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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Grésivaudan, vallée historique de l'industrie du papier (in memoriam) > Papeterie de la Gorge (Domène) Révision : 4 avril 2016  
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Grésivaudan, vallée historique de l'industrie du papier
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
Mise en ligne : Février 2014

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V - Papeterie de la Gorge (Domène)

  Jules Senequier-Crozet  
 Jules
Senequier-Crozet

L’origine de la Papeterie de la Gorge remonte à 1853, lorsque Louis Joseph Jules Senequier-Crozet (1823-1901), maire de Domène de 1859 à 1865, crée une papeterie en bordure du Doménon en amont de Domène. Il s’installe en lieu et place où la famille Molard, premiers grands papetiers de Domène, fabriquait déjà une gamme de papiers renommés depuis le XVIIIe siècle.

C'est la première papeterie moderne installée dans la vallée du Grésivaudan. J. Senequier-Crozet ayant épousé Zoé Rosset-Bressand, fille naturelle et reconnue du Comte de Montchenu, dispose de capitaux suffisants pour créer une entreprise dans le secteur papetier très prometteur à l’époque. Le Comte de Montchenu contribue à son financement en prenant une participation du même ordre que celle du fondateur. Pour le démarrage de l’usine, J. Senequier-Crozet fait appel à quelques papetiers confirmés dont Étienne Brotel et son épouse Louise Belmont, papetiers à Moirans (Isère). Par la suite, E. Brotel devient contremaître et son fils, Jules Brotel, né à Domène en 1854, crée au début du XXe siècle, une papeterie à Pontcharra qui n’arrive pas à se pérenniser.

Jules Senequier-Crozet reste le seul propriétaire de cette papeterie jusqu’en 1864. Á cette date, pouvant bénéficier d’un apport de pâte mécanique produite par la râperie d’Amable Matussière, il s’associe avec Charles Romanet, papetier à Izeron (Isère). Ce dernier dont l’usine au bord de l’Isère est menacée d’engloutissement par le projet d’un barrage hydraulique au niveau de Beauvoir en Royans, lui apporte sa machine à papier en continu. Il est à l’origine de la disparition de l’activité papetière à Izeron dont le moulin à papier était exploité par différentes familles dans la première moitié du XIXe siècle, en particulier la famille Guichard.

Cette association, connue sous la raison sociale Senequier-Crozet Romanet & Cie, permet également à J. Senequier de disposer d’un associé compétent dans le domaine papetier. La pâte mécanique produite par la râperie d’A. Matussière exploitée par Jean-Baptiste Neyret, est absorbée en partie par cette papeterie. En 1869, C. Romanet établit un contrat avec le docteur Marmonnier concernant un important marché de fourniture de pâte mécanique de bois qui doit être fabriquée par la râperie d'A. Bergès, en gestation mais pas encore construite. Ce contrat est une aubaine financière pour A. Bergès mais cette décision ajoutée à une gestion hasardeuse de C. Romanet conduit à des arrêts de production de la papeterie Senequier-Romanet dès 1869.

Les difficultés économiques et la désorganisation engendrées par la guerre franco-allemande de 1870 provoquent l’arrêt définitif de la papeterie Senequier-Crozet Romanet & Cie. Ce dernier porte également un rude coup à Amable Matussière, cette papeterie étant l’un de ses clients pour sa pâte mécanique. Une liquidation à l’amiable est effectuée par Maître Giroud en 1871. Charles Romanet quitte Domène et disparaît définitivement du paysage papetier dauphinois.

En 1872, la sœur de J. Senequier-Crozet, Joséphine de Rougemont (1813-1890), qui a épousé un officier de cavalerie et dispose certainement de capitaux conséquents, rachète au liquidateur par acte de Maître Silvy, l’ensemble de la société Senequier-Crozet Romanet & Cie. Elle loue le fonds industriel à Jacques Rouchez et Alexandre Vielhomme, papetiers à l’usine Jeand’heurs de Lisle-en-Rigault (Meuse).

