Accueil     Recherche | Plan     Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base  
logo CERIG Histoire de nos métiers Cerig 
  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Une papeterie oubliée : la Papeterie Tercinet-Chevrant de Domène (1858-1893) Révision : 4 avril 2016  

Précédent
Une papeterie oubliée : la Papeterie Tercinet-Chevrant
de Domène (1858-1893)
    
Suivant
Gérard COSTE - Ingénieur EFP

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
n°67, 2014
Mise en ligne : Juillet 2014

Partagez sur Facebook
Rejoignez-nous

     
Voir aussi :
     

Vers la fin des années 1850, Guillaume Nestor Tercinet (1825-1881), issu et allié de familles aisées, propriétaire terrien vivant de ses rentes au mas du Petit Jean à Gières (38), s'intéresse aux récents développements industriels pouvant générer des bénéfices conséquents pour des investisseurs entreprenants.

Certainement séduit et influencé par l’exemple de Jules Senequier-Crozet qui a créé une papeterie dans la Gorge de Domène en 1853, il décide d’investir dans le secteur papetier considéré comme un nouvel eldorado industriel. Les nouvelles et prometteuses techniques de fabrication du papier nécessitent un emplacement adéquat et des conditions d’exploitation favorables (eau et énergie en particulier) : son choix se porte aussi sur la commune de Domène qui possède un ruisseau de fort débit, deux canaux usiniers et surtout une gare PLM.

En mars 1858, il acquiert dans le quartier du Moutiers plusieurs parcelles proches de la gare ferroviaire de Domène et comportant une chute d’eau de 6 mètres. Ces terrains comprennent également un pressoir à huile et un moulin à farine. L’autorisation d'édifier une papeterie utilisant des chiffons comme matière première lui est accordée le 24 juin 1858, date de la naissance de la Papeterie Tercinet.

Nestor Tercinet n’est pas au fait des pratiques papetières et les débuts de sa papeterie sont laborieux. Néanmoins, elle emploie 45 ouvriers en 1861. En 1864, Amable Matussière projette de vendre plus de pâte mécanique à cette usine. Il persuade son camarade de lycée, Alfred Fredet (1829-1904), de venir à Domène afin de dynamiser cette papeterie. Une première association entre A. Matussière et A. Fredet, datant du 4 mars 1864, est concrétisée afin d'obtenir la concession du brevet Voelter pour la région Rhône Alpes (Ain, Doubs, Isère, Jura et Savoie). Elle prévoit la création d’un atelier de fabrication de pâte à papier par défibrage mécanique du bois afin d’alimenter la Papeterie Tercinet. Une convention de location de cet atelier est ensuite établie le 5 mai 1864 entre A. Matussière, A. Fredet et N. Tercinet, négociant et fabricant de papier au Moutiers à Domène mais toujours domicilié à Gières.

Le 6 juin 1865, Alfred Fredet qui a travaillé aux papeteries d’Essonnes et séjourné dans cette ville, épouse la fille du directeur d’exploitation de ces papeteries, Auguste Chevrant. Impliqué depuis 1864 dans plusieurs projets avec A. Matussière et Z. Orioli, A. Fredet convainc à son tour son beau-père de quitter Essonnes pour s’associer avec eux et s’occuper entre autres de la Papeterie Tercinet, dans le cadre d’une association Chevrant-Fredet. Cette dernière conduit à la création de la société Chevrant et Cie. Le 20 août 1866, elle établit un bail pour louer à Nestor Tercinet sa papeterie du Moutiers avec acte additionnel du 28 mai 1867.

Auguste Eugène Chevrant, natif de Pellevey (Côte d’Or), a épousé Jeanne Eugénie Lapostolet (1827-1901) le 20 juin 1846 à Essonnes (Seine-et-Oise). De leur union sont nés trois enfants ayant survécu : en 1847, Berthe qui épouse Alfred Fredet en 1865 ; en 1850, Charles qui épouse Jeanne, la fille de Nestor Tercinet en 1875, et en 1857, Paul qui épouse Lucile Vielhomme en 1878, fille d’Alexandre Vielhomme de la Papeterie de la Gorge de Domène. Auguste Chevrant est également le beau-frère du célèbre artiste peintre "mariniste" Charles Lapostolet (1824-1890). Domicilié à Paris et natif de Velars-sur-Ouche (Côte d’Or), ce dernier décède le 24 juillet 1890 au "château", dans le quartier du Moutiers à Domène (Isère), la demeure de la famille Chevrant que les Domènois nomment désormais "Le Beauvoir", anciennement "Hôtel Muraz", transformé ensuite en résidences privées.

