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Révision : 26 avril 2004

L'enseignement et Internet

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Le développement d'Internet a relancé l'EAO (enseignement assisté par ordinateur) dans sa version e-learning (enseignement à distance). Bien que l'on puisse trouver des cours (ou tutoriels) gratuits sur le web, la tendance est à monnayer la formation comme l'information. Prenant tout le monde à contre-pied, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) a décidé de publier gratuitement ses 2.000 cours sur le web dans les cinq années à venir, et 60 d'entre eux sont d'ores et déjà disponibles. Si cette initiative fait des émules -- et l'auteur est persuadé qu'elle en fera -- les établissements d'enseignement qui ne suivront pas le mouvement en souffriront probablement dans leur réputation et dans leur recrutement.

Par J.C. Sohm
(05 mars 2003)
 

Préambule

En savoir plus...

Chaque fois qu'un nouveau média fait son apparition, les pédagogues réfléchissent à son utilisation dans l'enseignement. Le résultat, en général, n'est pas brillant. Le rôle que jouent le cinéma, la radio et la télévision dans la diffusion du savoir, est des plus modestes -- ce qui n'est pas vraiment surprenant, car ces médias s'adressent à des spectateurs passifs, et cette situation est tout à fait défavorable à une bonne pédagogie. Le CD-ROM ludo-éducatif a fait nettement mieux, sans doute à cause des possibilités offertes par l'interactivité. L'enseignement assisté par ordinateur (EAO), dont on avait prédit qu'il allait mettre les enseignants au chômage et révolutionner le monde, a fait un flop. Le sentiment des usagers est que l'ordinateur est fait pour obéir et non pour dialoguer, et qu'il n'y a pas plus borné que cette machine.

Néanmoins, quand ils ont vu arriver Internet, et le web plus précisément, certains enseignants n'ont pas hésité à relancer l'EAO, mais pour l'enseignement à distance cette fois. Ainsi est né le e-learning (que l'on peut traduire par "formation en ligne"), avec des variantes multiples : synchrone ou asynchrone, direct ou décalé, tutoré ou non-tutoré, etc. La consigne étant de gagner de l'argent sur le web -- ou du moins d'essayer -- ces offres d'enseignement via Internet sont pratiquement toujours faites à titre onéreux. Dans la plupart des universités, la diffusion gratuite des cours est généralement réservée à l'Intranet de l'établissement. Et les organismes qui vivent de formation continue pensent qu'ils cannibaliseraient leur activité, s'ils publiaient sur le web un iota de plus que le plan de leurs enseignements.

Les diverses expériences de vente de formation à distance sur le web sont loin, pour l'instant, d'être toutes concluantes. L'échec le plus récent -- et peut-être le plus retentissant -- est celui de FATHOM. Ce site, qui mélange un peu d'information gratuite avec beaucoup d'information payante, fut monté il y a deux ans par une pléiade d'institutions renommées : University of Chicago, University of Michigan, des bibliothèques prestigieuses, des musées, le tout sous la houlette de l'université Columbia. Il a cessé d'être mis à jour le 3 mars 2003, et il n'est plus maintenu qu'à titre d'archive.

On peut trouver des documents pédagogiques publiques et gratuits sur le web, mais leur diffusion résulte généralement d'initiatives particulières. Ainsi, il y a quelques années, un enseignant américain (désolé, j'ai oublié son nom) publia sur le web son cours dédié à Linux. Ce document connut un succès fou, et des centaines de sites miroirs furent rapidement créés par les universités du monde entier.

Dans les débuts du web, des entreprises avisées agrémentèrent leur site de "white papers", documents dédiés à des sujets techniques en relation avec leur activité. Elles constatèrent que cette initiative augmentait effectivement leur audience et la visibilité de leur site sur le web. Puis cette façon de procéder s'est un peu perdue, au profit des clowneries et des pitreries que l'on génère avec Flash -- les concepteurs de sites, et les agences de communication, étant malheureusement passés par là.

