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Révision : 23 septembre 2008
Un été meurtrier pour la filière papier
 
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La filière graphique en général et les papetiers en particulier ont vécu l'un des pires étés de l’après-guerre : grand calme sur bien des secteurs de l’impression mais surtout multiples annonces de fermetures ou de mises en dépôt de bilan chez les papetiers et imprimeurs européens.

Jacques de Rotalier (Septembre 2008)

 

Des industries papetières européennes en difficulté

   
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Une bonne trentaine, sinon plus, d’unités industrielles papetières (pâte, papier et carton) ont ainsi officialisé leurs difficultés en Allemagne, Espagne, France, Italie, Scandinavie, Belgique, etc.

La décision la plus spectaculaire pour nous Français est la demande de mise en liquidation judiciaire du groupe Matussière et Forest, dont le savoir-faire sur le recyclé était reconnu par tous.
Deux des grands Scandinaves ont annoncé de nouvelles fermetures en Europe, pour 1,3 millions de tonnes, augmentant d’environ 50 % le chiffre de fermetures déjà mises en œuvre depuis 2004 !
Il faut se rappeler qu’il y avait en 1991 environ 1600 unités industrielles pâtes, papiers et cartons en Europe : on devrait passer bientôt sous la barre des 1000 unités, dont 10 % en France. Toutes ces unités ne méritaient pas de survivre, bien entendu, mais ce chiffre donne une idée de l'ampleur du changement et pointe un risque majeur : l’excessive désindustrialisation de l’Europe.

Des causes bien connues

Plusieurs faits expliquent cette situation difficile :

    Le carton, très corrélé à la consommation, a moins souffert que le papier ces dernières années mais il subit maintenant la baisse de cette consommation.
  Le papier, quant à lui, vit en plus une crise structurelle liée aux nouvelles technologies, spécialement Internet, qui remet en cause sa place comme outil de gestion face à la dématérialisation. La carte Vitale, par exemple, est l’une des plus grosses applications informatiques du monde. Elle permet d’économiser la circulation physique d’un milliard de documents par an : au moins 5000 tonnes de papier sont concernées chaque année !
  Les campagnes de sensibilisation au gaspillage – "imprimez mieux, imprimez moins" – ont aussi leur efficacité : les chiffres du marché du papier de bureau sont en recul en Europe, depuis 3 ans.  
  Cette crise structurelle existe aussi dans la publicité, premier marché de l’imprimé. Internet continue de bousculer tous les médias publicitaires qui perdent tous des parts de marché. Et tant qu’Internet n’aura pas atteint sa maturité et que l'on n’en aura pas mesuré les limites (volatilité, manipulations de l’internaute, par exemple), les autres médias devront se réinventer et apprendre à mieux mesurer leur audience et leur efficacité.  

De nouveaux débouchés énergétiques et écologiques

Il n’y a cependant pas de fatalité, ni de raison de ne broyer que du noir.

Pour les fabricants de pâtes, papiers et cartons, de nouveaux débouchés pointent à l’horizon, liés à leur positionnement dans un des cycles de la nature qui paraît très prometteur : le cycle végétal dans lequel le bois (fibre de carbone) devrait jouer un rôle de plus en plus important.
Le bois joue déjà un rôle dans le recyclage : la solidité de sa fibre permet 5 ou 6 utilisations et le captage du carbone est assuré pendant toutes ces réutilisations.
De plus, le savoir-faire papetier dans la biomasse – qui représente déjà 40 % de l’énergie consommée en interne et 1 million de Tep – permet aux industriels des pâtes, papiers et cartons de jouer un rôle moteur dans le développement des projets biomasse poussés par l’État.
9 projets (sur 22) sont confiés aux papetiers français : ils permettront non seulement d’améliorer l’approvisionnement énergétique des usines concernées mais aussi de fournir les collectivités et industries environnantes.
Ces procédés nouveaux sont très complexes à mettre en œuvre et on a constaté que ceux mis en route par les papetiers étaient menés à bien dans les temps, expérience oblige…
Ce n’est pas un hasard si l’un des grands groupes scandinaves mentionné plus haut vient de créer une division "pâtes et énergie". Ces nouveaux débouchés prometteurs devraient permettre à l’industrie de compenser les difficultés rencontrées sur les marchés traditionnels de l’emballage et des industries graphiques.

Secteur graphique : des raisons d'espérer

Tout n’est pas noir non plus dans l’industrie graphique : la presse quotidienne nationale réunit encore 8,8 millions de lecteurs chaque jour, les versions dominicales progressant de 10 %. Le secteur du livre a sorti 1500 nouvelles bandes dessinées et 676 nouveaux romans : ce n’est pas forcément signe de bonne santé financière, mais au moins signe de vitalité.

La filière graphique n’a rien à perdre à proposer ses atouts aux autres médias :

    les sites Internet des journaux et magazines sont d’excellents vendeurs de versions imprimées.
  Certains romans font l’objet de versions filmées qui, à leur tour, relancent les ventes des romans en question. (ex : Un long dimanche de fiançailles).
  Les imprimeurs qui ont investi dans des outils numériques voient leurs ventes se développer grâce à la souplesse et à la réactivité des outils en question.  

Chaque média a ses atouts, l’imprimé restant celui qui fixe le mieux les symboles et les messages.

Téléchargez mieux, téléchargez moins pour sauver la planète !

Enfin, permettez moi une petite note d’humeur : les papetiers européens ont encore fait l’objet en juin-juillet d’une lettre assez agressive de la part d’ONG européennes. Les dits papetiers n’ont pas toujours été parfaits mais ils font de sérieux efforts pour s’améliorer. Leur travail leur permet parfois même d’être leaders sur des sujets porteurs d’avenir, comme la biomasse (voir ci-dessus).

Je ne comprends donc pas cette agressivité (renouvelée) basée sur des arguments souvent douteux et je rêve parfois que les dites organisations se tournent vers d’autres métiers, d’autres médias, de manière aussi exigeante. Le jour où la consommation électronique, totalement débridée, aura fait exploser tous les compteurs électriques et énergétiques, ils se diront peut être que le bon vieux végétal abondant et renouvelable dont fait partie le papier méritait peut être un peu plus de considération de leur part.
Cherchez l’erreur, avant qu’il ne soit bien tard, et proposez aussi le slogan "Téléchargez mieux, téléchargez moins pour sauver la planète !".

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
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