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Révision : 30 juillet 2002

Flash revu et corrigé par Nielsen

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Le logiciel Flash permet de réaliser des images vectorielles fixes ou animées pour le web. Jusqu'à présent, les concepteurs de sites en ont fait un usage généralement déplorable. Mais l'idée se fait enfin jour, que la communication graphique du web est fondamentalement différente de celle des autres médias. L'éditeur Macromedia, créateur de Flash, a demandé à un spécialiste de l'ergonomie du web (J. Nielsen) de se pencher sur cette question. M. Nielsen rendra ses conclusions au mois d'octobre prochain. Mais déjà les développeurs se penchent vers les nouvelles fonctionnalités de Flash MX : les streaming media et les échanges bidirectionnels.

Par J.C. Sohm
(25 juillet 2002)
 

Préambule

En savoir plus...

Début juin, la nouvelle fait l'effet d'une petite bombe dans le milieux des concepteurs de sites web. Dans un communiqué de presse, l'éditeur Macromedia annonce qu'il fait appel à Jakob Nielsen (spécialiste d'ergonomie) pour améliorer son logiciel Flash. Le piquant de l'affaire est que M. Nielsen est l'auteur d'un article (daté d'octobre 2000) intitulé "Flash : 99 % Bad", dans lequel il ne mâche pas ses mots. Flash, dit-il, pousse les concepteurs de sites (webdesigners) à créer des animations inutiles, coûteuses, et ne respectant pas les standards de présentation des pages web. En conséquence, les concepteurs de site devraient éviter Flash comme la peste.

Tous les internautes -- ou presque -- connaissent les animations créées à l'aide du logiciel Flash, mais tous ne connaissent pas M. Nielsen, qu'il est peut-être utile de présenter ici. Ingénieur chez Sun Microsystems jusqu'en 1998, J. Nielsen s'est ensuite mis à son compte comme spécialiste de l'ergonomie des sites web. Avec deux collègues partageant ses vues dans des domaines voisins, il a créé le Nielsen Norman Group (NNG), qui aide les entreprises à concevoir des produits qui soient plus faciles à utiliser par les clients. Les maitres-mots de J. Nielsen sont : simplicité et facilité d'utilisation. Ses conseils sont généralement frappés au coin du bon sens, mais ils sont parfois un peu excessifs. M. Nielsen possède une forte personnalité (ses interviews valent la peine d'être lus), mais le sens des nuances lui fait parfois défaut.
 

Les fameuses dix erreurs

La publication, en mai 1996, de "Top Ten Mistakes in Web Design", a fortement contribué à la notoriété de J. Nielsen. Étaient particulièrement visés :

    les cadres (frames), qui posent problème lorsqu'on veut créer un lien ou un signet / favori ;
  les techniques de pointe, lorsque leur usage n'est pas réellement utile ;
  les animations que l'internaute ne peut arrêter. Il est très difficile de se concentrer sur la lecture d'un texte si le champ de vision secondaire de l'oeil capte une image animé ;
  les URL trop longues et trop complexes ;
  les pages trop longues, qui nécessitent l'usage des barres de défilement ;
  les pages orphelines, que l'on atteint via un moteur de recherche, et qui ne possèdent pas de lien permettant de rejoindre le reste du site ;
  les navigations mal conçues, voire même inexistantes ;
  les liens de couleur non standard, qui vont à l'encontre des habitudes des internautes, et les induisent en erreur ;
  les informations périmées, qui devraient être archivées ;
  les pages trop lourdes, donc trop longues à télécharger.

En ce qui concerne les barres de défilement, J. Nielsen est allé trop loin, et il l'a reconnu par la suite. Il est clair que les internautes détestent voir apparaître la barre de défilement horizontale, en particulier quand il leur faut lire du texte (ils ne savent plus à quel niveau s'effectue le retour à la ligne). Les internautes, par contre, trouvent normal d'utiliser la barre de défilement verticale ("l'ascenseur"). Le fait que les pages ne soient pas limitées en hauteur est l'un des charmes du web -- du moins est-ce l'avis de l'auteur de ces lignes, qui a peut-être un peu trop abusé de cette possibilité.

