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Révision : 26 février 2009
Retrouver du sens
 
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Il paraît que le débat est vif entre partisans du Web ou du papier, du matériel ou de l’immatériel, jongleurs du virtuel ou travailleurs du matériel.
Cette lettre souhaite que ce débat ne se transforme pas en combat, mais clairement, elle essaie d’aider les acteurs de l’imprimé à se situer dans un monde en profond changement…

Jacques de Rotalier (Février 2009)

Matériel vs. immatériel : un faux débat

   
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D’abord, éliminons un faux débat, celui entre le matériel et l’immatériel : l’immatériel n’existe pas ! Comme le matériel, il est fait de matières minérales et/ou végétales et d’énergie. Son développement exponentiel demande même une énergie considérable. Ce n’est pas un hasard si Google a racheté les bâtiments d’une papeterie (récemment fermée) en Finlande pour y installer l'un de ses Data Centers : Google a besoin d’eau pour éviter la surchauffe de ses salles de machines (comme on aurait dit autrefois) et de plus en plus d’énergie pour faire circuler les informations, vidéos, films, etc.

Cela signifie aussi que le papier est entré dans la décroissance et essaie de la gérer au mieux. On n’ose pas poser la question de la décroissance aux tenants d’Internet, et pourtant !

Qu’est ce que lire veut dire ?

L’arrivée d’Internet bouscule bien des repères et la recherche (souvent anglo-saxonne) consacre beaucoup d’efforts à analyser tout ce qui tourne autour de la lecture.

Les extraits ci-dessous sont de Maryanne Wolf, (Center of Reading and Language Research, Tufts University, USA) :
"La lecture nous rend plus intelligents car elle laisse notre cerveau seul avec lui-même, le laissant penser sans être dérangé, contrairement à ce qui arrive lors d’une conversation par exemple". Pour Maryanne Wolf, la lecture nous a fait le "don du temps", c’est-à-dire des instants où nos pensées peuvent aller au-delà des mots écrits sur la page pour atteindre de nouveaux niveaux de compréhension. La lecture ne consiste pas seulement à absorber l’information et trouver des réponses toutes prêtes : elle est "pensée en action".

Comme le dit Proust à propos des livres : "Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs".
Nous avons peut-être là une des clés de la puissance de la lecture d’un roman, d’un magazine. Il en est de même d’une publicité imprimée dont on sait combien, combinée au courrier par exemple, elle reste un facteur fort de transmission de message.

Et la transmission ?

Journalistes, professeurs, communicants professionnels chargés de la transmission de savoir, de savoir-faire et de savoir-être sont confrontés à l’explosion de richesse et de diversité des informations désormais disponibles sur Internet. Comment l’imprimé peut-il les aider à tenir le cap d’une transmission authentique ?

Pour cela, je me réfère à un entretien que Marcel Gauchet (Centre de Recherches Politiques Raymond Aron, École des Hautes Études en Sciences Sociales) a donné au Monde récemment (Le Monde, 7 février 2009). Cela concernait le journaliste mais peut s’appliquer à toute transmission :
"Le papier est devenu inutile dans beaucoup de cas. Pour l’information de proximité notamment. Pour le renseignement, il est beaucoup plus pratique d’avoir accès à certaines données en quelques clics que d’avoir 10 volumes chez soi. Mais ces informations ponctuelles ne dispensent pas d’une recherche d’intelligibilité. Celle-ci suppose un rassemblement raisonné des données ou des points de vue, l’analyse, l’argumentation, bref du texte suivi pour lequel le papier demeure un support privilégié".
Il ajoute : "La presse papier est là justement pour fournir des clés, pour accroître la capacité d’exploiter toutes ces ressources désormais disponibles".

Je ne vois pas pourquoi ne pas tenir le même type de raisonnement à la création de cours ou au marketing direct imprimé. Tout cela est cher ? Attendez : où mettez-vous la valeur de l’intelligence et du travail humain ?

Et la légitimité ?

Quand Dominique Wolton (Laboratoire Information, Communication et Enjeux Scientifiques, CNRS) dit : "L’écran c’est la modernité, l’écrit c’est la légitimité", je ne suis pas d’accord.

Le papier est aussi la modernité. Sa fabrication nécessite les techniques les plus modernes : assembler un matelas fibreux sur une machine de 4 étages de haut, 100 mètres de long, à 60//90 Km/h est un exploit technologique trop mal connu. Les recherches en cours sur des sujets comme la biomasse, les biotechnologies et les nanotechnologies devraient déboucher sur des innovations qui renforceront la sécurité donc la légitimité de ce vieux support.

Justement à propos de légitimité de support d’information, l’attention du public a été portée récemment sur les difficultés de sécuriser le numérique. Luc Besson prétend que chaque jour, en France, 500 000 films sont piratés sur Internet. Les éditeurs hésitent à mettre leurs magazines en ligne : des sites ont déjà commencé à les pirater. Même Microsoft a du mal à se protéger !

La contrefaçon sur papier ne se développe pas à ce rythme. L’Euro protège bien sa matière et ses modes d’impression : du coup, la contrefaçon reste limitée !
Le numérique a encore d’énormes efforts à faire sur le sujet et, comme il est composé essentiellement de matière grise, je ne suis pas sûr qu’il puisse un jour sur ce sujet vraiment dépasser le papier, combinaison de matières végétales et de matière grise !

Quelques nouvelles du front de l'imprimé

Elles ne sont pas bonnes évidemment, même si la crise n’a pas la violence vécue dans d’autres secteurs.

Les arrêts techniques sont nombreux dans les papeteries. On en a un peu parlé à l’occasion de la tempête du Sud-Ouest : la plupart des unités de pâtes à papier y sont en chômage technique et ne pourront pas assurer les débouchés habituels de la sylviculture.

Les derniers mois n’ont pas été fameux pour les imprimeurs mais ceux qui ont su se positionner sur les segments porteurs d’avenir (impression à la demande, imprim’vert, etc..) s’en sortent un peu mieux.

Enfin, les professionnels de l’imprimé ont proposé un guide de l’achat de l’imprimé dans le secteur public : il est plein de conseils utiles et suggère que le papier contribue à la bonne gestion de la forêt. Tout arrive !

Michelle et Barack Obama

C’est le couple le plus médiatique de la terre : ils utilisent tous les médias (y compris une discussion hebdomadaire à la radio qui rappelle Pierre Mendès France).
Michelle Obama a offert un cadeau à Laura Bush : un stylo et du beau papier à lettres pour qu’elle puisse écrire ses souvenirs à la Maison Blanche. Barack Obama a écrit une autobiographie ("Les rêves de mon père") que je vous recommande : il nous y livre de manière forte et authentique sa recherche de son père parti trop vite. C’est un succès de librairie international.

Bon courage à tous et à toutes !

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
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