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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Plomb, lumière et silicium : de l'imprimerie à la communication imprimée > De la presse à bras à la rotative Révision : 25 janvier 2010  
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Plomb, lumière et silicium :
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose, 2009
Mise en ligne : Janvier 2010

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XII - De la presse à bras à la rotative

Les premières presses, dont celle de Gutenberg, sont dites "plan contre plan" avec un serrage manuel par vis, dans un plan vertical, d’une platine en bois sur un marbre en bois supportant la forme imprimante [Figure 30]. Cette presse à bras perdure, avec des améliorations successives, durant quatre siècles jusqu’à la presse Stanhope.

Presse manuelle 
   typographique plan contre plan
Figure 30 - Presse manuelle typographique plan contre plan,
issue de la presse de Gutenberg
[Encyclopédie Diderot et d’Alembert – XVIIIe siècle]
Vidéo 2 - Presse à bras
[You Tube]

Inventée par l’Anglais Charles Stanhope (1753-1816) en 1795, cette presse, entièrement métallique, permet plus de pression, avec une surface d’impression agrandie, ce qui augmente la productivité. Au début du XIXe siècle, la machine à vapeur due à James Watt (1736-1819) permet la mécanisation de la presse actionnée par une force extérieure non humaine. En 1811, deux Allemands, l’imprimeur Friedrich Koenig (1774-1833) aidé par le mécanicien Andreas Bauer (1783-1860), construisent la première presse comportant un cylindre d’impression qui imprime une feuille par tour complet. En 1814 à Londres, ils livrent au journal The Times une presse à imprimer à cylindre, entraînée par une machine à vapeur qui, le 29 novembre de la même année, fonctionne pour la première fois et permet d’obtenir 1000 à 1500 exemplaires à l’heure.

Tout au long du XIXe siècle, le développement de la presse met en évidence le manque de vitesse des machines à imprimer. Les recherches s’orientent alors vers d’autres voies, d’autant que la généralisation de la machine à fabriquer le papier en continu permet d’obtenir des bobines.

  Cliché cylindrique en relief 
  ou stéréotype pouvant être utilisé sur rotative  
Figure 31- Cliché cylindrique en relief
ou stéréotype pouvant être utilisé sur rotative

En 1849, après plusieurs tentatives – notamment, la reprise sans grand succès du cylindre d’impression utilisé par les taille-douciers pour imprimer des coupes de tissu au XVIIIe siècle –, naît la stéréotypie. Mise au point à partir des travaux de Jean-Baptiste Genoux et Jacob Worms (brevet de 1838), cette technique permet à l’aide d’un carton souple adapté (le flan), de mouler en creux des pages et d’obtenir par fonderie, sur une forme cylindrique, des clichés en relief appelés stéréotypes pouvant équiper des rotatives [Figure 31]. Thomas Nelson d’Edimbourg présente une rotative de ce type à l’Exposition Universelle de Londres en 1851.

En France, la législation oblige les imprimeurs de presse à coller un timbre fiscal sur chaque journal avant l’impression afin que le texte imprimé puisse l’oblitérer : c'est pourquoi sont utilisées des machines à margeurs pour l’alimentation des feuilles. Le Français Hippolyte Auguste Marinoni (1823-1904) a déjà conçu à cette époque une machine avec six (brevet de 1867), huit ou dix margeurs répartis en paliers autour d’un énorme cylindre équipé des différentes formes. Sans cette entrave, les Français auraient certainement été les premiers à fabriquer les premières rotatives imprimant directement des bobines. En effet, Jacob Worms (1808-1890), immigré allemand et imprimeur à Argenteuil, a déposé avec Giraudeau des brevets dans ce sens en janvier 1846 et 1849, pour des rotatives équipées de clichés cylindriques et alimentées par des bobines. La rotative de Worms et Giraudeau ne sera malheureusement jamais commercialisée.

