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16 mai 1997

Quel avenir pour la plate-forme Apple ?

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Apple détient environ 70 % du marché des ordinateurs utilisés en PAO : c'est donc à juste titre que les imprimeurs se posent des questions sur le devenir de ce constructeur. Nous tentons de faire ci-dessous la synthèse des informations publiées sur le sujet.

Jean-Claude Sohm
(Version révisée -- 16 mai 1997)
(Première version -- 28 avril 1997)
 

La situation actuelle

   

Sommaire :

Dans la presse informatique, les mauvaises nouvelles se succèdent : Apple est dans le rouge depuis six trimestres consécutifs et, selon son directeur financier, il risque d'en être encore de même pour les deux trimestres suivants. La société perd ses meilleurs cerveaux, et on vient d'assister à une tentative avortée d'OPA (lancée, puis abandonnée, par le patron d'Oracle, L. Ellison). Sur le marché mondial des micro-ordinateurs, la part d'Apple s'effrite peu à peu : elle passe de 7,9 % en 1995 à 5,2 % en 1996 (source : Dataquest), puis à 4 % au premier trimestre de 1997. En France, pays où Apple est traditionnellement bien implanté, la part de marché est descendue à 6,5 % en 1996 (source : IDC). Apple quitte le top 5, et descend au 7ème rang mondial des constructeurs de micro-ordinateurs. Pour la première fois depuis 1985, le nombre de machines vendues annuellement diminue. Les analystes financiers pensent que la situation de la société Apple peut encore être redressée, mais il s'agit d'une simple constatation comptable, qui ne préjuge pas de l'avenir. Il est clair qu'Apple se trouve dans une spirale descendante dont il lui sera difficile de sortir. Le constructeur du Mac est-il menacé de disparition ?
 

Un peu d'histoire

La plate-forme Apple est née en 1977, deux ans après les débuts de la micro-informatique. A l'Apple-I a rapidement succédé l'Apple-II, une petite machine remarquable qui a représenté jusqu'à 60 % des ventes de micro-ordinateurs au début des années 80. Le PC d'IBM est arrivé sur le marché en 1981, et son développement a bénéficié des erreurs commises par Apple : l'Apple-III était un cul-de-sac technique, et Lisa beaucoup trop cher. Lorsque le premier Mac est sorti en 1984, le PC équipé du système d'exploitation MS-DOS était devenu une norme indéracinable. Apple a dû se contenter d'une part de marché mondiale voisine de 10 %, après une année difficile en 1985.

Apple est néanmoins l'un des très rares constructeurs de micro-ordinateurs qui aient réussi à maintenir une plate-forme différente de celle du PC. Le Mac fut sauvé par les qualités de son système d'exploitation (doté d'une bonne interface graphique, et plus simple d'emploi que MS-DOS), et par le développement d'applications porteuses. Dans le domaine de la bureautique, ses logiciels-phares furent Word, et surtout Excel (que Microsoft créa sur Mac d'abord, puis porta sur PC plus tard). Le développement du PostScript et des logiciels de traitement d'image par Adobe, a propulsé le Mac à la première place dans le domaine de la PAO. Mais aujourd'hui, les principaux logiciels d'Adobe sont présents sur PC, et ce groupe (sa filiale française en particulier) ne fait pas mystère de son intérêt pour cette plate-forme.

En ce qui concerne l'interface graphique, l'avance que possédait Apple n'existe plus : avec Windows, de version en version, Microsoft a lentement comblé la différence. La première mouture de Windows, publiée en novembre 1985, connaît peu de succès : elle ne dérange pas Apple. La seconde, publiée en octobre 1987, se vend mieux. Se sentant menacée, la société Apple dépose une plainte contre Microsoft au début de 1998, plainte qui sera déclarée non recevable par le tribunal deux ans plus tard. La troisième version de Windows apparaît en mai 1990, et prend la tête des ventes de logiciels, toutes catégories confondues : près de 100 millions d'exemplaires sont écoulés en 5 ans. La quatrième version (Windows 95) sort en août 1995 : le PC bénéficie désormais d'une interface graphique aussi performante que celle du Mac, avec le bureau, la corbeille, les icônes, les alias, les noms de fichiers longs. Aujourd'hui, tous les grands logiciels -- qu'il s'agisse de la bureautique, de la PAO, du multimédia, de la navigation sur Internet -- fonctionnent pratiquement de la même manière sur Mac et sur PC ; ils utilisent d'ailleurs des manuels communs. Sur le plan de la simplicité d'emploi, Windows a presque rattrapé l'OS d'Apple. Restent quelques lourdeurs et complications, qui traduisent une réminiscence du DOS (compatibilité ascendante oblige), et qui devraient disparaître avec la prochaine version.