À la fin des années 1860, à la demande d’Amable Matussière, A. Vielhomme a déjà effectué une expertise certainement favorable sur la viabilité économique de l’entreprise. Cédant à l’insistance d’A. Matussière, il quitte son usine de la Meuse pour Domène, entraînant avec lui l'ingénieur Jacques Rouchez. Les deux hommes, toujours par l’entremise d’A. Matussière, sont rejoints par Auguste Louis Étienne (1844-1901), natif de Philippeville en Algérie, comptable à l’usine Chevrant du Moutiers. A.L. Étienne est maire de Domène de 1888 à 1894.

Alexandre Vielhomme (1820-1895), né à Lisle-en-Rigault, chef de fabrication à Jeand’heurs, est un papetier confirmé et reconnu. Il est déjà employé à la papeterie Jeand’heurs dans les années 1840. L’usine, rachetée par la famille de banquiers Varin-Bernier en 1839, est fortement modernisée à partir de 1850 avec l’implantation d’une nouvelle machine à papier, rapidement suivie par une seconde. A. Vielhomme participe à l’exploitation de ces machines et acquiert durant plus de 20 ans une solide expérience papetière qu’il met ensuite au service de la Papeterie de la Gorge de 1872 à 1892.

Jacques Rouchez (1815-1897) est né à Paris. Sa formation d’ingénieur l’amène à la papeterie Jeand’Heurs où il côtoie A. Vielhomme dont il apprécie les qualités techniques et papetières. J. Rouchez, organisateur et concepteur, et A. Vielhomme, papetier, forment un binôme complémentaire pour la rationalisation et l’exploitation de l’usine des consorts Senequier. J. Rouchez devient par ailleurs vice-président de l’Union des fabricants de papier de France.

A. Bergès à Lancey et A. Fredet à Brignoud ayant montré l’exemple, une haute chute de 115 mètres destinée à fournir une puissance de 380 CV, est construite en 1872 et fournit l’énergie nécessaire à l’usine et à ses nouveaux exploitants. De 1872 à 1892, la papeterie fonctionne sous la raison sociale Rouchez & Vielhomme. Elle connaît une grande prospérité grâce à la complémentarité et à la compétence des principaux acteurs et décideurs : A. Vielhomme et J. Rouchez pour le domaine papetier, A.L. Étienne pour la partie commerciale. Ce dernier ouvre des représentations à Paris, Lyon, Saint-Étienne et Marseille. Il crée un dépôt à Saint-Étienne et trouve de nouveaux débouchés dans la région marseillaise pour les papiers fabriqués à Domène. Il instaure une comptabilité industrielle rigoureuse et innovante pour l’époque. A.L. Étienne établit également des relations importantes avec la maison Alibaux Vérilhac et Cie, spécialisée dans le commerce de papiers en gros à Lyon. C’est en fait le grand animateur de la papeterie Rouchez & Vielhomme.

J. Rouchez et A.L. Étienne prennent également une part importante dans la suppression d’un impôt nouveau pour toutes les industries utilisant et transformant le papier, voté par la Chambre des Députés le 21 décembre 1884.

En 1887, les papeteries Rouchez & Vielhomme sont très prospères et possèdent trois machines à papier pouvant produire chacune 4 tonnes de papier par jour, avec un personnel avoisinant les 250 personnes. Elles sont reliées à l’usine Matussière située en amont par une voie ferrée de type Decauville pour l’approvisionnement en pâte mécanique. Elles sont même les premières dans la vallée du Grésivaudan à avoir installé une fabrication de pâte chimique au bisulfite fiable donnant toute satisfaction. Cette installation récente, située sur la rive droite du Doménon entre leur usine et celle de Matussière, leur assure une supériorité incontestable par rapport à leurs concurrents, pour la rentabilité de leur usine et la qualité de leurs papiers à base de pâte mécanique pour le journal et l’impression-écriture.

