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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Plomb, lumière et silicium : de l'imprimerie à la communication imprimée > Photogravure, le saut technologique majeur Révision : 25 janvier 2010  
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Plomb, lumière et silicium :
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose, 2009
Mise en ligne : Janvier 2010

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IX - Photogravure, le saut technologique majeur

La naissance de la photogravure au milieu du XIXe siècle est incontestablement une avancée technologique qui révolutionne l’imprimerie depuis l’invention de la typographie au plomb par Gutenberg. Cette technique permet de supprimer le travail fait de la main de l’artiste afin de reproduire à grande échelle des illustrations accompagnant le texte. C'est l’ensemble des procédés photographiques (ou de nos jours d’analyse électronique) utilisés pour la reproduction de textes ou d’illustrations afin de fabriquer des formes d’impression.

  Nicéphore Niépce  
Figure 23 - Nicéphore Niépce
[Wikipédia]
  Louis Jacques Daguerre  
Figure 24 - Louis Jacques
Daguerre
[Wikipédia]

Elle est apparue à la suite des travaux de Nicéphore Niépce (1765-1833) [Figure 23] et de Louis Jacques Daguerre (1787-1851) [Figure 24] sur la photographie et sur l'aptitude de certains corps chimiques à être sensibles à la lumière.

La photographie s'appuie sur le fait que le bromure d’argent noircit sous l’effet de la lumière et la photogravure quant à elle sur le fait que certaines couches colloïdales (gélatine et bichromate d’ammonium ou de potassium par exemple) durcissent et deviennent insolubles à l’eau après exposition à la lumière. Bien que de même origine, la photographie et la photogravure suivent des développements différents.

Après exposition à la lumière dans une chambre noire, une plaque de verre ou un film transparent recouvert d’une couche sensibilisée donne un négatif photographique. Les zones claires de l’objet éclairé et photographié renvoient plus de lumière vers la plaque ou le film pour donner des zones sombres. Inversement, les zones sombres de l’objet photographié, conformément à la théorie du corps noir, absorbent la lumière donnant sur la plaque ou le film des zones claires.

Positionner ce négatif au-dessus d’un support contenant également une couche sensibilisée et exposer le tout à la lumière permet d'obtenir une épreuve positive, identique à l’objet initial photographié. La lumière traverse les zones claires du négatif pour sensibiliser et noircir les zones correspondantes tandis qu’elle est arrêtée par les zones sombres du négatif laissant ainsi apparaître des zones claires sur le positif.

Le bitume de Judée est un asphalte naturel constitué d’hydrocarbures. Il est connu depuis le IIIe millénaire av. J.-C., en particulier en Mésopotamie et en Palestine où il sert de liant pour cimenter les briques, assurant ainsi solidité et étanchéité des constructions. Sa particularité ? Solide à la température ordinaire et d’une couleur brunâtre, il ramollit lorsque la température dépasse 50 à 60°C et blanchit sous une exposition prolongée à la lumière. En outre, Hagenmann découvre en 1782 que le bitume de Judée perd sa solubilité naturelle dans certains solvants après exposition lumineuse.

Son blanchiment et son durcissement sous l’effet de la lumière permet à N. Niépce de créer de façon fortuite l’image d’un paysage sur une plaque métallique revêtue de bitume de Judée. Préalablement disposée dans une chambre noire, cette plaque laissée sur le rebord d’une fenêtre est dirigée vers la campagne. Après quelques heures d’exposition, N. Niépce découvre l’image du paysage fixée sur sa plaque. Partant de ce principe, dès 1812, il utilise pour la première fois la photolithographie pour reproduire un négatif photographique sur une pierre lithographique recouverte d’une couche d’asphalte dissous dans de la benzine anhydre. Parmi les solvants utilisés, citons également l’essence de térébenthine et l’huile de Dippel utilisées dès 1824 par N. Niépce.

Au début du XIXe siècle, la pratique du report autographique sur une pierre lithographique d’un dessin effectué sur un papier gommé à l’amidon et à la gélatine, se répand. Firmin Gillot (1820-1872) a l’idée, brevetée le 21 mars 1850, d’exécuter ce report sur une plaque de zinc et de transformer par morsure (attaque d’un métal par un acide) cette image lithographique en un cliché typographique comportant des reliefs là où le zinc est protégé par les traits gras du dessin. Ce procédé est baptisé paniconographie puis gillotage ou zincographie et pour finir de photogravure typographique.

