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19 août 1997

Apple : le roman continue

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Jean-Claude Sohm
(19 août 1997)
 

Les faits nouveaux

Le départ du PDG (G. Amelio) et du directeur technique (H. Hancock) le 9 juillet dernier a ramené les feux de l'actualité sur la société Apple. Si la nouvelle a de l'importance, les résultats annoncés le 16 juillet pour le deuxième trimestre en ont encore plus. En voici l'essentiel :

    Apple affiche encore des pertes (56 M$), mais elles sont inférieures aux prévisions. Le directeur financier de l'entreprise ne s'attend cependant pas à un retour au profit au prochain trimestre ;
  le chiffre d'affaire remonte légèrement : 1,7 B$ contre 1,6 B$ le trimestre précédent ;
  les ventes de machines sont stabilisées, avec une augmentation forte au Japon, faible aux Etats-Unis, et un recul en Europe ;
  les pertes d'exploitation et les dépenses de fonctionnement ont été réduites ;
  après les 4.100 licenciements du trimestre précédent, Apple pourrait encore remercier 500 personnes d'ici la fin de l'année.

Cependant, un doute subsistait toujours sur l'avenir de la société. Ainsi, deux cloneurs du Mac ont annoncé leur intention de fabriquer aussi des PC, les actions d'Apple ont atteint à la mi-juillet leur niveau le plus bas, et S. Jobs lui-même, pris de doutes, a vendu les 1,5 millions d'actions qu'il avait reçu en payement de Next.

Le Macworld Expo s'est tenu à Boston au début de ce mois. Dans son allocution du 6 août, S. Jobs a fait sensation en annonçant :

    le renouvellement presque complet du conseil d'administration ;
  un accord avec Microsoft, qui prend une participation minoritaire dans le capital d'Apple ;
  ainsi que de nouvelles mesures de réduction des coûts de fonctionnement de l'entreprise.

Wall Street a réagi favorablement à toutes ces nouvelles : l'action Apple est montée de 19 à 26 $, avant de se stabiliser vers 23 $. Les analystes financiers pensent que l'entreprise est bel et bien sauvée, mais ils n'attendent pas un retour aux bénéfices avant le début de 1998. Précisons que la société Apple n'a pas de problème de trésorerie, puisque son cash-flow atteint encore un milliard de dollars.

Une ombre à ce tableau plutôt encourageant : les négociations d'Apple avec ses cloneurs vont de mal en pis, et la nouvelle plate-forme du Mac (CHRP : Common Hardware Reference Plateform) risque de ne pas voir le jour.
 

Les causes profondes

Monsieur de la Palisse lui-même dirait que si les ventes d'Apple ont baissé pendant deux ans, alors que les ventes de micro-ordinateurs se développaient, c'est qu'un nombre croissant de clients préfère le PC au Mac. Et que s'il en est ainsi, c'est qu'à prix égal, et dans la majorité des cas, le PC rend un meilleur service que son concurrent.

Un utilisateur qui est à la fois bi-plate-forme et impartial constate journellement que, à coût égal, un Mac rend à peu près le même service qu'un PC, à quelques restrictions près :

    il est moins rapide,
  il fonctionne moins bien en multitâche,
  il se plante plus souvent, et le plantage d'une application entraîne celui du système d'exploitation,
  il est plus cher.

Le Mac ne semble pas être plus mal conçu que le PC, et les processeurs RISC (Reduced Instruction Set Computer) ne semblent pas être plus lents que les CISC (Complex Instruction Set Computer), à fréquence d'horloge voisine. Les défauts du Mac proviennent surtout du système d'exploitation, le système 7, qui date du début de la décennie. D'abord, ce système n'a pas été écrit en code natif du processeur RISC PowerPC, et la couche logicielle supplémentaire qui émule le fonctionnement de ce dernier ralentit le système. Ensuite, le système 7 est inférieur à Windows 95 sur le plan du multitâche et de la stabilité, et les acheteurs de machines neuves en sont de plus en plus conscients. Enfin, Apple a perdu sa réputation de leader de l'innovation technique en micro-informatique. Aujourd'hui, la nouveauté vient principalement du monde PCâ: le bus PCI, le contrôleur IDE, les processeurs de plus en plus rapides, les nouvelles cartes d'extension pour le son et l'image, l'interface USB, la nouvelle architecture AGP, etc. Comme nouveauté venant d'Apple, il n'y a guère que l'interface FireWire, et elle a bien du mal à s'implanter sur le marché.