Au début de la décennie, les dirigeants d'Apple comprennent qu'il faut absolument redonner une spécificité à leur plate-forme. Le coût de la R&D atteint 6 % du chiffre d'affaire, et des actions sont lancées dans de multiples directions. Deux sociétés sont créées en collaboration avec IBM : Taligent pour mettre au point un nouveau système d'exploitation orienté objet, Kaleida Labs pour développer le multimédia. Le service téléinformatique eWorld est lancé en juin 1994.

Le Mac, machine réputée fermée et non extensible, s'ouvre vers l'extérieur : désormais, on le trouve souvent équipé en standard d'un connecteur SCSI, de prises réseau, d'un lecteur de CD-ROM, et il reconnaît les disquettes PC. Le PowerMac, doté du processeur RISC PowerPC, fait son apparition en 1994. Le successeur du système 7, destiné à la nouvelle machine, est mis en chantier sous le nom de code Copland, et son arrivée sur le marché est annoncée pour 1995. Divers développements logiciels sont menés à bien, dont QuickTime, et Opendoc (en collaboration avec IBM). Enfin Apple se lance à l'assaut des nouveaux marchés qui s'ouvrent pour les micro-ordinateurs : le grand public, le multimédia, et Internet.

Au début de 1996, il faut se rendre à l'évidence : cette politique a échoué. Apple a couru trop de lièvres à la fois, beaucoup de projets n'ont pas abouti, le contrôle qualité des usines laisse à désirer, la société perd de l'argent, il faut vendre ou restructurer. Le conseil d'administration choisit la seconde solution, et nomme G. Amelio pour procéder à l'opération. Les mesures énergiques ne tardent pas : Apple quitte Taligent et Kaleida Labs. Le service eWorld, qui ne peut lutter contre Internet, est arrêté fin mars. L'usine de production de Fountain est vendue à SCI Systems, les activités de celle de Sacramento sont réduites. L'Apple Napa Data Center, célèbre par son architecture, est rétrocédé à la division MCI Communications de Systemhouse. Les effectifs sont réduits, et Apple rassemble ses forces pour faire aboutir le projet Copland, afin de doter enfin le PowerMac d'un système d'exploitation qui convienne au processeur RISC.

A la fin de 1996, une amère constatation s'impose : la société Apple est trop affaiblie pour mener le projet Copland à son terme. Editer un système d'exploitation requiert aujourd'hui des moyens considérables, de l'ordre de 100 à 200 hommes-ans : Microsoft vient d'en faire l'expérience avec Windows 95, qui a pris 10 mois de retard. L'idée du rachat d'une société possédant un produit facilement adaptable au Mac, fait son chemin : on attendait Be, ce fut Next. Son système d'exploitation NextStep, adapté au PowerPC, recouvert par l'interface standard du Mac, et doté d'un module d'émulation du système 7 (appelé Blue Box), deviendra l'OS 8 d'Apple. Sa sortie est annoncée pour le milieu de l'année 1997 ; seules les machines équipées d'un processeur PowerPC pourront en bénéficier. En attendant, les pertes s'accumulent, Apple annonce plus de 2.000 licenciements, et les cadres supérieurs quittent la société les uns après les autres. Le retour aux bénéfices n'est pas attendu avant la fin de l'année.
 

