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Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Nouvelle > Mon Mac est plus rapide que votre PC           07 septembre 1998

Mon Mac est plus rapide que votre PC, Monsieur !

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Jean-Claude Sohm
(07 septembre 1998)
 

Préambule

Lorsque le premier G3 fut mis sur le marché l'an dernier, Steve Jobs (le patron d'Apple par intérim) declara publiquement que la nouvelle machine était beaucoup plus rapide que les PC de caractéristiques similaires. Pour la sortie officielle du iMac le 15 août dernier, Jobs récidiva, affirmant que le dernier-né d'Apple était beaucoup plus rapide que tous les PC existants, même les plus puissants.

De telles déclarations sont parfaitement gratuites : chacun sait qu'il est vain de dire qu'une machine est plus rapide qu'une autre sans préciser les conditions dans lesquelles on l'utilise. Les bonnes paroles de M. Jobs illustrent l'enflure des discours marketing, particulièrement marquée en informatique, quelle que soit la plate-forme considérée -- ce que l'on appelle le "hype" en anglais. Cependant, quelques journalistes agacés décidèrent de faire procéder à des tests par un organisme indépendant. Les résultats peuvent être consultés sur le site de Techweb depuis le 21 août dernier.
 

Le résultat des tests

Ces tests ont montré que, à caractéristiques similaires, le Mac est plus rapide que le PC pour les applications graphiques (Photoshop), et moins rapide en bureautique (Word et Excel).

Le Mac est le PC sont aujourd'hui de conception très proche : ils diffèrent surtout par leur processeur. A fréquence d'horloge égale, les processeurs RISC utilisés par Apple sont plus rapides que les processeurs CISC que l'on trouve dans les PC en ce qui concerne les calculs, et l'inverse est vrai pour les autres opérations. Les résultats des tests n'ont donc rien de surprenant : les applications graphiques, qui sont "computation intensive", vont un peu plus vite sur le Mac. L'inverse se produit en bureautique. Il n'y a pas là de quoi fouetter un chat !

Comme les applications bureautiques sont plus répandues que les applications graphiques, le journaliste qui a publié ces résultats s'est permis de conclure : "Intel-based PCs provide better overall performance". Il a immédiatement été inondé de courriers électroniques incendiaires en provenance de mac maniaques irrités. Quelques jours plus tard, il a repris la plume pour faire une longue mise au point qui valait la peine d'être lue (le lien correspondant est malheureusement rompu).
 

La valeur des tests

Les programmes de test ("benchmarks" en anglais) sont de deux sortes. Les uns -- dits de bas niveau -- permettent de caractériser un composant isolé (le processeur par exemple), et leurs résultats n'intéressent que les constructeurs. Les autres -- dits de haut niveau -- permettent de caractériser un système complet (machine + système d'exploitation + logiciel d'application, par exemple), et leurs résultats intéressent au premier chef les utilisateurs. C'est ce deuxième type de test dont il est question ici.

Il en est des tests comme des statistiques : les résultats n'ont de sens que si l'on précise bien les conditions opératoires. Sinon, on peut leur faire dire ce que l'on veut, et ceux qui ont quelque chose à vendre ne s'en privent pas ! Dans le cas présent, les conditions opératoires avaient été précisées, mais on aurait pu rendre les machines plus proches, en choisissant un PC ayant une carte graphique similaire à celle du Mac, par exemple.

Le choix des opérations effectuées dans le cadre d'une application donnée, et le poids qu'on leur donne, sont également quelque peu arbitraires -- mais il ne peut en être autrement. Un "opérateur moyen" est comme un "français moyen", il n'existe que dans les statistiques.

Le choix des machines peut également prêter à contestation. Si le Mac est quelque chose de bien défini, le PC ne l'est pas : il y a de multiples constructeurs, sans compter les assembleurs, et les utilisateurs qui font évoluer leur machine en changeant certains composants. Le choix du PC que l'on compare au Mac n'est donc pas sans influence sur le résultat des tests.

Enfin, une machine n'est pas égale à elle-même : ses performances varient avec la charge du disque dur et la régularité de la maintenance logicielle, entre autres. Les organismes sérieux testent donc des machines neuves, ne modifient pas les réglages d'origine, et n'installent que les logiciels indispensables.

La conclusion de toute cette affaire est que la vitesse n'est pas un argument de poids lorsqu'on veut faire choix entre un Mac et un PC. Les vrais critères sont le coût, la disponibilité des logiciels et des périphériques, les usages de la profession, la préférence des utilisateurs, les désidératas des clients, les traditions de l'entreprise, le support technique offert par le vendeur, etc.
 

Le petit monde des mac-maniaques

L'hypersensibilité de certains supporters du Mac surprend -- et agace un peu -- ceux qui ne donnent pas dans ce travers. Le phénomène n'est pas nouveau : il remonte à l'époque où le PC d'IBM concurrençait sérieusement l'Apple II. Pour tenter de conserver ses clients, la société Apple a inauguré une technique marketing consistant à développer le "sens de la tribu" : utiliser une machine Apple, c'est ne pas faire comme tout le monde, c'est ne pas suivre le troupeau (lequel achète un PC d'IBM, bien entendu). Cette technique n'a pas cessé d'être utilisée par la marque à la pomme, et la récente campagne publicitaire "Think Different" est de la même veine. Les plus influençables s'y sont laissés prendre : ils aiment le Mac au point qu'ils ne supportent pas qu'on le critique, et c'est pour eux qu'on a forgé le terme de "mac maniaque".

Au cours des deux dernières années, alors qu'Apple traversait une période troublée de son histoire, diverses pétitions furent lancées sur Internet "pour sauver le Mac" : certaines recueillirent 30.000 signatures. De là à penser qu'il y a de par le monde quelques dizaines de milliers de personnes qui ont embrassé la religion Apple, adorent le Mac, et diabolisent le PC, il n'y a pas loin. Cela montre à quel point les publicistes nous manipulent, bien qu'ils le nient, et qu'il y ait toujours des naïfs pour les croire. Bien entendu, quelques dizaines de milliers de personnes ne représentent pas grand'chose quand on songe qu'il y en a des millions qui utilisent le Mac pour des raisons parfaitement valables, ou tout simplement parce qu'elles préfèrent son interface graphique à celle que leur offrirait Windows. Mais Internet offre aux macmaniaques virulents la possibilité de faire un bruit hors de proportions avec leur importance numérique.
 

Le mot pour rire

Le journaliste qui s'est permis de critiquer le Mac a écrit, à propos des conditions d'exécution des tests, que les machines avaient été utilisées avec leur configuration d'origine "par défaut". Cette expression, très utilisée en informatique, signifie que l'on n'a rien changé aux réglages existants, c'est à dire ceux des constructeurs dans le cas présent. Certains macmaniaques, que l'indignation étouffait, lirent sans doute le texte un peu vite, et accusèrent le journaliste d'avoir volontairement introduit des défauts dans le Mac, pour le rendre plus lent ! Heureusement que sur Internet, le ridicule n'a jamais tué...

Il est vrai que le sottisier de l'informatique est démesurément grand. C'est pourquoi je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une petite blague avant de vous quitter. A l'époque où les fabricants de PC imitèrent Apple, en dotant chaque machine d'un lecteur de CD-ROM, l'acquéreur d'un micro tout neuf écrivit au constructeur pour lui dire à quel point il était satisfait de son achat. La lettre précisait qu'il avait particulièrement apprécié le support de tasse à café, que l'on pouvait faire sortir et rentrer à volonté, simplement en appuyant sur un bouton...

 
 
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