L'avantage bien connu du Mac -- la convivialité, pour laquelle les acheteurs acceptaient de payer un surcoût -- a été sérieusement entamé par la publication de Windows 3, et a presque disparu avec celle de Windows 95. Dans les domaines où il est traditionnellement le mieux implanté -- l'édition et le design -- le Mac garde une légère supériorité, car il offre une meilleure gestion de la couleur et des polices de caractères. Mais si l'on en croit la presse spécialisée, cette situation ne saurait durer : Microsoft aurait acheté la licence de Colorsync à Apple, et collaborerait avec Adobe pour améliorer la gestion des polices de caractères sur le PC.

Ayant perdu des clients, la société Apple perd de l'argent -- un milliard et demi de dollars en 18 mois -- et ce n'est pas fini. Pourtant, l'ex-président Amelio a pris les mesures de restructuration qui s'imposaient : vente d'actifs, abandon des opérations enlisées, licenciement de personnel, réduction des frais de fonctionnement, rationalisation de la gamme, recentrage sur les opérations traditionnelles et filialisation de certaines activités. Le fait que ces mesures ne soient pas encore suffisantes montre à quel point la crise traversée par Apple est grave.

Dans la vie des entreprises, les accidents notables résultent généralement d'erreurs stratégiques commises par l'équipe dirigeante quelques années plus tôt. Nous ne savons pas ce qui s'est passé exactement chez Apple au début de la décennie, mais les dégâts sont évidents :

    toutes les tentatives de diversification ont pratiquement été vouées à l'échec. Elles ont nom : Newton, Sweet Pea (devenu Pippin), Kaleida Labs et Taligent ;
  la société Apple, leader des systèmes d'exploitation dans les années 80, se révèle incapable d'en créer un nouveau dans les années 90 ;
  les cloneurs font des machines plus rapides que les PowerMac ;
  et si Apple a su régler ses problèmes de contrôle-qualité, sa gestion de production laisse toujours à désirer.

L'échec de Copland (nom de code de l'opération qui devait donner un successeur au système 7 en 1994-95, et qui a été abandonnée au milieu de l'année 1996) a coûté un milliard de dollars. Avec l'échec de Taligent et de Kaleida, ce sont plusieurs milliers d'hommes-ans de développement logiciel qui ont été dépensés en pure perte. Il est clair que les dirigeants surpayés d'Apple ne savent plus motiver leurs équipes de R&D : les meilleurs éléments sont partis, et les travaux de ceux qui restent sont souvent médiocres ou n'aboutissent pas. A tel point que l'ex-président Amelio a dû, pour pouvoir développer un nouveau système d'exploitation (projet Rhapsody), racheter NeXT et son savoir-faire.
 

Le système 8 est arrivé

Faute de pouvoir faire aboutir le projet Copland, et en attendant l'aboutissement du projet Rhapsody en 1998, la société Apple fait évoluer le système 7, qui a connu de multiples versions et sous-versions (la dernière en date est numérotée 7.6.1). Ces versions n'ont pas réservé que de bonnes surprises aux utilisateurs du Mac : certaines ne s'appliquaient pas à tous les modèles, d'autres avaient pour effet de ralentir la machine. Le problème semble venir de la couche de microprogrammation que l'on trouve en ROM sur le Mac (et que l'on appelle BIOS sur le PC) : les ROM des différents modèles ne seraient pas totalement compatibles entre elles. Ce problème doit disparaître lorsque Apple et ses cloneurs se mettront d'accord -- en principe cet été -- sur une plate-forme technique commune. Mieux vaut donc patienter un peu avant d'acheter un Mac ou son clone.