Discussion

En micro-informatique, l'existence de deux plates-formes présente bien des inconvénients. Elle renchérit les coûts, parce que les applications doivent être développées deux fois. Elle complique la vie des utilisateurs : un CD-ROM conçu pour PC seul ne passe pas sur Mac (et vice versa) -- un logiciel acheté pour une plate-forme ne peut pas être installé sur l'autre -- l'échange d'information entre les deux plates-formes, initialement impossible, est longtemps resté difficile. Pour que la plate-forme Apple puisse perdurer, il faut que ces inconvénients soient contrebalancés par un avantage significatif. D'où ce dernier pourrait-il venir ?

En ce qui concerne l'interface graphique, il ne faut plus s'attendre à un progrès marquant. Certes l'innovation est par essence imprévisible, mais depuis les premiers travaux d'Engelbart en 1969, ceux du PARC de Xerox, et les développements d'Apple, le domaine a été très fouillé. Dans le domaine de l'interface homme-machine, il reste beaucoup de progrès à faire : reconnaissance de la parole, de l'écriture, et même des mimiques de l'opérateur, mais rien n'est encore bien au point. Le système d'exploitation Nextstep, qui va donner naissance au système 8, est certainement un bon produit : il va permettre à Apple de combler son retard en matière d'OS, mais on ne s'attend pas à ce qu'il crée une révolution.

Sur le plan matériel, le Mac ressemble de plus en plus à un PC : après le bus PCI, Apple adopte l'interface E-IDE (pour raccorder le disque dur interne à l'unité centrale). Les nouveaux modèles possèdent, en standard pour les uns, en option pour les autres, une carte de compatibilité PC, comportant un microprocesseur pentium, et enfichable sur un connecteur d'extension PCI. D'ici peu, Mac et PC pourraient avoir la même carte-mère : les machines ne différeraient que par leur microprocesseur (fixé sur une carte-fille), et par des détails de connectique. Certes, le PC a un processeur CISC (Complex Instruction Set Computer), et le PowerMac un processeur RISC (Reduced Instruction Set Computer) mais, pour l'utilisateur, cette différence est complètement transparente. On peut même noter que, en ce qui concerne la standardisation et le coût, le PC est actuellement supérieur au Mac. La société Apple est donc obligée de fixer le prix de ses machines comme si elle était un fabricant de compatibles, et se retrouve confronté aux mêmes problèmes que les autres constructeurs : concurrence féroce, marges faibles, surenchère technique permanente.

Existe-t-il des secteurs du marché pour lesquels le Mac est mieux adapté que le PC ?
Les chiffres de ces dernières années semblent suggérer une réponse négative. Longtemps attendu par les constructeurs, le marché du micro-ordinateur domestique s'est développé aux Etats-Unis au début de la décennie, et le mouvement a gagné l'Europe. Le Mac ayant la réputation d'être plus simple d'emploi que le PC, Apple s'attendait à réaliser un taux de pénétration élevé. La valeur atteinte est très discutée, mais il est certain que la percée attendue ne s'est pas produite. L'explication tient en partie au fait que les périphériques que l'on trouve en option sur le PC (le lecteur de CD-ROM, la prise SCSI) sont fournis en standard avec le Mac depuis 1992, ce qui augmente d'autant le coût de la machine : or les particuliers sont beaucoup plus sensibles à ce facteur que les entreprises.

Le micro-ordinateur s'est déjà introduit dans 40 % des foyers américains environ, mais on ne s'attend pas à ce que le taux de pénétration final dépasse 50 %. Un micro, en effet, est plus complexe à utiliser qu'un matériel électroménager, et cela constitue un frein à son développement en milieu domestique. Partant de cette constatation, Apple a conçu un "ordinateur du pauvre" appelé Pippin, sans moniteur (la TV en fait office), sans disque dur ni lecteur de disquettes -- mais avec un lecteur de CD-ROM 4X, sans clavier (remplacé par une télécommande avec une douzaine de boutons), pauvre en mémoire (5 Mo de RAM, dont 1 Mo pour la vidéo, car l'OS occupe 4 Mo de ROM), mais doté du minimum de connectivité permettant de raccorder modem et imprimante. Prudente, la firme de Cupertino ne construit pas elle-même : elle se contente de vendre la licence. Le succès de ce genre de dispositif, comme celui des set-top boxes et des webTV, est pour l'instant incertain.

