Accueil     Plan | Recherche     Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base  
Le logo du CERIG MÉMOIRE Cerig 
Vous êtes ici : Accueil > Technique > Mémoires > Héliogravure, quel avenir ? Révision : 26 Septembre 2005  
Héliogravure, quel avenir ?
 
             Marja Ollila et Yannic Buty

Élèves Ingénieurs 2e année
Juin 2005

       
     
  Plan  
I - Introduction
II - Héliogravure, le procédé
III - Environnement et héliogravure
IV - Développements futurs en héliogravure
V - Analyse économique
V - Analyse stratégique
VI - Conclusion
VII -  Bibliographie et Webographie
     
Mémoire précédent    Liste des mémoires    Page technique    Pas de mémoire suivant
Précédent Liste Thèmes Suivant

 

I - Introduction

Plan 

   
  Voir aussi

L’héliogravure est un procédé d'impression actuellement particulièrement exposé aux conséquences de évolution de la législation environnementale. En effet, ce procédé utilise des encres dont le principal solvant est  le toluène pour lequel une restriction importante voir une interdiction totale de l’usage a fait l'objet de nombreux débats ces dernières années.

Cependant, il semblerait qu'au final les restrictions d'utilisation du toluène restent limitées. L’ERA (European Rotogravure Association) constate dans son rapport que « le futur des encres au toluène est assuré ». Le toluène étant actuellement récupéré jusqu’à des taux de 95%, l'héliogravure aura donc les moyens de se conformer à la législation en cours sans rencontrer de grands problèmes. Cette nouvelle donnée invalide l’intérêt des recherches sur d’autres encres à court et moyen terme, sauf pour les très rares imprimeurs qui ont déjà basculés. L’effort d’innovation va donc se recentrer sur le retraitement du solvant et l’optimisation du procédé et de la production.

L’imprimerie est un secteur très concurrencé du fait de la baisse des demandes. La tendance visible avec le procédé d'impression héliogravure est à augmenter les vitesses de production notamment en augmentant la laizes des machines, à réduire le temps de pré-calage grâce à de nouvelles techniques de gravure des cylindres, et à faire des économies sur les matières premières. L’efficacité de la production peut également être améliorée en contrôlant les procédures et les habitudes de travail dans ces imprimeries.

Sur le marché des impressions, les tendances sont assez floues avec des inquiétudes et des évolutions favorables à ce procédé. Parmi les inquiétudes : une concurrence des procédés offset et flexographique dans les domaines phares de l’héliogravure, une tendance vers l'impression de petits tirages dans l’édition et une augmentation de l’importance des médias électroniques sur le marché de la publicité. A celles-ci s’opposent l’ouverture des nouveaux marchés en Asie et dans les nouveaux pays de l’Union Européenne, et la hausse dans la demande des emballages de luxe. A court et moyen terme, l’avenir de l’héliogravure sera assuré en faisant attention aux points forts du procédé, la haute qualité d’impression et la rentabilité pour les longs tirages. Cependant, il faut maintenir les efforts pour baisser les coûts de production. La baisse du seuil de rentabilité reste également un défi, et deviendra de plus en plus pertinente a long terme.

 

II - L'héliogravure

Plan 

II-1 - Un bref aperçu historique

Adapté par Karl Klietsch à la fin du 19e siècle, l’héliogravure reprend le principe de la gravure en creux de la taille-douce, procédé artisanal où les plaques de cuivre sont gravées manuellement à l’aide d’outils ou d’un acide. Cet inventeur autrichien d’origine tchèque entreprend en effet en 1878 des recherches qui le conduisent à la technique appliquée de l’héliogravure aux grains de résine. Plus tard, en 1894,  il aboutit à la mise au point de l’héliogravure sur machine rotative et en 1895, il fonde en Angleterre une société avec les frères Storey, la Rembrandt Intaglio Printing Company. Ils imprimèrent alors les premières pages sur papier avec une rotative héliogravure. La reproduction de tableau en noir et blanc permet, à cette époque, des cadences de 1200 feuilles à l'heure. Ce principe ne connaîtra que peu d'évolutions jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle.
Pour ce procédé d’impression en héliogravure, les parties imprimantes sont de minuscules godets creusés sur un cylindre de cuivre. Lors de l’impression ce cylindre trempe dans une encre très fluide, les godets se remplissent d’encre, puis passe sous une racle qui essuie toute l’encre en surplus. Le cylindre entre ensuite au contact du papier et toute l’encre contenue dans les godets se dépose sur celui-ci. L’avantage de l’héliogravure est de donner des noirs et des couleurs intenses, son défaut est le coût de gravure des cylindres. Ce procédé n’est utilisé que pour des revues à tirages très importants.

