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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Le livre, Web de la Réforme > Le papier, à la merci des tourments de l'Histoire Révision : 02 juin 2008  

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André FAURIE - Ingénieur EFPG

Conférence à La Cellulose,
12 octobre 2000
Mise en ligne : Juin 2008

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I - Le papier, à la merci des tourments de l'Histoire

1 - Le Tche aux portes de la France

  Tche, idéogramme chinois désignant le papier  
Figure 1 - Tche, idéogramme
chinois désignant le papier

Inventé en Chine deux siècles avant notre ère sous le règne de Qin Shihuangdi, le premier papier est composé de l'écorce d'un mûrier de la même famille que celui qui sert à nourrir les vers à soie. C’est tout naturellement qu'il est désigné par le même idéogramme que la soie, le mûrier, le mûrier à papier : Tche.
Dès l'origine, il y a confusion entre soie, mûrier nourrissant le ver à soie, papier de soie et papier.
C'est par analogie avec le support de l'écriture égyptien que les romains lui donnent son nom latin papyrus qui deviendra papier.

En Espagne

En 1063, le pape Alexandre II proclame la croisade pour la Reconquista. Dans les zones reprises par les chrétiens, les conversions forcées chassent les Maures qui transmettent leurs biens aux juifs.
Les croisés reprennent Xativa en 1248 et le roi Pierre III d'Aragon décrète :
"Le moulin [à papier] pourra être utilisé par les chrétiens, sans réquisition des Sarrasins, afin que les premiers puissent s'initier à la parfaite technique des seconds"
.

L'industrie papetière florissante incite le pouvoir à s'en préoccuper dans une ordonnance du 8 février 1273 :
"Redevances royales imposées aux juifs qui fabriquent du papier à Xativa: 3 deniers par rame".

Par son mariage avec Marie, fille de Guihem VIII, Pierre II d'Aragon apporte Montpellier et le Roussillon à la Catalogne. Avec l'installation des papetiers à Gérone, la technique du papier et les marchands juifs franchissent les Pyrénées. Un moulin serait implanté à Montpellier dès 1316.

En 1343 Philippe VI de Valois rachète Montpellier à Pierre II de Majorque, ruiné.

En Italie

Par la Sicile, les Italiens connaissent le papier persan. Provenant de moulins siciliens, ou de croisés prisonniers des Turcs, le secret du papier se répand rapidement dans toute l'Italie. Par voie de terre et de mer, il entre en 1154 à Gênes, en 1224 à Sienne et en 1276 à Fabriano, près d'Ancône.

2 - Les grands courants commerciaux

En Europe, les migrations commerciales sont rythmées par les grandes foires, en Flandre, à Paris et surtout en Champagne et en Brie.

Les comtes de Champagne accordent franchises et protections aux produits et aux marchands pour favoriser l'essor de leurs foires et donc indirectement de leurs finances. Par la Savoie, les marchands transalpins arrivent jusqu'à Bourg en Bresse.
Le rayonnement et la puissance de l'Église est immense. En 1309, le bordelais Clément V installe la papauté en Avignon. Vers la France, fille aînée de l'Église, convergent les marchands, les lettrés, les arts et les techniques.

Foire au Moyen Âge
Figure 2 - Foire au Moyen Âge [BNF]

La Savoie, terre de passage

La Savoie est le passage obligé et privilégié de tous les marchands venant en Champagne. Ses territoires commencent sur les bords du lac de Côme, s'étendent autour du lac Léman et vont jusqu'à Bourg en Bresse. Au sud-ouest, les frontières sont en perpétuelle évolution entre deux affrontements opposant le dauphin Jean et le comte Amédée de Savoie.

Clément V impose des frontières moins conflictuelles, au concile œcuménique de Vienne en 1311. En fait, le problème n'est réglé que lorsque le Dauphin, sans succession, lègue le Dauphiné à la maison de France, et qu'en 1457 à Chambéry, Louis XI épouse la princesse Charlotte, fille du duc de Savoie.