Presque toujours issus d'initiatives isolées, voire de particuliers, les tutoriels ont fait leur apparition sur le web, où beaucoup connaissent un franc succès. Le terme tutoriel est issu de l'anglais tutorial, qui signifiait initialement "travaux pratiques". Il a ensuite désigné le manuel d'accompagnement, et enfin les documents pédagogiques diffusés sur le web, le plus souvent gratuitement. On trouve des tutoriels sur un peu tous les sujets, mais plus particulièrement sur les techniques informatiques et les nouvelles technologies. En pratique, les termes "cours en ligne" et "tutoriel" sont peu ou prou utilisés comme synonymes. A cette différence près que, si vous cherchez "cours" dans un moteur de recherche, vous aurez plus souvent le plan du cours que le cours lui-même, alors que si vous demandez "tutoriel" (ou "tutorial", car le franglais a la vie dure), vous êtes pratiquement sûr de trouver de l'information en ligne.

La qualité des tutoriels est extrêmement variable ; il en existe d'exécrables, beaucoup de médiocres, et quelques-uns de tout à fait remarquables. A cette dernière catégorie appartient le cours d'introduction en Sciences de la Terre du département de géologie et de génie géologique de l'Université Laval au Québec. Intitulé "Planète Terre", il se lit comme un roman.
 

L'initiative du MIT

Le président du MIT (Massachusetts Institute of Technology) -- une institution qu'il est inutile, je pense, de présenter -- a tenu le 4 avril 2001 une conférence de presse au cours de laquelle il a fait part de sa décision de publier gratuitement sur le web tous les cours (soit plus de 2.000) dispensés dans son établissement par 980 enseignants.

L'affaire couvait depuis quelque temps déjà. "The Tech", le journal du MIT, faisait part le 23 février 2001 de discussions entre membres de l'établissement à propos d'un projet baptisé OpenCourseWare, consistant à publier gratuitement tous les cours de l'Institut sur le web, sauf opposition de l'enseignant concerné. L'opération s'étendrait sur une dizaine d'années, coûterait 100 M$, et servirait d'exemple au monde entier. Fait assez remarquable, la plupart des enseignants s'étaient déclarés favorables à la réalisation d'un tel projet.

L'opération OpenCourseWare, a effectivement été lancée au mois de juillet 2001, lorsque deux fondations philanthropiques américaines (Andrew W. Mellon Foundation et William and Flora Hewlett Foundation) ont décidé de financer 27 mois de fonctionnement à hauteur de 11 M$. Les 32 premiers cours, issus de 17 départements distincts, sont apparus sur le site OpenCourseWare le 30 septembre suivant. Immédiatement, les internautes sont arrivés en masse (220.000 pour les quinze premiers jours), en provenance du monde entier. Et des milliers de courriers électroniques, louangeurs pour la plupart, ont afflué au MIT.

Aujourd'hui (05 mars 2003), il y a 500 cours disponibles sur le site de l'opération OpenCourseWare.
 

Le projet OpenCourseWare

Le MIT, comme beaucoup d'autres établissements d'enseignement, cherchait comment tirer parti des potentialités du web, et son président avait nommé une commission chargée d'y réfléchir. Lors de la conférence de presse d'avril 2001, le président ne cacha pas aux journalistes qu'il avait été surpris par les recommandations de ladite commission. Il s'attendait à trouver un projet doublé d'un "business model" qui ferait rentrer de l'argent dans les caisses du MIT, au lieu de quoi on lui proposait de dépenser 100 M$ pour diffuser tous les cours gratuitement ! Il est probable que les performances médiocres des organismes qui vendent de la formation en ligne et à distance ont conduit la commission à chercher dans une autre direction. L'expérience montre en effet que les candidats à une formation acceptent de payer pour se retrouver en face d'un enseignant compétent, avec lequel ils peuvent dialoguer, mais qu'ils referment leur bourse s'ils se retrouvent seuls face à un écran d'ordinateur. Si le modèle du site web de commerce électronique ne fonctionne pas pour l'éducation (particulièrement pour la formation initiale), on en revient au modèle du site web vitrine.