II-2 - Description du procédé

Encore aujourd'hui, le procédé héliogravure est basé sur l'utilisation d'une forme imprimante (un cylindre) gravée en creux par voie chimique, mécanique ou par laser. C'est un procédé de transfert direct.

Dans sa version la plus courante, le cylindre est revêtu d'une couche de cuivre déposée par électrolyse sur une base acier. Cette couche sera gravée au moyen de stylets en diamants. Les alvéoles obtenues, correspondant aux zones images, ont le plus souvent une forme pyramidale et une profondeur variable. Cette spécificité permet de moduler la quantité d'encre déposée sur le papier. Au cours de l'impression, le cylindre gravé recueille l'encre dans un réservoir (l'encrier) et le surplus est éliminé par le frottement d'une racle contre la surface gravée assurant une alimentation uniforme. Afin d'éviter une usure prématurée de cette surface, il est nécessaire de revêtir la surface du cylindre gravé d'une couche mince en générale de chrome déposée par électrolyse. Après raclage, les alvéoles parviennent dans la zone d'impression et transmettent l'encre au support par transfert direct. Le contact direct avec les alvéoles suppose que le papier est un bon état de surface. Le plus souvent ce papier est de type LWC (Light Weight Coated). La forte proportion de solvant dans l'encre impose que l'impression soit suivie d'un séchage immédiat.

Le procédé d'impression héliogravure est un procédé techniquement simple. Les domaines d'applications de ce procédé sont l’édition et l’emballage ; mais également la production de papier décor car l'héliogravure permet de répéter un motif sans rupture (cylindre sans gorge). 

L’héliogravure permet un excellent compromis entre la qualité d'impression et la quantité. Les vitesses de production peuvent atteindre 500 ou 700 mètres par minute avec des largeurs de la laize pouvant atteindre 4 mètres. La qualité des impressions est remarquable quant aux images, et sa qualité est inégalée dans la reproduction de couleurs, même avec des supports de moins bonne qualité. Par contre, contrairement à l’offset, même les lettres sont tramées (et la trame est visible). Pour cette raison, l’impression des livres en hélio n’est pas envisageable.

III - Environnement et héliogravure
Plan 

Sur le plan des aspects environnementaux, l’héliogravure se trouve directement concerné par d'éventuelles restrictions de l'utilisation des solvants en raison d'un l’usage important du toluène dans les encres. En effet, l'encre doit avoir une faible viscosité pour pouvoir entrer dans les alvéoles du cylindre. Cependant, il existe des alternatives avec les encres à base d'eau.

III-1 - Les encres pour l'héliogravure

Les principales caractéristiques des encres hélio sont d'une part leur faible viscosité (environ 10 mPa*s) et d'autre part leur séchage rapide qui assure des vitesses de production élevées. Deux types d’encre répondent aujourd'hui à ces exigences, les encres à solvant et les encres à base d’eau. Mais l’utilisation de ces dernières reste encore marginale.

Pour les encres à solvants, le solvant employé en exclusivité dans l’édition hélio et pour une grande partie des emballages hélio est le toluène. Il permet un séchage rapide et efficace. Prête à imprimer, une encre contient environ 80% de solvant et 20% de pigment. Une presse rotative hélio d’une laize de 2,4 m et étant composée de 8 unités d’impression consomme entre 225 et 675 kilogrammes de solvant par heure. La consommation annuelle des encres d’une imprimerie normale équipée avec quatre presses peut atteindre 10 kilotonnes, ce qui représente 8 kilotonnes de solvant. L’utilisation du toluène a donc été largement discutée au cours de ces dernières années pour des raisons de sécurité et des aspects environnementaux.

Solvant pétrolier et composé organique volatile (COV), le toluène est très volatile. Il irrite la peau, agresse l’organisme, est allergisant et peut endommager le foetus. Une trop grande concentration de toluène évaporé dans l’atmosphère génère un risque d’inflammabilité et un danger potentiel pour les oreilles. C'est pour ces raisons que les instances législatives visent à limiter l’usage de ce solvant. Certains militant même pour son interdiction totale. Jusqu’ici, les mesures prises sont restées modérées, en partie grâce à l’activité des défenseurs de ce procédé d’héliogravure.