Le CD-ROM est disponible depuis 1985, mais son développement initial est lent, et il faut attendre 1993 pour qu'il se répande sur le marché du grand public aux Etats-Unis. Apple fondait de grands espoirs sur le multimédia, mais le taux de pénétration du Mac n'a pas dépassé 10 à 20 % suivant les pays. Les grands éditeurs ne cachent pas qu'ils développent d'abord pour la plate-forme la plus étendue -- celle du PC -- et qu'ils ne portent leurs produits sur Mac qu'en cas de succès. Le particulier qui achète un PC pourra lire pratiquement tous les CD-ROM disponibles sur le marché. Il n'en est pas de même de celui qui achète une machine Apple, et l'on trouve même sur Internet des pétitions réclamant le portage sur Mac de tel ou tel jeu-culte disponible sur PC et/ou sur console.

Internet connaît un développement foudroyant, tant en milieu professionnel que domestique. Apple fit un gros effort publicitaire pour persuader les internautes que le Mac était meilleur que le PC pour surfer sur Internet, mais quiconque a un peu d'expérience sait que les navigateurs fonctionnent de la même manière sur les deux plates-formes.
 

L'avenir

L'avenir immédiat d'Apple, en tant que constructeur, dépend de la manière dont les utilisateurs accueilleront les nouveaux modèles de Power Mac qui viennent de sortir. A échéance à peine plus lointaine, l'avenir d'Apple dépend du succès que connaîtra le système 8 (dont la disponibilité est confirmée pour le mois de juillet prochain) auprès des développeurs, qui viennent de recevoir la version beta.

La société Apple traverse-t-elle simplement une zone de turbulences, et la restructuration en cours lui permettra-t-elle de retrouver son lustre d'antan ?
C'est très peu probable, compte tenu de l'analyse que nous venons de faire. A l'opposé, le scénario catastrophe de la disparition d'Apple dans une faillite retentissante, parait pour l'instant peu vraisemblable pour une société de cette taille, qui lutte énergiquement pour se rétablir. Dans ce cas d'ailleurs, la marque Apple survivrait très probablement à la disparition de l'entreprise. L'hypothèse la plus vraisemblable reste celle du repli de la société vers les marchés où elle est la mieux implantée et où de nombreux clients restent attachés à la marque : l'enseignement d'une part, les arts et industries graphiques d'autre part. Apple pourrait ainsi stabiliser sa situation (en conservant environ 4-5 % du marché des micro-ordinateurs), et renouer avec les bénéfices d'ici la fin de l'année. Voilà pour le court terme.

Quelle stratégie la société Apple peut-elle adopter pour le long terme ?
Etre constructeur de micro-ordinateurs n'est pas une situation très enviable, d'autant que la concurrence des cloneurs du Mac commence à se faire plus forte. Il est probable qu'Apple songe à se transformer en éditeur de logiciel. Le système Next a déjà été porté sur diverses plates-formes, et Apple n'aurait pas beaucoup d'efforts à faire pour étendre le système 8 au PC. L'interopérabilité entre les plates-formes Mac et PC n'est-elle pas à l'ordre du jour ?

Mais une telle stratégie implique de heurter de front Microsoft, et une société convalescente doit choisir le moment avec soin, avant de se lancer dans une opération qui paraît quelque peu risquée.
 

Quelle stratégie pour les imprimeurs ?

Dans l'immédiat, les imprimeurs n'ont pas de soucis à se faire. Ils comptent parmi les meilleurs clients d'Apple, et le constructeur du Mac va se rappeler à leur bon souvenir. La marque à la pomme souffre, mais sa disparition est pour l'instant peu vraisemblable. Cependant, la prudence consiste à différer un peu les achats de machines, et à vérifier que les périphériques que l'on acquiert (scanner, imprimante, imageuse, système d'épreuve numérique, dispositif de sauvegarde ou d'archivage) pourraient également fonctionner avec un PC.

A long terme, les imprimeurs n'ont pas de raison d'être inquiets : même si la marque Apple disparaissait, il serait possible de faire fonctionner le prépresse sur PC, puisque certains l'ont déjà fait. Les problèmes résultants résideraient plus dans la formation du personnel, que dans la nécessaire adaptation technique.

 
 
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