En ce qui concerne les neuf autres erreurs, on ne peut qu'être d'accord avec J. Nielsen, dont les remarques sont conformes à la simplicité et au bon sens. Une page web est faite pour être consultée, il faut donc en faciliter au maximum l'accès aux internautes. Mais la nature humaine est ainsi faite qu'il est plus facile de faire compliqué que de faire simple. J. Nielsen lui-même ne respecte pas toujours ses propres conseils, comme lui a fait plaisamment remarquer A.T. Dunn sur son site personnel. Je me permets à mon tour d'intervenir pour signaler à M. Dunn que les pages dans lesquelles il critique Nielsen sont orphelines (erreur n°6). Arrêtons là, et n'examinons pas de trop près certaines pages du CERIG... Le proverbe de la paille et de la poutre est toujours d'actualité !

Trois ans plus tard (mai 1999), J. Nielsen revoit sa copie. Il constate que la plupart de ses remarques sont toujours valables, même si la situation des cadres s'est quelque peu améliorée. D'ailleurs, en trois ans, la page des "Top Ten Mistakes" a été consultée 400.000 fois et, en 1999, elle était toujours visitée 17.000 fois par mois. L'ergonomie des sites web est un problème important et souvent mal résolu, toutes les études le confirment.

Entre temps, J. Nielsen a recensé dix nouvelles erreurs dans les pages web ("The Top Ten New Mistakes of Web Design"). Certaines font presque l'unanimité (exemple : on ne doit pas empêcher le bouton "page précédente" de fonctionner), d'autres sont fort contestables (exemple : un lien ne doit jamais ouvrir une nouvelle fenêtre). Bref, les nouvelles "Top Ten Errors" ne valent pas les anciennes, loin de là.
 

Flash

Flash est un logiciel qui permet de créer des images vectorielles (fixes ou animées) pour le web. Son éditeur, Macromedia, a ainsi comblé une lacune, le web ne connaissant auparavant que l'image matricielle (aux formats GIF et JPEG, le format PNG n'étant pratiquement jamais utilisé). La démarche était excellente, et il ne viendrait à personne l'idée de la critiquer. Le problème vient de l'usage souvent inutile -- voire même nuisible -- que les graphistes font de Flash.

D'abord, les graphistes ont ressuscité la page tunnel sous forme de page splash. On appelle "tunnel" une page qui s'affiche avant la page d'accueil, à laquelle elle sert d'introduction. A l'usage, on s'est aperçu que la page tunnel n'avait aucun intérêt, et que les internautes s'irritaient du temps qu'elle leur faisait perdre avant d'accéder à la page d'accueil. La mode de la page tunnel a fini par passer, et personne ne l'a regrettée.

La page splash est une page tunnel animée. Elle possède la même inutilité que la page tunnel, mais elle est encore plus nuisible parce que son temps de téléchargement est généralement plus long. Si vous vous rendez sur un site pour la première fois, et si vous n'êtes pas trop pressé (cela peut arriver...), vous pouvez vous amuser à observer une animation (certaines sont indéniablement esthétiques), même si elle ne sert à rien. Mais si vous visitez le même site régulièrement, vous ne supportez plus ce hors d'oeuvre inutile, que vous connaissez par coeur, et qui vous fait perdre votre temps. Il est exact que les pages splash ont pratiquement disparu, mais elles ont été remplacées par les "flash intros" qui jouent exactement le même rôle, avec les mêmes effets pervers. Ces flash intros irritent la plupart des internautes à tel point que les graphistes ont dû rajouter le fameux bouton "Skip intro", pour permettre aux usagers d'atteindre sans trop de délai l'accueil proprement dit. Mais alors, à quoi bon écrire une introduction flash si la majorité des internautes ne la regarde pas ?

Ensuite les concepteurs se sont avisés de remplacer tout ou partie des pages HTML d'un site par des animations Flash. Cela donne aux graphistes plus de liberté de création, certes, mais au prix d'inconvénients graves :

    on prive l'internaute de toutes sortes de commodités auxquelles il est fort attaché : les boutons "page précédent" et "page suivante", les barres de défilement standard, la possibilité de modifier la fenêtre et voir le contenu se réorganiser, les liens qui changent de couleur quand on les active, les bookmarks (favoris ou signets, en français), etc.
  les moteurs de recherche ne peuvent plus analyser -- et donc plus indexer -- les pages qui sont entièrement flashées ;
  il est impossible de créer un lien vers une page flashée ;
  certaines pages flashées sont si lourdes que leur temps de téléchargement est prohibitivement long ;
  des pages flashées ne s'affichent pas, soit parce qu'elles sont trop complexes, soit parce que l'internaute n'a pas la bonne version du module externe (plug-in).