III-2 - Réduction des émissions

1. La législation en vigueur

En 2001, une instance danoise a pris l’initiative de faire adopter une nouvelle classification pour le toluène, selon les dangers possibles qui peuvent provenir de l’usage de cette substance. La classification «haut risque» a ainsi été proposé. Les autres membres au Parlement Européen ont suivi l’exemple en réévaluant la législation environnementale concernant le solvant. L’interdiction totale du toluène a même été envisagée, ce qui a suscité de vives réactions de la part des professionnels de l’héliogravure.

La procédure législative visait à modifier la directive 76/769 de façon à ce qu’elle soit appliquée aussi à l’utilisation du toluène. La directive originale de la Communauté Européenne date de l’année 1976. Selon elle, les pays membres sont invités à prendre «toutes les mesures utiles pour que les substances et préparations dangereuses indiquées à l'annexe ne puissent être mises sur le marché ou utilisées qu'aux conditions qui y sont prévues». Dans la proposition de modification de la directive (52004PC0320), qui date de l’année 2004, on constate que «la directive proposée ne devrait poser que des problèmes mineurs à l'industrie ou à la profession, étant donné que les utilisations du toluène et du TCB sont en recul dans les cas concernés et que les sociétés ont déjà mis au point des produits de substitution». Ce qui n'est pas le cas de l’industrie héliogravure. Celle-ci dépend très fortement de l’usage du toluène et toute interdiction ou limitation importante de l’utilisation du solvant porterait un coup mortel à l'impression en héliogravure et causerait la disparition de milliers d’emplois.

La version originale de la proposition de 2004 contenait des seuils de concentration de 20 ppm (particule par million) de toluène dans l’atmosphère dans les unités de production où l'exposition est de longue durée et de 50 ppm pour l’exposition courte durée. Le lobbying de l’ERA (European Rotogravure Association), entre autres, a permis d’augmenter respectivement ces seuils à 50 et à 100 ppm. Par ailleurs, ces limites peuvent encore être modifiées individuellement par les pays Européen. Quant à la classification du toluène, ce solvant n’a pas été mis dans la catégorie à «haut risque», ce qui aurait signifié l’interdiction immédiate du toluène dans l’héliogravure. Pour l’instant, il semblerait que les partisans de ce procédé puissent dormir tranquillement.

Les imprimeries d'héliogravure doivent toutefois se conformer à une législation environnementale de plus en plus stricte, et doivent contrôler sérieusement leurs émissions.

Deux solutions possibles pour cette l’industrie :

De plus, il faudra bien sûr prendre compte la gestion des déchets à la base :

2. Le remplacement du toluène

Les encres à l’eau peuvent être utiliser en remplacement du toluène. Elles sont, du point de vue environnemental, l’option la plus favorable à utiliser dans l’impression hélio. Actuellement, ces encres peuvent avoir des concentrations en pigments élevées qui permettent une bonne qualité d’impression. Leur viscosité est stable, elles sont faciles à stocker et représente une solution relativement peu coûteuse. Malgré ces atouts, leur utilisation dans l’héliogravure reste limitée. Ceci est dû aux propriétés physico-chimiques des encres à l’eau qui influencent la qualité d’impression.

Les principales contraintes pour l’usage des encres à l’eau en héliogravure sont :

Autre option envisageable pour le remplacement du toluène est d'utiliser des encres photopolymérisables. Elles sont toutefois inapplicables en raison de leur viscosité trop élevée et de leur incompatibilité avec des supports plastiques souples.

Techniquement, l’utilisation des encres hybrides à l’eau, formées d’un hybride polymère à base de sulfopolyester et d’acrylique, serait un bon recours. Elles permettent une qualité d’impression remarquable tout en réglant les problèmes d’émission. Malheureusement, le coût de ces encres et les installations requises reste prohibitif.

D’un point de vue économique, les encres à l’eau représente une solution plus favorable que la récupération du toluène. Les coûts liés à la réduction des émissions COV varient entre 30 € et 750 € par tonne de COV, (en fonction une nouvelle installation est requise ou non). L’efficacité des encres à l’eau dans la réduction de la pollution va jusqu’à 90 % ; pourtant, leur utilisation n’est possible que dans 20 % des cas, à cause des contraintes ci-dessus mentionnées. Ainsi, l’impact total reste insuffisant. Les encres à l’eau ont même un aspect négatif par rapport aux encres à solvant. Le désencrage des produits imprimés avec une encre à l'eau est très difficile et le recyclage des imprimés est impossible.