Les chemises de Bourgogne

Le XIIIème siècle voit l’émergence des états de Bourgogne. Les fastes de la cour des grands ducs reflètent la richesse de cette région. La prospérité générale implique de nouvelles habitudes vestimentaires et les chemises fines en lin sont relativement courantes. Le marché des chiffes devient même lucratif, surtout avec la qualité de Bourgogne qui est très appréciée par les moulins italiens.

3 - Les calamités ferment les routes

  Guerre de Cent Ans  
Figure 3 - Guerre de Cent Ans [BNF]
  Triomphe de la mort  
Figure 4 - Triomphe de la mort
[Filiation - ENS Lettres
et Sciences Humaines]

Les dégâts de Nogaret

Jacques de Molay, grand maître des Templiers, du haut de son bûcher, maudit Clément V, Philippe IV le Bel et sa descendance, et les assigne à comparaître devant le Tribunal de Dieu. Le terrible et efficace Nogaret, avec un patient travail de sape, vient de détruire le Temple.

Sans descendance, les rois maudits passent le pouvoir aux Valois mais en 1328, Édouard III, fils d'Isabelle de France, fait valoir ses prétentions au trône de France. Philippe VI évoque la loi salique. Deux rois pour un seul trône, et la douce France se transforme en champs de bataille.

C'est la Guerre de Cent Ans.
Les routes ne sont plus sûres, les chemins de Turin à la Champagne de plus en plus incertains.

Le châtiment de Dieu

En plus de la guerre, les intempéries sont la cause de mauvaises récoltes. La famine sévit entre 1315 et 1316 et décime les populations. Mais cette malédiction n’apaise toujours pas ce Dieu offensé par les turpitudes des rois et des papes. Après les ravages provoqués en Italie au début du siècle, la peste noire arrive dans le beau royaume de France. Un bateau venant de la Mer Noire accoste à Marseille et l’introduit dans la vallée du Rhône. Le bubon maléfique se répand comme une traînée de poudre dans tout le royaume et au cours de l’année 1348, le tiers de la population trépasse.

Les papetiers soupçonnent toujours les "pilharots" (chiffonniers) des villes de porter la peste. Ils préfèrent acheter directement à ceux qu'ils connaissent et qui collectent dans les campagnes connues.

4 - Le papier, connu mais mal aimé de l'Église

En France, le papier est connu depuis le XIIème et utilisé depuis le XIIIème siècle. En 1216, Raymond VII, fils de Raymond VI, duc de Narbonne, comte de Toulouse et marquis de Provence, écrit à Henry III, roi d’Angleterre, sur un parchemin de papier :
"avec prière d'obtenir le payement de 30 marks et de 91 livres de monnaie de Tours pour trois bateaux chargés de sel vendus par R. De Carof à David, le marchand de draps, de Londres"
.

Commerce du livre au Moyen Âge
Figure 5 - Commerce du livre au Moyen Âge [Le Monde]

Les gens d'Église détenaient l'enseignement, l'édition des manuscrits et la censure. Lorsqu'ils voient ce concurrent bon marché susceptible de propager une autre culture, leurs réactions sont très négatives. L'armée de copistes et autres enlumineurs trouve tous les défauts à ce nouveau support. Suprême tare, son origine judéo-arabe n'est pas un bon passeport.
Au XIIème, Pierre de Montboissier dit Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, dans son traité contre les juifs, raconte son pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle :
"Les livres que nous lisons sont faits de peaux de béliers, de boucs ou de veau, de papyrus ou de papiers de chiffons.... Cette matière est périssable et dangereuse"
.

Devant cette attaque du progrès, les esprits conservateurs de la profession font un barrage à la concurrence. En position de monopole, les utilisateurs font la grève des achats et jettent l'anathème sur l'intrus.

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