La Monarchie de Juillet par un décret du 4 mars 1848 supprime ce timbre mais il est rétabli par le Second Empire en juillet 1850. La chute de l’Empire et les lois de septembre et d’octobre 1870 suppriment à nouveau l'obligation du timbre fiscal. La IIIe République, par la loi de 1884, abolit toutes les contraintes inhérentes à la profession d’imprimeur favorisant dès lors la multiplication de ses effectifs.

Malgré les contraintes et grâce aux progrès accomplis, les recherches se poursuivent pour augmenter la vitesse et la productivité des rotatives. L’invention de la première véritable rotative est attribuée à l’Américain William A. Bullock (1813-1867) en 1865. Après quelques perfectionnements, il installe deux rotatives au Philadelphian Inquirer pouvant produire chacune 8000 exemplaires à l’heure. Son invention, bien qu'originale, a la particularité de débiter d’abord la bobine en feuilles ensuite entraînées et imprimées [Figure 32].

Rotative à journaux - 1873
Figure 32 - Rotative à journaux - 1873

Son expérience sert malgré tout à d’autres constructeurs :

En France, l'obligation du timbre fiscal pour l’impression des journaux s'impose toujours à H.A. Marinoni mais ne freine pas son génie créatif. En effet, le constructeur met au point des rotatives dédiées à d’autres domaines. En 1865, il conçoit la presse typo-lithographique. Elle lui permet, dès 1866, d’envisager la construction d’une rotative lithographique – la rotométal – en utilisant la zincographie pour imprimer industriellement des affiches en lithographie [Figure 33].

Ateliers de construction 
   Marinoni dans les années 1880
Figure 33 - Ateliers de construction Marinoni dans les années 1880
[Vachon Marius. Les Arts et les Industries du papier en France
1871-1894.
Paris : Librairies & Imprimeries Réunies, 1894
]

En 1872, H.A. Marinoni livre au journal La Liberté l'une des premières rotatives en France : système de presse cylindrique à retiration, alimentée par des bobines et munie de receveurs mécaniques, pouvant imprimer le recto et le verso en un seul passage (brevet FR 95813 de 1872). Dans le même temps, il en installe cinq pour Le Petit Journal.

Rotatives 
   Marinoni utilisées pour l'impression du Petit Journal
Figure 34 - Rotatives Marinoni utilisées pour l'impression du Petit Journal
[Vachon Marius. Les Arts et les Industries du papier en France
1871-1894.
Paris : Librairies & Imprimeries Réunies, 1894
]

À la stéréotypie s’ajoute, dans la seconde moitié du XIXe, la galvanoplastie : elle se fonde sur la découverte, vers 1840, selon laquelle un matériau non conducteur peut le devenir par un simple dépôt sur sa surface d’une fine pellicule de graphite ou plombagine. Une empreinte en creux est créée avec une forme typo dans un matériau tendre (cire, latex naturel comme la gomme de gutta-percha voire un alliage très tendre). Après pulvérisation d’une fine couche de graphite sur cette empreinte, celle-ci est immergée dans un bain électrolytique contenant par exemple du sulfate de cuivre en reliant la couche plombaginée à l’anode (pole négatif) de l’installation. Les phénomènes d’électrolyse entraînent le dépôt d’une couche de cuivre sur la surface plombaginée. Il suffit alors de poursuivre l’expérience pour atteindre un dépôt de quelques centaines de microns, puis de récupérer la mince coquille et de la renforcer au dos pour en faire une forme imprimante en relief utilisable en typo [Figure 35].

Tirage d’une gravure 
   sur bois en galvanoplastie
Figure 35 - Tirage d’une gravure
sur bois en galvanoplastie

Les rotatives pour journaux et pour l’édition de livres à grand tirage continuent d’imprimer en typographie jusque dans les années 1970 grâce aux clichés réalisés en stéréotypie. Les travaux typographiques exigeant plus de qualité et de précision utilisent la galvanoplastie. L’apparition en 1957 de la plaque métallique cintrable pré-sensibilisée annonce la disparition imminente de la typographie au profit du procédé offset sur les rotatives de presse et de labeur ainsi que l’abandon définitif du plomb et des clichés.

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