Château Chevrant où le peintre Charles Lapostolet est décédé en 1890
Château Chevrant où le peintre Charles Lapostolet est décédé en 1890
[Photo CP]

La société Chevrant et Cie dynamise la papeterie du Moutiers qui peut désormais bénéficier de la pâte mécanique produite par l’usine de Matussière en complément de la pâte de chiffons fabriquée dans l’usine de la forge. Cette dernière est située en aval de l’usine du Moutiers sur le canal usinier.

Une nouvelle société A. Fredet et Cie ayant pour objet la création et l’exploitation d’une fabrique de papiers à Brignoud (durée prévue du 15 octobre 1869 au 31 décembre 1885) est également créée par A. Fredet et A. Chevrant à la fin de la décennie 1860.

L’usine Tercinet procure désormais à ses associés des bénéfices conséquents. Ils représentent une aide non négligeable pour le grand projet d'A. Fredet à Brignoud. Toutefois, accaparé par ce projet et lassé par les nombreuses tracasseries financières et procédurières de ce multi-partenariat, ce dernier se désengage progressivement de la papeterie Tercinet pour se recentrer sur ses propres difficultés à Brignoud. Il établit, le 5 aout 1878, une première convention pour dissoudre l’association Chevrant-Fredet, refusée dans un premier temps par A. Chevrant. Une convention définitive est finalement rédigée le 18 décembre 1878.

Entre-temps, Auguste Chevrant marie son fils Charles (1850-1910) à Jeanne Tercinet, la fille du propriétaire de la papeterie du Moutiers. Célébré à Gières le 11 septembre 1875, ce mariage permet à la famille Chevrant de prendre encore plus d’intérêts dans la papeterie Tercinet. Au décès de Nestor Tercinet, le 5 juin 1881, la papeterie revient en indivision à ses deux enfants : son fils Enos et sa fille Jeanne.

Après le départ définitif d'A. Fredet pour Brignoud, la famille Chevrant exploite la papeterie avec l’aide d’un comptable et d’un directeur d’usine. Ernest Corcelle en provenance de Saint-Didier-sur-Beaujeu (Rhône) assure cette direction à la fin des années 1880 et au début des années 1890. Auguste Chevrant décède le 24 avril 1889 à Domène et son deuxième fils, Paul, qui a épousé Lucile Vieilhomme le 5 août 1878 à Domène, décède le 18 août 1890, à l’âge de 33 ans.

En 1892, lors de la succession, le partage des biens permet à Jeanne Tercinet et à son époux Charles Chevrant de devenir les nouveaux propriétaires de la papeterie. Malheureusement, Charles Chevrant n’a pas les aptitudes papetières et entrepreneuriales de son père. Des dettes et de très mauvaises affaires le contraignent dès 1893, à vendre l’usine et son matériel aux enchères publiques, après saisie judiciaire. Ces enchères, qui se déroulent d’octobre 1893 jusqu’au 6 janvier 1894, permettent à Charles Morel, mécanicien et constructeur qui s’est porté acquéreur du lot comprenant la papeterie, de disposer enfin d’un local industriel pour développer les brevets issus de son expérience et de sa féconde créativité.

L’usine de la forge est rachetée par Gabriel Nicolet qui crée une usine de céramiques et de mosaïques dans ces locaux qui deviendront plus tard une usine de fabrication et transformation de ouate de cellulose (La Ouatose).

Charles Chevrant et sa famille quittent alors Domène pour s’installer dans la maison familiale Tercinet située dans le quartier Petit Jean à Gières (Isère).

Château Chevrant devenu hôtel restaurant Le Beauvoir
Château Chevrant devenu Hôtel-restaurant Le Beauvoir
[Photo CP]
 
Précédent

Histoire de nos métiers

Suivant
  Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base  
Copyright © Cerig/Grenoble INP-Pagora
Mise en page : A. Pandolfi