Et quelle vitrine ! Si chaque cours, avec toutes ses annexes (images, graphiques, exercices, corrigés, sujets d'examens, vidéo, etc.), occupe une vingtaine de pages, ce sont au moins 40.000 pages web avec un contenu de haute qualité qui seront mises en ligne, sur les sujets les plus variés. Ainsi, un internaute qui recherchera de l'information sur le web dans un moteur de recherche aura de fortes chances de se voir proposer un lien vers le MIT. Ce sera la plus belle opération de publicité jamais réalisée sur Internet... A condition, bien sûr, que le site OpenCourseWare utilise des pages HTML statiques (que les robots peuvent trouver et les moteurs de recherche indexer), ce que le MIT a confirmé -- et ce qui n'exclut pas l'usage d'un format tel que PDF, des formats de la vidéo, etc.

Le MIT, d'ailleurs, ne cache pas ses ambitions. "Nous espérons que nos cours seront traduits" déclare le président, qui précise qu'on peut les utiliser librement dans un but non lucratif, et qui ajoute : "les établissements du monde entier pourront se servir de nos cours comme référence, et pour développer leur propre enseignement", "le MIT servira de modèle pour tous ceux qui veulent diffuser leurs cours et leurs connaissances", "le MIT influencera l'éducation à une échelle mondiale". Il n'a pas peur de lancer un "challenge" aux autres universités, car il est américain et possède la foi dans les vertus de la concurrence, même en matière d'éducation -- ce que les universitaires français auront peut-être du mal à accepter.
 

Problèmes stratégiques

Avant de prendre leur décision, les managers du MIT ont dû faire face à un certain nombre d'objections sur le fond.

    Question : si tous les cours sont en ligne, pourquoi les étudiants continueraient-ils à suivre la scolarité du MIT, d'autant que les frais annuels d'inscription sont très élevés (27 k$/an) ? Réponse : le MIT met ses cours en ligne, mais il ne pratique pas le e-learning. Les personnes qui consulteront ces cours ne recevront aucune aide pédagogique, ne passeront aucun examen, et ne seront gratifiés d'aucun diplôme. Mais le fait de constater la qualité de ces cours leur donnera peut-être envie de venir faire leurs études au MIT.
  Question : si tous les cours sont en ligne, pourquoi les étudiants du MIT assisteraient-ils encore au cours ? Réponse : la présence aux cours théoriques n'est pas obligatoire, chacun travaille comme il l'entend. Mais rien ne remplace la possibilité de dialoguer avec l'enseignant et les condisciples, de poser des questions, de baigner dans une atmosphère studieuse, et de se faire aider en cas de besoin.
  Question : les cours du MIT étant publiés, qui empêchera les enseignants d'une autre université de les employer ? Réponse : si d'autres enseignants utilisent ces cours, tant mieux ! c'est qu'ils sont bons. En fait, l'initiative du MIT fera des émules, et d'autres universités publieront aussi leurs cours. Une compétition se créera entre enseignants, laquelle ne pourra être que bénéfique pour le nombre et la qualité des cours mis en ligne sur le web.

Les choses se passeront-elles comme le pense le MIT ? Une grande vague de diffusion gratuite du savoir va-t-elle balayer le web, ou bien l'initiative du MIT restera-t-elle un cas isolé ? Pour l'instant, cette initiative ne semble pas avoir créé d'émules. Il faut dire qu'elle est récente, et qu'on en parle encore peu dans les milieux de l'éducation -- hors de quelques petits cénacles, où l'on a tendance à penser qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, puisque d'autres ont déjà publié leur cours sur le web. Mais il faut bien voir que ce qui caractérise l'initiative du MIT, ce n'est pas son originalité, c'est son caractère massif, systématique et gratuit. Mettre 2.000 cours sur le web en 5 ans, c'est publier un à deux cours par jour ouvrable en régime de croisière ! C'est le rouleau compresseur made in USA, et cela donne à réfléchir.
 