3. La récupération et la réutilisation

Par chance, le toluène est relativement facile à récupérer. Un schéma de base d’un système de récupération couramment employé comporte trois phases : l’aspiration de l’air pollué, la purification de l’air et la récupération du toluène. L’étape de purification peut se faire de cinq manières différentes :

L’adsorption est, pour l’instant, la technique la plus utilisée. Elle consiste à transporter l’air vicié dans un bac contenant un adsorbant sous forme de poudre, souvent du carbone actif qui a une surface spécifique très importante. Quand l’adsorbant est saturé (50 kilogrammes de carbone peuvent absorber environ 3 kilogrammes de toluène), il est ensuite relevé pour la régénération et la récupération du solvant. Cela se fait en réchauffant le carbone avec de la vapeur. Le mélange de solvant et de vapeur ainsi créé passe ensuite dans un condenseur où le solvant est séparé de l’eau. Le carbone régénéré peut être réutilisé jusqu’à 10 000 fois, sans avoir de pertes de performance significatives.

Le solvant ainsi récupéré est pur et peut être utilisé immédiatement. La majeure partie sert à diluer les encres en place, le reste est renvoyé aux fournisseurs d’encre. 

Un système de récupération nécessite des investissements assez importants. Le coût estimé d’une telle mesure est de 1000 € à 2000 € par tonne de COV. Les économies obtenues en récupérant le solvant permettent naturellement d’absorber une partie des coûts. L’efficacité des systèmes de récupération est de 75 %, ce qui est plus faible que le taux correspondant des encres à l’eau. Par contre, un système de récupération est applicable à 100 % ; somme toute, cette option est la plus efficace.

Pour l’instant, le toluène est récupéré jusqu’à 99,5 %. Des émissions fugitives peuvent toutefois se produire, atteignant jusqu’à 20 % du solvant utilisé dans l’unité de production. Une valeur de référence pour ces émissions est entre 10 et 15 % pour les unités de production existantes et entre 8,5 et 10 % pour les unités nouvelles. Les mesures complémentaires, comme le choix de nettoyants pour les parts des machines, l’amplification ultérieure du séchage du toluène et le contrôle du système de ventilation pour éviter les émissions de l’air vicié à l’extérieur, joueront un rôle important dans cet aspect.

IV - Futurs développements en héliogravure

Plan 

Maintenant que la bataille du toluène est retombée, les héliograveurs européens se recentrent sur d'autres préoccupations avec en point de mire, la réduction des coûts. Quelle que soit l’amélioration envisagée, ou l’axe de prospection, elle est la finalité de toutes les réflexions.

Plusieurs axes sont étudiés

IV-1 - La vitesse

Les habitudes de travail sont en train de connaître une redoutable mutation. Avec les nouvelles rotatives hélio de 4,32 m de laize cela a un impact immédiat et imprévu sur les mandrins. Ceux-ci sont soumis à deux impératifs : un diamètre intérieur maintenu à 150 mm pour éviter toute incompatibilité avec les systèmes de manutention et une charge en augmentation (10 kN/mm2 au lieu de 6 kN/mm2) ce qui impose d’augmenter l’épaisseur. La vitesse sur ces machines est de 15 m/s, soit 900 m/min. Le résultat est un mandrin de 216 mm de diamètre extérieur (Paul&Co), qui devrait redescendre à 200 mm pour réduire le poids.

Outre l’aspect pointu et spécifique de cette innovation et de ses conséquences, elle souligne bien une des composantes majeures de la recherche d’économies : la remise en cause des standards de production.

IV-2 - Temps de gravure et évolutions récentes

Auparavant existaient deux systèmes de gravure : la gravure électromécanique à pointe de diamant, traditionnelle mais qui connaît des évolutions, et la gravure au laser. A ces procédés classiques s’ajoute un procédé par masquage, proche de la technologie de la flexographie.

1. Procédé par masquage

Ce procédé, présenté à la Drupa 2004, s'inspire de l’insolation des clichés flexographiques (procédé CTP flexo) et est basé sur l’application d’un masque sur le cylindre d’héliogravure. Ce masque, insolé par un laser piloté par un RIP, génère les points gravés. Il est ensuite nettoyé, par un bain acide (Laserstream FX de Think Laboratories) ou par une électrolyse inverse (Exactus de Creo). Ce procédé, utilisant  à la fois le numérique et l’analogique avec une étape de traitement chimique à la suite de l'insolation, permet d’obtenir une très haute résolution dans les zones de texte et une gravure de meilleure qualité que dans le cas d’une gravure au diamant.

Par contre, ce procédé présente des limitations comme l’impossibilité de gérer la largeur et la profondeur des cellules individuelles ce qui induit des doutes quant à la qualité du transfert de l’encre vis à vis de la gravure au diamant.