  Charles Gillot  
Figure 24 - Charles Gillot

Son fils, Charles Gillot (1853-1904), continue ses travaux [Figure 24]. En 1876, il substitue un négatif photographique au papier autographique utilisé pour le transfert. De plus, une couche continue de bitume de Judée est déposée sur le zinc à la place de l’encre grasse : insoluble dans l’eau et l’alcool, il se dissout dans l’essence de térébenthine. En traversant les zones transparentes du négatif, les rayons lumineux durcissent la couche de bitume de Judée qui devient insoluble dans l’essence de térébenthine. À l’inverse, les surfaces de la couche de bitume ayant été protégées par les zones noires du négatif restent solubles. Après lavage à l’essence de térébenthine, la plaque de zinc soumise à une morsure ultérieure n’est alors protégée que dans les zones où la lumière est passée (zones claires du négatif correspondant aux zones sombres de l’image à reproduire), provoquant ainsi un relief apparent et l’obtention des premières formes imprimantes typographiques par photogravure.

Quelques années plus tard, grâce à la similigravure, les formes imprimantes issues des travaux de C. Gillot deviennent les incontournables clichés typographiques simili en zinc, cuivre ou magnésium, permettant la reproduction des demi-teintes. Ces clichés sont utilisés jusqu'au milieu du XXe siècle et l’arrivée de l’ordinateur. Ils permettent à la typographie de rester jusqu'alors le procédé phare, pratique et bon marché, pour l’impression de livres et documents illustrés.

Les techniques photographiques conduisent rapidement à de très bons résultats pour reproduire des tons continus noirs ou blancs. En revanche, elles ne sont guère performantes pour exprimer des demi-teintes ou nuances de gris, ce que permet la gravure manuelle par la technique des hachures parallèles ou croisées et la lithographie par le grain de la pierre. En 1881, désireux de rendre au mieux ces nuances de gris à partir de la photographie, l’Américain Frederic Ives imagine la trame quadrillée pour fragmenter l’image. Cette technique est rapidement perfectionnée et commercialisée par ses compatriotes Max et Louis Levy aux États-Unis, et par le Munichois Georg Meisenbach (1841-1912) en Europe, entre 1881 et 1890. Cette trame est constituée d’un réseau de traits opaques perpendiculaires tracés sur une plaque de verre. Placée dans la chambre noire au-devant de la surface sensible, elle décompose l’image en points noirs dont la taille varie en fonction de la lumière perçue c’est-à-dire en fonction des nuances de gris. C’est la naissance de la similigravure.

  Charles Cros  
Figure 25 - Charles Cros
[Wikipédia]

Depuis les travaux de l’allemand Jacob Christof Le Blon (1667-1741) et son brevet de 1719, on sait créer des images polychromes à partir de trois planches permettant de reporter trois couleurs primaires, le bleu, le jaune et le rouge. Quelques livres sont illustrés au XVIIIe siècle en utilisant la taille-douce et cette technique. En 1868, Charles Cros (1842-1888) et Louis Ducos du Hauron (1837-1920) obtiennent simultanément les premières photographies en couleur en utilisant la synthèse soustractive. À partir de la découverte de la similigravure, la photogravure polychrome se développe rapidement. À partir d’une chambre noire photographique et de l’interposition de filtres (orange pour le bleu, violet pour le jaune et vert pour le rouge), il devient possible d’obtenir avec ces trames des négatifs correspondant à chaque couleur de base.

Améliorations portant sur les émulsions, introduction des films plastiques, recours aux encres cyan (bleu et vert) et magenta (rouge et bleu) à la place des encres bleu et rouge, adaptation des filtres,... les perfectionnements s'enchaînent. Les techniques de photogravure utilisant la lumière et la photographie généralisent l'offset et l'héliogravure qui deviennent les procédés phares du XXe siècle pour l’impression au trait ou en polychromie. La commercialisation du film diapositif Kodachrome en 1935 et celle du premier négatif couleur Agfacolor à partir de 1939, permettent à la presse de publier régulièrement des images en couleur au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

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