Il en résulte que l'introduction massive de Flash sur un site a généralement pour effet de faire baisser l'audience de ce dernier. On assiste ainsi à un chassé-croisé important : des sites sont régulièrement flashés parce que leurs webmestres sont séduits par les arguments des concepteurs, pendant que d'autres sites abandonnent Flash (ou du moins son usage excessif) parce que leur trafic baisse et que les internautes protestent. On conçoit que l'éditeur Macromedia finisse par s'en préoccuper.
 

L'analyse de J. Nielsen

J. Nielsen s'est insurgé contre le mauvais usage de Flash dans un article intitulé "Flash : 99 % Bad", publié en octobre 2000. Ce titre signifie que, pour 99 % des sites examinés, l'usage de Flash nuit à l'ergonomie ou à la bonne utilisation. Nielsen rassemble ses griefs en trois grandes catégories :

1 -   Flash encourage les graphistes à créer des animations inutiles ou nuisibles ;
2 - Flash rompt avec les usages bien établis du web ;
3 -  l'utilisation de Flash consomme des ressources qui seraient mieux utilisées ailleurs dans le site.

Le premier point lui-même peut être divisé en trois :

1.1 -   les pages splash et les "flash intros" sont plus nuisibles qu'utiles. Elles ralentissent l'accès à la page d'accueil, sans apporter d'information valable ;
1.2 - dans les pages entièrement flashées, l'internaute perd une partie des contrôles dont il dispose habituellement. Il se sent traité comme un "couch potatoe" vautré devant son poste de télévision ;
1.3 - les contrôles dont il dispose encore ne sont pas présentés sous forme standard. Pourquoi redessiner des barres de défilement (et alourdir inutilement la page pour cela), alors que le système d'exploitation en fournit qui sont éprouvées par des années d'usage et de perfectionnement ?

Nous sommes parfaitement d'accord avec l'analyse de J. Nielsen. Cependant, nous pensons qu'il a tort lorsqu'il écrit "[Flash] encourages design abuse". Ce n'est pas Flash qui est mauvais (répétons-le : Flash est un bon outil), c'est l'usage qu'en font la plupart des graphistes. Ces derniers sont sans doute habituées à travailler pour la publicité télévisée, où l'on cherche à faire rêver, à surprendre -- voire à choquer -- un spectateur qui n'a pas d'autre choix que d'être passif. L'internaute, par contre, présente une démarche active de recherche d'information, et il quitte rapidement les sites qui ne répondent pas à son attente ; en général, les hors d'oeuvres du type "flash intro" le font fuir. Les développeurs Flash se sont complètement trompés de public. Appliquer au web les recettes de communication graphique issues de la télévision, et penser que cela va marcher, relève de l'infantilisme.

L'éditeur Macromedia peut être félicité pour avoir créé Flash, mais blâmé pour avoir encouragé les développeurs à faire n'importe quoi. C'est une politique à courte vue, qui fait que les versions successives de Flash se sont fort bien vendues, mais qu'un nombre croissant de webmestres se méfient de cette application. On notera avec amusement que, pour son propre site, l'éditeur reste fort prudent : sur la page d'accueil, flash est utilisé dans une zone de pub uniquement, et rares sont les pages entièrement flashées. L'adage "faites ce que je vous dis, pas ce que je fais" reste d'actualité.

Nielsen précise ainsi son second point :

2.1 -   le bouton "page précédente" ne fonctionne pas ;
2.2 - le liens ne changent pas de couleur après qu'ils aient été visités ;
2.3 -   l'internaute ne peut pas modifier la taille des caractères ;
2.4 - les personnes handicapées ont un moins bon accès (voire plus d'accès du tout) aux pages flashées qu'aux pages HTML ;
2.5 - la fonction "rechercher dans cette page" ne fonctionne pas ;
2.6 - la traduction automatique n'est pas possible.

La plupart de ces défauts proviennent du fait que, dans une page entièrement flashée, le texte est traité comme une image. C'est un avantage du point de vue de la typographie, mais le prix à payer est beaucoup trop élevé, comme nous l'avons déjà souligné par ailleurs. Répétons-le : c'est une erreur grave que de flasher entièrement une page web, d'autant qu'aux critiques de Nielsen on peut ajouter le fait que les moteurs de recherche ne peuvent pas indexer une telle page.