Ces deux systèmes permettent de graver 5 m2/min soit cinq fois la vitesse d’une tête diamant traditionnelle (8 kHz), mais le grand nombre de modules et d’étapes de gravure réduisent la vitesse globale de production des cylindres et laissent le champ libre à de nombreuses améliorations. Quelques fabricants de ces systèmes de masque ont également développé des machines compatibles avec l’héliogravure et la flexographie, ce qui apporte une dose de polyvalence au procédé.

2. Gravure au laser

En ce qui concerne la gravure au laser et l’un de ces problèmes majeurs, la dispersion thermique de l’énergie du laser dans le cylindre est aujourd'hui résolu. Le cuivre étant un très bon conducteur, il était difficile de contrôler la gravure laser car la chaleur se dissipait trop facilement. Ce problème fût réglé par le dépôt d'une couche de zinc à la surface de la couche de cuivre.

Les vitesses atteintes avec ce procédé sont tout à fait satisfaisantes (70 000 cellules par seconde avec un système à deux têtes de gravure, ce qui pour une linéature de 175 lignes permet de traiter 1 m2 en 5,8 minutes). Au final, ce temps est comparable à la vitesse des systèmes par masquage. Par contre, les points sont plus lisses et assurent une meilleure qualité du transfert, donc une meilleure qualité de l’image. Cette qualité est renforcée par la possibilité de régler librement la profondeur et la largeur des cellules, ce qui permet aussi d’augmenter les densités.

Cependant, le chromage et le nettoyage du cylindre posent problème.

A ce sujet, Hell a développé des têtes laser très puissantes, capables d’attaquer directement la couche chromée tandis que Daetwyler se contente d’une attaque du cuivre. La première méthode semblerait plus facile à contrôler.

3. Evolution de la gravure au diamant

Dans un tout autre domaine, Hell développe des unités de gravure au diamant avec une fréquence de 12 kHz ce qui permet d’augmenter la vitesse ou d’améliorer la qualité par la création de mini-cellules entre les cellules. D’autre part, dans l’emballage, l’utilisation de 16 têtes simultanées permettent de faire du procédé mécanique, le leader sur le plan de la vitesse. Ce procédé multi-têtes n’est pas utilisable en édition (différence d’état des têtes).

Malheureusement, toutes ces innovations n’ont que peu d’influence sur les coûts, ce qui empêche de faire de l’héliogravure un rival de l’offset sur les faibles tirages.

IV-3 - Les encres

Comment réduire le coût des encres ?
En les assemblant directement dans les ateliers (tant les couleurs à partir d’encres primaires que les encres primaires à partir des constituants de base). On obtient ainsi des économies grâce à trois effets :

Par contre cette démarche nécessite d’acquérir un matériel parfois coûteux, qui ne peut être rentabilisé rapidement que par les plus grosses structures. La formation des personnels obéit à la même logique. A cela s’ajoute la nécessité de contrôler finement la synthèse des encres (procédé, sécurité, en particulier lié à la présence du toluène).

IV-4 - La gestion du temps

Une dernière source d’économies, relevant de l’organisation du travail, réside dans la vitesse d’exécution des opérations et en particulier de leur enchaînement. La capacité à changer de dossier, à nettoyer et préparer les cylindres, à caler et à lancer une production, le plus rapidement possible, recèle en effet un fort potentiel d’économies (de temps) et de progression (en termes de commandes et donc de parts de marché).

Un autre avantage, trivial mais fondamental, est le respect des délais de fabrication. Cela nécessite un important effort de formation du personnel afin d’automatiser l’exécution des tâches.  D’autre part l’idée se révèle surtout intéressante pour les «petites» commandes qui nécessitent des changements fréquents.

La réduction des coûts devient donc le nouveau moteur de la R&D en héliogravure, après les inquiétudes sur la viabilité du toluène comme solvant.

V - Analyse économique
Plan

Dans ce chapitre, nous nous intéresserons à la situation actuelle et au positionnement du procédé d'impression héliogravure parmi les autres procédés d’impression. Les points forts et les points faibles de ce procédé seront analysés à travers la construction d'une matrice de SWOT. Ensuite, la situation concurrentielle du marché et les tendances actuelles seront appréhendés. Enfin, quelques scénarios de développement seront proposés pour l’héliogravure.