Problèmes techniques

Mais, disent les détracteurs, une telle opération n'est à la portée de personne, pas même du MIT. Réfléchissez au travail de création d'images et de montage HTML que cela représente, et de plus sans aucun bénéfice sur le plan financier. L'obstacle, c'est vrai, est de taille, d'autant que chaque cours possède un plan, une présentation, des spécificités et des annexes qui lui sont propres. Un cours d'algèbre, un cours d'ingénierie marine et un cours sur l'art islamique peuvent-ils entrer dans le même moule ?

La gestion automatique du contenu. Le MIT aura besoin d'un logiciel de gestion de contenu fort élaboré pour arriver à ses fins. Or les logiciels de ce type sont récents, ils ne sont pas encore très au point, et ils sont actuellement fort chers. Pour l'instant, le MIT examine les produits du commerce, mais il se doute qu'il aura un sérieux effort de développement logiciel en perspective -- il ne manque pas de bons informaticiens. En outre, il est prévu d'uniformiser quelque peu la présentation, et de normaliser les types de documents (cours, vidéos, simulations, manuels de travaux pratiques, etc.). Le MIT s'est donné un an (oct. 2002 - oct. 2003) pour résoudre le problème. D'ici là, des cours continueront à être mis en ligne avec les moyens du bord, à raison d'un par semaine environ.

Les images. Les images qui illustrent les cours posent un problème particulier. Les enseignants les empruntent souvent à des livres, des revues, des sites web, etc. Tant que ces images restent à l'intérieur de l'établissement, il n'y a pas de problème : on voit mal comment le propriétaire d'une image serait au courant et, le cas échéant, pourquoi il viendrait se plaindre. Mais si ces images sont publiées sur le web, la loi sur le copyright s'applique sans contestation possible. Deux solutions : demander l'autorisation de reproduire l'image (pour la bonne cause, celle de l'enseignement sans but lucratif) en mentionnant sa source, ou la redessiner en évitant qu'elle ne soit trop ressemblante -- quand c'est possible. Quand l'image a été créée par l'enseignant lui-même, il faut la remanier pour qu'elle présente bien et que son fichier ne soit pas trop lourd. Dans tous les cas, il y a beaucoup de travail en perspective, ce dont le MIT est bien conscient.

Il est un autre problème que le MIT n'a pas encore évoqué, mais qui se posera tôt ou tard : comment faire pour utiliser à bon escient le trafic considérable que le site OpenCourseWare va générer ? Pour l'instant, et sauf erreur de notre part, il n'y a même pas de lien hypertexte entre le site OpenCourseWare et le site du MIT. Mais le site OpenCourseWare est encore au stade expérimental (le MIT parle de pilote), et son but principal est de tester les réactions des internautes.
 

Dans les médias

L'initiative du MIT n'a pas fait beaucoup de bruit dans les médias. Quelques uns d'entre eux ont rendu compte au mois d'octobre 2002 du démarrage de l'opération OpenCourseWare : Wired News, C/Net, ZDNet, ComputerWorld, etc. En France, Le Monde interactif a intitulé son article "Le Massachusetts Institute of Technology choisit la gratuité sur le web" (mais l'a depuis retiré de son site web). Cela montre bien que dans une période où la consigne est de faire de l'argent avec le web, une publication gratuite frappe les esprits. De cet article nous extrayons deux informations qui présentent un certain intérêt :

    le projet OpenCourseWare a attiré l'attention de l'Unesco, qui en a discuté au cours d'un forum organisé en juillet dernier sur l'usage des didacticiels gratuits dans les pays en voie de développement. L'Unesco participera-t-il au financement de l'opération du MIT ?
  l'hispanité s'intéresse au projet OpenCourseWare. Ainsi, Universia.net, la fédération de 650 universités du monde hispanique, est en contact avec le MIT et envisage de traduire ses cours en espagnol. La francophonie suivra-t-elle le même chemin ?