Papeteries H. Dodo & Cie (au premier plan) et Matussière & Forest 
   (au fond de la gorge de Domène) à la fin du XIXe siècle
Papeteries H. Dodo & Cie (au premier plan)
et Matussière & Forest (au fond de la Gorge de Domène)
à la fin du XIXe siècle [Photo CP]

Cette période de prospérité est également favorable au progrès social. Les ouvriers papetiers paysans possédant un petit lopin de terre ont succédé aux papetiers nomades et "mercenaires". Si les usiniers de Domène ne possèdent pas encore leur propre caisse de secours, la commune de Domène aidée par ces derniers fournit au personnel un service social et d’assistance gratuit, avec en particulier l’établissement de religieuses et la mise à disposition d’un médecin.

Fournisseur de pâte à papier et conseil pour cette entreprise, Amable Matussière bénéficie lui aussi de cette prospérité. Dès 1877, aidé financièrement par Joseph Bouchayer, fondateur des Ets Bouchayer & Viallet à Grenoble, il en profite pour installer de nouveaux défibreurs et équiper son usine d’une fabrique de pâte de paille blanchie à la soude de qualité supérieure. Les Ets Bouchayer & Viallet fournissent l’essentiel du matériel nécessaire (lessiveurs, porions, etc.). Le démarrage, la mise au point et le fonctionnement de ce nouveau procédé s’avèrent laborieux et génèrent une pollution importante du Doménon. Une vive opposition des Doménois oblige A. Matussière à arrêter définitivement cette fabrication vers 1885, ce qui incite certainement J. Rouchez, A. Vielhomme et A.L. Étienne à se lancer dans la fabrication de pâte chimique au bisulfite.

En 1878, A. Matussière profite également de cette prospérité pour relever sa chute d’eau à 157 mètres. Joséphine de Rougemont décède en 1890. En 1892, lors de la liquidation de la société établie à l’origine pour 20 ans, J. Rouchez et A. Vielhomme, relativement âgés, se retirent de l’affaire en laissant aux héritiers de J. de Rougemont une entreprise de tout premier ordre. Ces derniers louent alors l’usine à Henri Dodo et Auguste Étienne, avec participation aux bénéfices, sous le nom H. Dodo & Étienne père.

Henri Dodo (1857-1922), natif de Lisle-en-Rigault, ingénieur des Arts & Manufactures dont le père était comptable à la papeterie Jeand’Heurs, a épousé Gabrièle Josèphe, fille de J. Senequier-Crozet en 1886 à Grenoble. Il est certainement redevable à A. Vielhomme et J. Rouchez d’avoir trouvé l’élue de son cœur dans l’Isère !

Auguste Étienne, qui est resté dans l’entreprise et a participé à son développement, devient associé et gérant de la société jusqu’à son décès en 1901. Ses fils, Eugène et Maurice, continuent avec la société devenue Henri Dodo et Cie. En 1903, elle commande une nouvelle machine à papier au constructeur Allimand à Rives (Isère). De 2,10 mètres de laize rognée, baptisée machine 4, elle est installée en 1904. Équipée d’une table plate avec toile de 17,25 mètres de longueur, rouleau égoutteur, presse humide en bout de table, 2 presses coucheuses, une presse montante, 17 sécheurs de 1,2 m. de diamètre, deux presses apprêteuses, un cylindre refroidisseur, une mouilleuse et l’enrouleuse à deux broches, elle intègre les techniques les plus modernes.