V-1 - Analyse du procédé d'impression héliogravure

L’héliogravure est le procédé d'impression par excellence réservé pour les très longs tirages, comme par exemple les catalogues commerciaux. Il est également utilisé pour imprimer des papiers décoratifs car il permet de répéter un motif sans rupture (faute de gorge). Techniquement simple et relativement facile à maîtriser, l’héliogravure assure une très bonne qualité d’impression avec un coût raisonnable pour les grands tirages. C’est le procédé préféré des marques : selon une étude de marché conduite en Allemagne, 50 % des producteurs de marque utilisent uniquement l’hélio pour imprimer leurs emballages. Enfin, la récupération du toluène est aujourd’hui bien maîtrisée et jusqu’à 99,5 % du toluène utilisé est récupéré.

1. Forces et faiblesses

Malgré de nombreux efforts sur le plan écologique, l’héliogravure n’est toujours pas considérée comme un procédé environnemental. Cela peut nuire à son image. Son principal atout, la production en masse, est mis à mal par un seuil de rentabilité élevé en raison d'un travail de préparation assez long. C'est donc une technique peu flexible.

Par ailleurs, les investissements nécessaires pour adapter les systèmes de récupération de solvant aux normes et les différentes mesures environnementales représentent des coûts supplémentaires pour les imprimeries. L’expérience montre que ces coûts sont, en général, surmontables ;  en tout cas, ils sont plus ou moins inévitables dans la situation actuelle. Quoiqu'il en soit dans ses domaines phares, l'héliogravure garde encore aujourd'hui une position très stable et ses atouts sont bien connus.

Forces Opportunités

Séchage rapide et vitesse
Maîtrise du procédé
Qualité d’impression quant aux images
Récupération du toluène
Rentable avec de forts tirages

Ouverture de nouveaux marchés en Chine et dans les nouveaux pays de l’UE
Demande croissante pour des emballages de luxe
Baisse du seuil de rentabilité par diminution des
coûts de préparation du cylindre porte image

Faiblesses Menaces

Image peu écologique
Seuil de rentabilité élevé
Manque de souplesse
Coûts générés par les systèmes environnementaux

Développement de la flexographie dans l’emballage
Personnalisation des produits d’où une baisse régulière des tirages
Baisse de la publicité
Conjoncture économique

Matrice SWOT pour l'héliogravure

2. Menaces et opportunités

L’avenir de l’héliogravure dépend étroitement du développement du marketing, qui influence directement l’édition publicitaire et l’emballage.  L’ouverture de nouveaux marchés en Chine et dans les nouveaux pays membres de l’UE et l’entrée de sociétés européennes dans ces nouveaux marchés géographiques peuvent introduire une hausse de demande pour les éditions publicitaires, le domaine phare de l’héliogravure. La demande croissante dans le secteur des emballages de luxe est également favorable au développement de ce procédé.

La recherche technique a pour but de diminuer le seuil de rentabilité de l’héliogravure en permettant une diversification vers des tirages plus courts, pour concurrencer l’offset. Ces marchés ont souvent des exigences de qualité vis-à-vis desquelles l’héliogravure pourrait présenter une option intéressante.

Cependant les principales inquiétudes proviennent du marché de la publicité. Il y a quelques années, le secteur publicitaire a subi un fort déclin en raison de la baisse économique générale dans le monde. Une telle conjoncture nuit bien entendu à la demande des impressions en général et des impressions hélio en particulier.

Même si le volume de la publicité ne diminue pas, une partie de ces revenus pourrait migrer vers les médias électroniques (télévision, Internet). De plus, les magasins en ligne tels qu’Amazon continueront de gagner du terrain dans l’avenir et le marketing Internet attirera aussi les vendeurs par correspondance (comme La Redoute) qui sont de grands demandeurs de catalogues. La publicité imprimée perdra probablement de son importance, bien qu’il soit difficile d’estimer l’importance de cette évolution.

Enfin, la personnalisation est la grande tendance du marché des impressions, et cette évolution va continuer dans l’avenir. Quelles en seront les retombées sur le marché de l'héliogravure ?

V-2 - Analyse concurentielle

Ces dernières années ont été économiquement très difficiles pour le secteur de l’imprimerie, elles sont caractérisées par une période de croissance nulle voir même négative. Il existe bien quelques niches où la production est en hausse ; mais cela concerne des produits personnalisés et de petit tirage, pour lesquelles l’héliogravure n'est pas adapté. Ainsi, les différents procédés d'impressions déjà présents se partagent un marché qui ne croit guère. La rivalité est donc intense. Au cours des cinq dernières années, entre 15 et 20 % des producteurs hélio indépendants ont disparu en Europe.

