale. Puis, les crises économiques des années 20 et 30, les conséquences de la Seconde guerre mondiale et les difficultés pour passer du statut de papeterie familiale à celui de grande entreprise internationale ou de PME innovante, génèrent progressivement une série de causes et d'effets néfastes pour leur croissance économique et leur pérennité. Leur enclavement dans le village et de multiples conflits sociaux aggravent la situation. Toutes ces raisons ne sont pas étrangères à l’affaiblissement financier et au sous-investissement dans ces sites pour un développement moderne et durable tout au long du XXe siècle, d’autant que les rares exemples de gros investissements ne se sont pas toujours avérés judicieux et rentables (machines à papier M8 de Lancey et M4 du Domeynon, par exemple).

 
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