C'est certainement une période faste et lucrative pour les exploitants de la société Henri Dodo et Cie qui se retrouvent à la tête de l'usine la plus importante de Domène. Ces résultats ne sont sûrement pas étrangers aux importants investissements réalisés durant la première décennie du XXe siècle par la société : la machine 4 en 1903-1904, le reconditionnement de la chute hydraulique devenue Centrale des eaux et surtout l’édification d’une somptueuse demeure à Domène que les Doménois appellent Château Dodo. Ce dernier, réalisé en grande partie par des artisans locaux, possède entre autres de magnifiques boiseries et parquets de la maison Alfred Gros (anciennement Pascal Gil) et des carrelages et mosaïques de la maison Gabriel Nicolet, toutes deux implantées à Domène. Cette imposante bâtisse bourgeoise est certainement destinée à positionner l’entreprise et ses exploitants dans la hiérarchie des grandes réussites de certaines familles industrielles du Grésivaudan et de leurs descendants, en particulier les Matussière/Forest, Bergès, Chevrant, Morel, Fredet (ce dernier est propriétaire à l’époque du magnifique Château du Mas à Brignoud), Nicolet, etc. Sa construction et son achèvement semblent cependant avoir traîné un peu en longueur.

Château Dodo
Château Dodo

Quant aux Étienne, leurs acquis leur permettent de quitter Domène pour créer une papeterie plus proche de leurs clients marseillais afin de réduire les coûts liés au transport du papier. Ils commandent deux machines à papier journal de 3,20 mètres de laize aux Établissements Brenier-Neyret de Grenoble, en 1910. Après la liquidation de la société en 1912 (après 20 ans d’existence), les fils Étienne quittent définitivement Domène pour Arles où ils implantent leur fabrique de papier journal en 1911. L’approvisionnement des matières premières devant se faire majoritairement par la mer, les frères Étienne ont initialement prévu d’installer leur usine à Port-Saint-Louis, à l’embouchure du Rhône. Cependant, l’eau nécessaire au procédé papetier risquant d'être influencée par la salinité de la mer proche, cette idée est vite abandonnée. Les frères Étienne choisissent alors Arles pour installer leur usine, avec la raison sociale Établissements Étienne Frères Papeteries du Rhône, qui démarre en 1912. Ce n’est qu’en 1955, lors de la création de la Cellulose du Rhône à Tarascon grâce à des capitaux suisses, qu'ils changent de raison sociale pour éviter la confusion et deviennent les Papeteries Étienne.

Les héritiers de Joséphine de Rougemont – les consorts Senequier-Crozet – louent ensuite leur usine (fonds industriel et organisation commerciale) à la société en commandite par actions Henri Dodo & Cie. H. Dodo, gendre de J. Senequier-Crozet le fondateur, et Noël Senequier-Crozet, son fils, en sont les nouveaux gérants. Soucieux de la pérennité de sa branche familiale, H. Dodo envoie son fils Paul suivre les cours de la section ingénieur de l’École Française de Papeterie récemment créée qu’il soutient, mais Paul n’obtient pas son diplôme et devient ancien élève auditeur libre de la promotion 1912 de l’EFP. Comme nombre de jeunes de sa génération, il est concerné par la mobilisation générale de 1914. Après l’Armistice, il s’oriente vers un secteur d’activité autre que la papeterie et décède quelques années après.

En 1914, Léon Potié, gendre d'Henri Dodo, intègre l’entreprise. Ingénieur des Arts & Manufactures, il n’a pas la stature d’Auguste Étienne, ni celle de son beau-père considéré comme un dirigeant remarquable. L’entreprise, désorganisée durant la Première Guerre mondiale puis victime des difficultés économiques d’après-guerre, ne retrouve pas son efficience de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ces difficultés sont liées à la dévaluation du franc et au renchérissement des coûts des matières premières et des frais d’exploitation. De surcroît, H. Dodo abandonne ses fonctions d’administrateur-gérant au 1er janvier 1922 pour devenir simple commanditaire. Les pouvoirs de gérance et d’administration sont alors transférés à deux co-gérants, Noël Senequier-Crozet et Léon Potié. H. Dodo décède à la fin août 1922. Ses obsèques ont lieu le 1er septembre à Domène.