 
Discussion

Avec son initiative OpenCourseWare, le MIT prend le monde de l'enseignement supérieur à contre-pied. Le fait qu'il y ait déjà, en Espagne et à l'Unesco, des enthousiastes qui veulent sauter dans le train en marche, ne prouve pas que les grands établissements universitaires du monde entier vont suivre. Il est probable que leurs dirigeants, aux États-unis en particulier, se posent actuellement bien des questions. D'autant que bon nombre d'entre eux sont partis dans des directions fort différentes et qu'ils ne vont pas se livrer, du jour au lendemain, à des révisions déchirantes.

Car les obstacles ne manquent pas, et le CERIG vient de faire sa petite expérience à ce sujet. Certes, nous ne sommes pas la grenouille de la fable (celle qui voulait se faire plus grosse que le boeuf), et nous n'envisageons pas de rivaliser avec le MIT. Mais, au cours du quatrième trimestre de l'année dernière (2002), nous avons commencé à mettre en ligne un tutoriel consacré aux bases de données, à partir d'un cours dispensé par l'auteur de ces lignes, si bien que nous avons pu prendre la mesure des difficultés inhérentes à un tel projet. Elles sont nombreuses, comme vous pouvez le constater ci-dessous.

    L'effort demandé à l'auteur est considérable. On fait beaucoup plus attention au texte que l'on écrit quand on sait qu'il peut être vu de l'ensemble du monde francophone, au lieu de quelques dizaines d'étudiants seulement. On corrige et on recommence, et l'on n'est jamais satisfait. Après cinq mois d'efforts, l'auteur de ces lignes en est à la deuxième version, et il manque encore quelques chapitres et la plupart des annexes...
  On n'écrit pas pour le web comme on écrit pour l'imprimé. Il y a un style web -- texte simple et clair, pas de trop longs développements, pas de formules complexes, et un petit côté vulgarisation -- qu'il n'est pas facile d'acquérir, et qu'il est encore plus difficile de respecter.
  Une page web ne doit être ni trop courte, ni trop longue. Cela impose un découpage du cours qui ne cadre pas forcément bien avec le plan, ce qui amène parfois à remanier ce dernier. Un vrai casse-tête !
  Un texte publié sur le web ne doit pas être trop structuré. On peut diviser un texte imprimé en sous-paragraphes et sous-sous-paragraphes, mais cela passe très mal sur le web.
  La présentation doit être sobre. L'essentiel du poids de la page doit être consacré à l'information utile, pas aux fioritures et à la décoration (mea culpa pour certaines erreurs passées !). Pas d'animation Flash, à moins qu'elle ne soit vraiment utile, ce qui est rare.
  Les figures ne doivent pas peser trop lourd. Pour tout ce qui est croquis, schéma, reproduction d'écran, etc. l'image gif est la seule solution sûre. Il faut tâcher de la concevoir de telle sorte qu'elle ne soit pas trop grande, et qu'elle se compresse bien en LZW.
  La navigation doit être simple et son principe sauter aux yeux. De chaque page on doit pouvoir atteindre la page précédente, la page suivante, et le plan. Ce n'est pas original mais, quand on essaye de faire quelque chose de plus élaboré, l'internaute se perd.
  Le titre web doit être bien choisi. C'est à dire qu'il doit contenir les termes que les internautes utiliserons pour questionner les moteurs de recherche. Il faut donc se torturer les méninges pour deviner ce dont l'internaute a besoin, et la manière dont il exprimera ce besoin. Car, lorsqu'on publie sur le web, c'est pour être lu...
  Il faut mesurer son audience. Il n'y a pas d'autre façon de savoir si une page web intéresse les internautes. La méthode des marqueurs semble être la meilleure.
  Il faut indiquer un contact par mail. Dans l'enseignement traditionnel, le retour d'information s'effectue par contact direct, ou via les examens. Sur le web, l'internaute est anonyme. On ne connait que le numéro IP de son ordinateur, et la nature de son navigateur.
  Il faut aller jusqu'au bout, même si la tâche est lourde. Au cours d'une tentative précédente, effectuée il y a quelques années, l'auteur de ces lignes n'a réalisé que le tiers du travail promis. Pour l'internaute, c'est extrêmement frustrant, et nous avons reçu de nombreux mails de protestation.