Le système 8 (projet Tempo), arrivé sur le marché américain en juillet, a reçu un très bon accueil : plus d'un million d'exemplaires a été vendu en deux semaines. Il n'est pas issu du défunt projet Copland : c'est une nouvelle version du système 7, dont le Finder a enfin été réécrit en code natif du processeur PowerPC. Chacun s'attend donc à le trouver plus rapide, mais la revue MacWorld sème le doute.

Par contre, le multitâche parait plus efficace, la présentation sérieusement revue et corrigée, et l'impression générale bonne.
 

L'accord avec Microsoft

Cet accord, prévu pour 5 ans, comporte les points suivants :

    Microsoft prend une participation minoritaire (150 M$, soit environ 5 %) dans le capital d'Apple. Les actions correspondantes sont sans droit de vote, et leur propriétaire doit les garder au moins 3 ans ;
  Apple et Microsoft s'accordent la licence croisée de leurs brevets respectifs ;
  Internet Explorer sera le navigateur par défaut du futur système d'exploitation du Mac ;
  Apple et Microsoft vont rendre compatibles leurs interpréteurs Java respectifs ;
  Microsoft va mettre à jour d'ici la fin de l'année la version Mac de sa suite bureautique, et la fera ensuite évoluer au même rythme que la version PC.

Depuis plus d'un an, les deux sociétés se disputaient pour savoir si certains aspects de Windows 95 ne violaient pas des brevets d'Apple. Cet accord met fin à une querelle stupide, qui a coûté des parts de marché à Apple dans le domaine de la bureautique. Car il ne faut pas oublier que Microsoft est le développeur numéro un de la plate-forme Mac, et ce depuis de nombreuses années, grâce à sa suite Office. Partir en guerre contre son principal développeur, et en faire le bouc émissaire de tous ses maux (alors qu'il n'est pas votre concurrent direct), constitue une erreur de plus à porter au crédit des anciens dirigeants d'Apple.

La participation de Microsoft au capital d'Apple -- plus que le versement de 150 M$ dont Apple n'a pas un besoin urgent -- crée un choc psychologique qui devrait s'avérer salutaire. Pour beaucoup de personnes, ce geste signifie que la société Apple est sauvée, car le patron de Microsoft n'a pas la réputation d'investir dans des entreprises en perdition, et ses qualités d'entraîneur d'hommes sont bien connues.

Si l'accord entre Apple et Microsoft est effectivement appliqué, une page de l'histoire de la micro-informatique sera tournée. La compétition entre les deux entreprises, qui a fortement contribué à améliorer l'interface graphique utilisateur, n'a plus lieu d'être, car les deux systèmes d'exploitation sont maintenant très proches. Les utilisateurs, qui ne trouvent plus d'avantages à cette rivalité, ne veulent plus souffrir de ses inconvénients. Les deux entreprises doivent en tirer les conséquences, sous peine de se faire durement rappeler à l'ordre par le marché.
 

L'avenir d'Apple

Notre diagnostic concernant l'avenir de la société Apple reste inchangé : l'entreprise devrait survivre. Mais ce ne sera plus la même : elle aura perdu la moitié de son personnel, elle se contentera d'une part plus faible (environ 5%) du marché des micro-ordinateurs après s'être repliée sur ses bastions traditionnels (enseignement, édition, design), et elle ne jouera plus le même rôle novateur. Un membre du conseil d'administration l'a d'ailleurs précisé récemment : retrouver l'équilibre financier (avec un chiffre d'affaires annuel de 7 B$) est pour l'instant l'unique but d'Apple. Plus prudent que l'ex-président Amelio, il n'a pas fixé de date, mais on peut raisonnablement penser à la fin de cette année.
 

Conclusion

Les imprimeurs et les ateliers de prépresse, utilisateurs traditionnels du Macintosh, n'ont pas de soucis particulier à se faire. En effet, la société Apple est toujours là, et tout porte à croire qu'elle peut se sortir de sa crise actuelle, car le plus gros du chemin est fait.

Ceci dit, les imprimeurs n'échapperont sans doute pas au PC, pour les raisons suivantes :

    les PC haut-de-gamme et les serveurs Windows NT prennent une place croissante sur le marché des serveurs ;
  les stations de travail graphiques seront de plus en plus réalisées à l'aide de PC fonctionnant sous Windows NT Workstation.
 
 
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