Nielsen pense que son troisième point est le plus grave de tous. Aucun webmestre ne dispose d'un budget illimité, surtout par les temps qui courent. Les moyens consacrés au développement d'animations flash feront donc défaut sur d'autres points, tels que :

3.1 -   la mise à jour du contenu (plus difficile et plus coûteuse dans une page flashée) ;
3.2 - la valeur du contenu lui-même ;
3.3 -   l'écoute des internautes, pour mieux répondre à leurs besoins (un point dont les développeurs flash se moquent éperdument).

Ces discussions à propos de Flash s'inscrivent dans un cadre plus général. Les études sérieuses et impartiales montrent que les internautes, dans leur immense majorité, jugent un site sur :

    son contenu. Quoiqu'en disent les gourous de tout poil, sur le web le contenu est roi, et il le restera ;
  sa navigation. Rien ne sert d'offrir un site bourré d'informations si ces dernières sont difficiles à trouver ;
  la rapidité de son téléchargement. La patience de l'internaute a des limites, et elles sont bien connues. Si rien ne vient dans les 10-15 premières secondes, l'internaute va voir ailleurs ;
  sa présentation. La laideur, et plus encore le désordre, ne sont guère appréciés.

Tout le reste (graphismes complexes, animations inutiles, musique de fond, etc.) est plus nuisible qu'utile. Les internautes qui s'intéressent aux gadgets ne sont qu'une petite minorité, et les effets de mode n'ont qu'un temps.
 

L'avenir

Dès qu'un accord eût été passé entre Macromedia et le NNG (3 juin 2002) , J. Nielsen publia un additif à son célèbre "Flash : 99 %Bad". A le lire, on a d'abord l'impression que J. Nielsen met un peu d'eau dans son vin. La nouvelle version de Flash (MX, introduite en début d'année 2002), améliore l'ergonomie des pages flashées, et respecte les standards du web -- nous dit-il. On ne peut à la fois travailler pour Macromedia et garder la dent trop dure vis à vis de Flash. Ceci dit, M. Nielsen possède une forte personnalité, et on le voit mal abandonner totalement ses convictions pour gagner quelques dollars de plus chez Macromedia.

J. Nielsen affirme que l'éditeur a pris la décision stratégique d'encourager les développeurs à se focaliser sur les usages utiles de Flash. Sans doute a-t-on recours à ses services pour aller dans cette voie. Dans un premier temps, M. Nielsen recherche des exemples de tels usages, et il a lancé un appel à ce sujet sur la page d'accueil de son site. Les résultats de son étude seront débattus à la prochaine réunion des développeurs Flash, qui se tiendra au mois d'octobre 2002 en Floride.

Une question importante se pose : l'avenir de Flash se limitera-t-il à l'introduction d'images vectorielles fixes ou animées dans des pages HTML, ou résidera-t-il dans la réalisation de pages entièrement flashées, se présentant comme des pages HTML, et visant à remplacer ces dernières ? La réponse a déjà été apportée par l'éditeur Macromedia lui-même, dans un document récent (avril 2002) :

"The growing adoption of rich client technology is an evolutionary step that will not replace HTML; rather, it will extend browsers and devices for more effective and responsive user interfaces. Most Rich Internet Applications run within the browser, and many run within a web page along with HTML content. HTML will continue to play a critical role in delivering content, user interfaces, and navigation."

On ne peut pas être plus clair : l'éditeur lui-même ne croit pas au remplacement du HTML par Flash. Avis aux gourous qui clament que si hier on encapsulait Flash dans du HTML, demain on encapsulera du HTML dans Flash.
 

Conclusion

Flash est un bon outil, mais les développeurs en ont fait jusqu'à présent un usage déplorable. Il est temps que les concepteurs de sites se rendent compte que la communication graphique ne fonctionne pas sur le web comme dans les autres médias. Le rôle de l'image animée sur le web doit être repensé, et l'on attend avec intérêt les conclusions de l'étude de J. Nielsen sur ce sujet.

Ceci dit, la stratégie de Macromedia évolue, et il se peut que l'avenir de Flash se joue ailleurs. Avec la nouvelle version (Flash MX), l'éditeur s'engage dans la compétition des "streaming media", la diffusion de musique et de vidéo en direct (avec un léger retard), et celle des échanges bidirectionnels (la vidéoconférence par exemple). L'attention des développeurs Flash (il y en aurait un million de par le monde, mais ce chiffre nous parait un peu fort) va sans doute s'orienter vers ces nouveaux horizons.

 
 
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