La position de l’héliogravure dans ses domaines de prédilection est encore stable, mais pas sans menaces. Dans le secteur de l’emballage, la flexographie a su profiter du développement des encres UV et des encres à l’eau ; celles-là surtout sont très intéressantes en termes de qualité d’impression. Quant à l’édition, l’offset assure la concurrence. L’offset rotative a augmenté ses vitesses de production et essaie de gagner du terrain dans l’impression publicitaire, en augmentant ses tirages. Combiné avec la réduction du volume des publicités, cela implique une surcapacité et par conséquent une baisse des prix – c’est le marché des clients. Comme l’héliogravure reste encore imbattable en terme de qualité – on pourrait même parler d’un avantage concurrentiel –, ce sont surtout les facteurs externes et non techniques qui inspirent l’inquiétude, comme la législation environnementale.

 

VI - Analyse stratégique
Plan 

Dans le secteur de l’imprimerie, le tendance met en avant les produits personnalisés et les petits tirages. La rivalité dans cette niche est aussi féroce que dans le reste du secteur. Une haute qualité d’impression et une grande variabilité en terme de supports sont exigées : l’hélio correspond tout à fait à ces critères, mais son seuil de rentabilité l’empêche pour l’instant d’entrer dans le marché. Malgré les efforts de recherche et développement, il n’est guère probable que l’héliogravure puisse concurrencer les procédés déjà présents sur ce secteur dans un avenir proche.

L’avancée des médias électroniques présente une autre source d'inquiétude pour l’héliogravure. La publicité TV et le marketing Internet ne cesseront pas de croître en popularité, et ils réduiront d'autant les budgets affectés à la publicité sur le marché traditionnel de l’héliogravure.

Cependant, l’ouverture des marchés dans les nouveaux pays de l’UE peut apporter une hausse de demande même pour les impressions à grand tirage. Ce sont des pays où le niveau de la vie et la structure de la demande sont encore différents de ceux des pays plus avancés. L’édition hélio peut profiter de ce potentiel. Toutefois, il convient de remarquer que ces marchés ne sont qu’une aide temporaire : un jour, le gap sera franchi et la demande suivra le même évolution que dans le marché actuel. En tout cas, l’édition grand tirage est un champ très concurrencé, et il faut faire attention à la compétitivité du procédé en termes de coûts et / ou qualité.

Dans le secteur de l'emballage, on constate une hausse de la demande pour des emballages de luxe, liée à l’augmentation du niveau de vie. Ce phénomène se voit nettement en Asie, où plusieurs grandes marques européennes et nord-américaines ont ouvert des magasins spectaculaires au cours des dernières années. Cette évolution est plutôt favorable à l’héliogravure, car les tirages dans l’emballage sont rarement trop petits pour neutraliser l’effet du seuil de rentabilité.

L’évolution des procédés offset et flexographique va continuer en intensifiant la rivalité dans l’édition grand tirage et l’emballage. En revanche, les recherches dans le domaine de l’héliogravure doivent  : soit accentuer encore les forces du procédé, soit chercher à le diversifier, surtout en baissant le seuil de rentabilité. Pour l’instant, il apparaît que la première option soit plus fiable à court et moyen terme.

La croissance mondiale et l'ouverture des marchés n’a pas que des effets positifs. L’augmentation de la demande peut augmenter aussi le coût des matières premières au niveau mondial : ceci serait d’autant plus fatal que l’impératif est de baisser les coûts. Enfin, quant aux restrictions environnementales, il n'y a seulement qu'une bataille de gagner. La discussion sur l’utilisation des produits toxiques continuera, et le toluène n’est pas définitivement hors danger.

V-1 - Scénario n°1 : Augmentation fortes du coût des matières premières

La demande en matières premières étant très forte du fait des croissances chinoise, indienne et brésilienne, les marges chutent, ce qui entraîne des fermetures d’usines en Europe et par effet domino, de nombreux sinistres sociaux. Les budgets R&D sont coupés chez les fournisseurs et les imprimeurs et l’innovation passe au point mort, sauf chez les très grands groupes qui misent sur les nouveaux produits pour maintenir leur prééminence. Le marché perd en diversité et se polarise, avec quelques très grands groupes innovants, voire diversifiés dans d’autres procédés, et de très rares indépendants au bord de l’asphyxie.

V-2 - Scénario n°2 : La publicité à la télévision pour la grande distribution est une réalité

Le secteur « Publicité » s’écroule, la télévision étant un bien meilleur vecteur publicitaire en termes de visibilité et d’impact. Les contrecoups dans l’héliogravure sont similaires au cas précédent, avec de nécessaires recentrages correctifs sur des marchés sûrs, catalogues spécifiques (mais l’art  n’a qu’un faible potentiel), dictionnaires, encyclopédies (avec la même restriction sur la faible importance du marché).