Le 12 février 1927, est créée une société anonyme ayant pour objet toutes les opérations concernant la fabrication et le commerce des papiers de toutes natures, et particulièrement l’exploitation des fabriques de papier et pâtes à papier de la Gorge de Domène appartenant à l’indivision Senequier-Crozet, ainsi que l’exploitation de l’usine génératrice de Revel appartenant à la société hydro-électrique du Domeynon. Cette société anonyme prend le nom de Société des Papeteries de la Gorge de Domène, au capital initial de 2 400 000 francs. Son siège social est situé à Domène (Isère). Elle entre en jouissance le 1er août 1927 de tous les établissements industriels apportés auparavant en commandite à la société H. Dodo et Cie, venue à expiration, et elle commence son exploitation à la même date. Les premiers administrateurs statutaires sont Georges Dodo, Henri Senequier-Crozet, l’abbé Paul Senequier-Crozet, Jules Senequier-Crozet, Mme Veuve Noël Senequier-Crozet et Henri Thouvard, administrateur des papeteries de Renage. La direction de l’usine est confiée à R. Van Goethem.

Papeteries de la Gorge
 Papeteries de la Gorge

Progressivement, par apports, achats et échanges, la Société des Papeteries de la Gorge passe du statut de simple exploitante du fonds industriel et de l’organisation commerciale, à celui de propriétaire de l’ensemble des biens appartenant aux héritiers Senequier-Crozet. Cependant, cela ne va pas sans quelques tiraillements entre les héritiers Dodo (dont Léon Potié) qui estiment que l’actif social est essentiellement dû au fonds commercial dont ils sont partie prenante, et les héritiers Senequier-Crozet, propriétaires historiques du fonds industriel et de son organisation.

De 1929 jusqu’à la mort d'Henri Senequier-Crozet, le 13 novembre 1945, les deux cousins germains, Henri Senequier-Crozet, fils de Jules, et Jacques Senequier-Crozet, fils de Noël, petits-enfants du fondateur de l’entreprise, sont conjointement administrateurs délégués de la société. Toutefois, Henri en est le patron de fait. Après avoir été ramené de 2 400 000 à 1 200 000 francs, le capital de la société des Papeteries de la Gorge est porté à 2 600 000 francs par l’émission au pair de 2 800 actions nouvelles de 500 francs au début de 1931.

Á la mort prématurée d’Henri Senequier-Crozet, ses enfants étant trop jeunes pour prendre des responsabilités dans l’entreprise, c’est Jacques Senequier-Crozet qui devient le Président Directeur Général, fonction qu’il exerce jusqu'au 30 juin 1976. Les responsabilités effectives sont de ce fait transférées, pour de longues années, vers l’autre branche des Senequier-Crozet, celle des descendants de Noël.

Après la Seconde Guerre mondiale, la France connaissant une pénurie de papiers et cartons, il faut privilégier la production de masse et cela se fait malheureusement souvent au détriment de la qualité. Les Papeteries de la Gorge de Domène remportent alors un grand succès avec leur papier Blanc F, réputé pour sa grande qualité. Fabriqué avec une grande proportion de pâte mécanique blanchie fabriquée dans l’usine, il allie blancheur, bouffant, imprimabilité et possède même de bonnes caractéristiques mécaniques car il est fabriqué à partir d’une pâte mécanique qui n’a jamais été séchée, dite "pâte au tuyau".

Dans les années 1960, alors que les Jeux Olympiques d’hiver sont attribués à la ville de Grenoble et que leur label n’est pas encore protégé, les Papeteries de la Gorge en profitent pour sortir un Offset Olympique avec un filigrane représentant les anneaux olympiques. Parmi les marques connues, citons également le papier bouffant au nom très évocateur de Plume, et plus récemment l’Offset Baccara.

Édité en 1999 par les Éditions Retz,
ce livre de 544 pages est imprimé sur un offset Baccara
par les Papeteries de la Gorge

Vincent Senequier-Crozet, fils d’Henri et ingénieur diplômé de l’École Française de Papeterie en 1969, intègre à son tour l’entreprise en 1970. Après le départ à la retraite de Jacques Senequier-Crozet en 1976, elle est administrée par un Directoire jusqu’au 18 mars 1982, puis par un Conseil d’Administration présidé par Jean-Noël Senequier-Crozet, fils de Jacques, jusqu’au 16 décembre 1996. V. Senequier-Crozet en devient le directeur commercial puis le directeur général.