Et ce n'est pas tout. Si vous tentez de publier les cours de vos collègues, vous vous heurtez à une difficulté bien plus considérable, parce qu'elle n'est pas de nature technique, mais qu'elle est issue des mentalités. Les enseignants, et les établissements qui les emploient, sont pour la plupart très réticents à publier gratuitement leurs cours in extenso sur le web -- le plus souvent, ils n'acceptent de rendre publics que des plans de cours plus ou moins succincts.

Alors, l'initiative du MIT restera-t-elle isolée ? Nous sommes persuadés du contraire. Si le MIT n'abandonne pas son projet en route (et il n'y a aucun indice en ce sens), la pression deviendra si forte que d'autres établissements suivront. Entre enseignants de la même discipline, un esprit de compétition se développera, chacun voulant montrer qu'il vaut bien l'autre, comme c'est déjà le cas dans le domaine de la recherche. Et il y aura bientôt deux types d'établissements universitaires, ceux qui se font fortement remarquer sur le web, et ceux qui ne possèdent qu'un site traditionnel. Tant pis pour les retardataires.

Car il n'est pas nécessaire d'être le MIT pour mettre ses cours en ligne. Les établissements d'enseignement supérieur ont tous un site web, et ils savent généralement comment y introduire eux-mêmes de l'information. Quand on emploie une vingtaine d'enseignants au lieu de mille, on génère 40 cours au lieu de 2.000 ; l'effort de mise en ligne est en fait le même pour tous les établissements. Enfin, on n'est pas obligé d'être aussi perfectionniste que le MIT : s'il n'y a pas de vidéo pour accompagner le tutoriel, personne ne le regrettera en l'état actuel du débit moyen d'Internet.

Il y a sur le web une véritable soif de savoir, et le CERIG en fait régulièrement l'expérience. A notre grande surprise, le tutoriel sur les bases de données est devenu, en l'espace de deux mois, le document le plus consulté du site. La courbe ci-dessous montre l'évolution de son audience (en nombre d'accès par jour, toutes pages confondues) sur les 10 premières semaines de l'année 2003.

Audience du tutoriel sur les bases de données

 

Conclusion

Il ne faut pas prendre l'initiative du MIT à la légère. Si les établissements d'enseignement français n'agissent pas dès maintenant pour diffuser eux aussi du savoir gratuit sur le web, demain leurs étudiants ne connaîtront plus que les cours du MIT, ou de ses grands concurrents universitaires américains. Aujourd'hui, nos étudiants portent des jeans, boivent du Coca-Cola, regardent des films américains, écoutent du jazz, cassent la croûte chez MacDo, et dansent sur de la musique techno. Demain, ils étudieront sur les sites web américains, et ils nous interpelleront ainsi : "Vous êtes bien sûr de ce que vous nous racontez ? Vous savez, sur Internet, le cours du MIT dit exactement le contraire...". Il ne nous restera, une fois de plus, qu'à déplorer le "retard français", en attendant sans doute de plaider pour "l'exception pédagogique française".

 
 
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