V-3 - Scénario n°3 : Les écologistes progressent en Europe : Interdiction du Toluène

On peut résumer les conséquences de ce scénario en un mot : "apocalypse" pour l'héliogravure. Toute la production hélio s’écroule. Soit les groupes investissent massivement dans les encres à l’eau, les hybrides, soit ils passent à d'autres procédés d'impression comme l’offset et la flexographie, et à terme le procédé héliogravure disparaît ou devient marginal.

Remédier aux risques que ces scénarios font courir est une autre affaire. On sait déjà que rien (aucune mesure directe) ne peut freiner la croissance chinoise. Par contre, l’ouverture européenne peut être gérée au niveau de l’Union pour que les risques liés au dumping fiscal et social soient réduits. L’Europe peut également se protéger de la concurrence extérieure. De telles mesures, évidemment, peuvent s’appliquer dans beaucoup de domaines.

Par contre, la baisse des seuils de rentabilité (réduction du temps de travail et augmentation de la vitesse) est de nature à attaquer fortement l’offset sur ses tirages de prédilection. Les avantages concurrentiels se joueront alors sur la qualité … domaine dans lequel l’héliogravure est imbattable.

V-4 - Scénario n°4 : Développement de la concurrence

Les évolutions de l’offset et de la flexographie continuent dans la même voie, pour concurrencer l’héliogravure dans ses domaines traditionnels. Comme l’héliogravure n’est pas une procédé facilement diversifiable – peu d’avancements réels malgré les efforts de recherche –, une bonne stratégie serait d’investir les ressources pour améliorer encore la qualité des impressions et la rentabilité au long tirage de l’héliogravure. Par exemple, la gravure laser a du potentiel dans les deux sens.

V-5 - Scénario n°5 : Pressions environnementales modérées

La législation européenne permet toujours l’utilisation du toluène dans l’édition hélio, mais les écologistes et éventuellement quelques clients préconisent la diminution de l’usage de ce solvant. Dans ce cas, il serait de bon ton d’utiliser les encres à l’eau, par exemple dans l’impression des emballages, et continuer à faire des recherches pour améliorer la qualité d’impression avec ces encres. Quant à l’édition, un tel remplacement ne semble guère possible. Il faudrait alors faire la promotion de la récupération du toluène et des taux de récupération importants qu’elle permet, afin de pouvoir faire évoluer l’image de l’hélio et son positionnement dans l’esprit des clients. Pour assurer l’avenir des encres au toluène, un discret lobbying sera probablement nécessaire.

 

VII - Conclusion

Plan 

La question des rejets de toluène était momentanément réglée, règlement dont la conséquence était la survie du procédé d'impression héliogravure au toluène. De ce fait, l’intérêt des industriels se détournent de la recherche de nouvelles encres, pour se recentrer sur l’optimisation du procédé, dans une optique de réduction des coûts et de gain de parts de marchés. Enfin, l’étude du marché elle-même nous a montré les risques futurs et les opportunités que rencontrera l’héliogravure.

 

VIII - Webographie et Bibliographie

Plan 

R. Baschet   "Les encres à l’eau sur film. Une rêve ou une réalité quotidienne ?"   Flexo Gravure Europe, Septembre 2003, n° 107, pp. 41­-46
A. Tribute   "Advance in gravure at Drupa"   Seybold Report, Vol 4, N° 5, 9 Juin 2004 - Disponible sur <http://www.seyboldreports.com/TSR/subs/0405/gravure.pdf>
M. Delefosse   "Objectif : encres à l'eau"  

Coates Lorilleux, Revue du Papier Carton, Novembre 2003, N°66, p 63

A. O’Brien   "Toluene usage in the gravure printing industry"   Gravure, Décembre 2000, vol 14, n°5, p 44
S. Milmo   "Europeen Report"   Ink World, Août 2003 - Disponible sur  <www.inkworldmagazine.com/August022.htm>
D. Savastano   "Design for the Environment"   Ink World, Août 2002, n° 8, pp. 29-30
B. Witzel   "Danish EPA Seeks Reclassification of Toluene in Europe"   Gravure, Décembre 2000, vol. 14, n° 5, p. 44

 

     
  Mémoire précédent
Précédent
Liste des mémoires
Liste
Page technique
Thèmes
Pas de mémoire suivant
Suivant
 
Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base
Copyright © Cerig/Grenoble INP-Pagora
     
 mise en page : J. Rouis