En 1996, après une courte période qui voit la nomination de V. Senequier-Crozet comme président directeur général, la société adopte à nouveau la forme juridique d’un Directoire et d’un Conseil de surveillance avec la nomination de Michel Sandon à la présidence du directoire et Gérard Fould comme directeur général. Jean-Noël Senequier-Crozet étant président du conseil de surveillance.

En cette fin de XXe siècle, les actions sont encore majoritairement (95 %) détenues par les descendants du fondateur, Louis Joseph Jules Senequier-Crozet. La production, d’une capacité de 20 à 23 000 tonnes de papiers sans bois destinés à l’impression-écriture et quelques spécialités est toujours assurée par l’unique machine à papier, installée en 1904, entretenue et améliorée régulièrement et reconditionnée progressivement à 2,25 mètres de laize utile. L’entreprise familiale, spécialisée dans quelques niches de l’édition, a acquis au fil du temps une grande expérience papetière et une bonne maîtrise du procédé. Cela pourrait lui suffire, mais dans l’âpreté du marché mondialisé, sa faible capacité qui la rend trop sensible à la perte toujours possible d’un client important, et le renchérissement du coût des matières premières et de l’énergie, semblent rédhibitoires pour la nouvelle équipe de direction, dont Michel Sandon. Pour ces responsables, la survie de cette petite papeterie passe obligatoirement par une augmentation de la production et la fabrication de nouvelles sortes plus lucratives. Des investissements sont entrepris pour implanter une coucheuse. Malheureusement, cet investissement trop important, une laize non adaptée pour ces nouvelles sortes, une analyse des risques insuffisante, une conjoncture défavorable et des prix de pâte à papier très élevés, contraignent la société à une liquidation en 2001.

Après quelques incertitudes et propositions de reprise, le 7 juillet 2001, le liquidateur autorise la reprise de la société et la poursuite de son activité industrielle par des repreneurs MM. Bertrand Guigon, Mazars, et Cosson. Ces derniers sont en fait plus intéressés par la centrale hydroélectrique que par l’activité papetière proprement dite. En juillet 2004, ils revendent la papeterie ramenée à l’équilibre, sans la centrale hydroélectrique, à la société à capitaux familiaux (Financière Ahrens-Laurent) représentée par Christian Ahrens. Ce dernier, ancien directeur de Matussière & Forest UK, hérite d’une entreprise a priori en équilibre, mais dont l’outil de travail ancien a souffert d’un entretien préventif insuffisant depuis la reprise en 2001. Il est rapidement confronté à de nombreuses défaillances d’éléments techniques de l’installation, dont la rupture de l’entraînement du cylindre aspirant. Aux arrêts imputables aux incidents techniques, s’ajoute celui causé par une inondation due à la montée des eaux du Doménon dans la nuit du 22 au 23 août 2005.

Toutes ces causes provoquent une baisse de production (15 000 tonnes pour une capacité de 20 000 tonnes par an) qui, avec l’augmentation du coût de l’énergie, conduisent à un nouveau redressement judiciaire avec une période d’observation allant jusqu’en mars 2006, prolongée ensuite jusqu’en novembre 2006. Malgré ce sursis et l’implication acharnée de C. Ahrens et de tout son personnel, l’entreprise est obligée de procéder à un nouveau dépôt de bilan, en décembre 2006. Le Tribunal de commerce de Grenoble prononce la liquidation définitive de l’entreprise en avril 2007, entraînant la suppression d’une centaine d’emplois.

Depuis 2009, le site héberge une scierie appartenant à l’entreprise Sillat de Murianette. La Gorge du Doménon en amont de Domène a donc retrouvé, 150 ans après, l'une de ses vocations industrielles pour laquelle Amable Matussière avait opté initialement.

Papeteries de la Gorge reconverties en scierie
 Papeteries de la Gorge reconverties en scierie
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