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Révision : 12 juin 2014
La filière graphique doit se réinventer
 
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Des esprits chagrins ne voient guère d’avenir à la filière graphique, contrairement à l’emballage ou à l’hygiène. Tel n’est pas l’avis d’acteurs plus imaginatifs comme le Professeur Rajendrakumar Anayath, directeur du Technological Institute of Textile & Sciences, Bhiwani (Haryana), et ancien professeur à la Print Media Academy d'Heidelberg, en Inde. Lors d’un colloque récemment tenu sur les perspectives de l’impression en 2030, il a mentionné diverses possibilités : nourriture imprimée, textiles parlants, impression bactérienne ou encore ce qu'il appelle le "Papyrus électronique"… Il distingue plusieurs étapes dans l’évolution de l’impression : la première, bien connue, consiste à mettre de l’encre sur du papier. L'étape actuelle consiste en ajouts de couleurs, de nouvelles couches, d’impression UV, d’encres tactiles, etc. Il ne faut pas s’arrêter là. Dans le futur, pourraient être concernées la fabrication d’objets, la médecine, l’électronique imprimée, la bio impression,… Demain, l’industrie, les médias, la médecine verront se développer la convergence de systèmes numériques combinés à l’Internet et l’impression y aura un rôle majeur à jouer.

Jacques de Rotalier (Juin 2014)

Où en est l'impression du futur ?

   
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  Jacques de Rotalier
Jacques de Rotalier
     

Le 26 mars dernier, se sont tenues les 4èmes Rencontres de l'électronique imprimée. Il semble bien que le décollage du marché soit en cours : les observateurs évaluent le marché mondial actuel à 2 milliards d’euros et il devrait être multiplié par 20 d’ici 2020.

Pour mettre leurs produits en valeur, de nombreux secteurs industriels utilisent des techniques d’impression classiques, sérigraphie, héliogravure ou encore jet d’encre.

De nouveaux développements technologiques consistent à imprimer non seulement des liaisons électriques entre composants mais aussi, à l’aide d’encres conductrices, des composants actifs ou passifs de matériaux semi-conducteurs ou électroluminescents. La variété des supports flexibles (papier, textile, plastique...) apporte de nouvelles fonctionnalités. Il est bien évident que la maîtrise par les papetiers de la surface du matelas fibreux qu’est le papier est un atout qui va compter.

D’ailleurs, nos grands laboratoires de recherche grenoblois – le Laboratoire Génie des Procédés Papetiers (LGP2) à Grenoble INP-Pagora et le Centre Technique du Papier (CTP) – sont des parties prenantes européennes sur le sujet. Ils en sont à débusquer les applications industrielles possibles de l’électronique imprimée voire la maîtrise ou le filtrage des ondes électromagnétiques, comme le propose le méta papier.

À Toulouse, le microtag, étiquette sécurisée d’un diamètre 4000 fois (!) inférieur à un cheveu, a été mis au point par le Laboratoire de Physique et Chimie de Nano-objets. On pourrait y imprimer des nanoparticules électroluminescentes contenant de nombreuses informations et impossibles à contrefaire.

L'une des batailles à mener par les papetiers dans ce domaine est de mettre en avant les vertus non seulement technologiques mais aussi écologiques du papier, matériau issu de la cellulose abondante, renouvelable et recyclable.

L’impression 3D est elle aussi porteuse de promesses, non pour la production en grands volumes mais pour la fabrication d'objets uniques (par exemple, des bijoux à partir de dessins), des prototypes, des plans d’architecte... Paysagistes et géographes sont également intéressés par le procédé. Cinq enseignes de la grande distribution et du bricolage testent le marché, de même que La Poste dans trois bureaux parisiens. J’ai aussi repéré plusieurs imprimeurs numériques décidés à se lancer. Il y a même un industriel chinois qui, à partir d’une imprimante 3D mesurant 150 m de long, 10 m de large et 6 m de haut, "imprime" les éléments d’une maison pas chère, à partir de matériaux récupérés !

Les choses prennent une autre dimension quand les grandes sociétés du numérique et de l’impression s’y mettent. Dell, par exemple, vient de commander 5000 imprimantes 3D. Bien entendu HP et d’autres s’y intéressent aussi, sans trop savoir comment aborder le problème ! La France a quelques start-ups à la pointe. Un magasin parisien propose des imprimantes 3D aux PME et professions libérales, avec des conseils pour tester et développer de nouveaux usages.

Ces quelques remarques rapides ont juste pour objet de nous ouvrir les yeux sur les potentiels accessibles à qui veut renouveler son regard sur ce qui s’appelle encore l’impression. Il n’y a aucune raison de croire à sa disparition.

Où en est le futur du papier ?

Limitons notre vision à l’Europe, seule dimension où l’on peut envisager l’avenir désormais. La fabrication du papier se fait essentiellement à partir de bois, probablement pour un certain temps encore... Pourquoi ?
Parce que la ressource en bois est abondante : la forêt représente 38 % de la surface de l'Europe (165 millions d’hectares). Elle est relativement bien gérée, même si l’on peut faire mieux. La fibre végétale est recyclable en moyenne cinq fois.

Aujourd'hui, il y a quatre utilisations principales du bois, par ordre de valeur :

  L’énergie qui, certes est utile en période de fort développement de la demande, mais croît parfois de manière mal maîtrisée. Elle a l’inconvénient de n’être qu’une utilisation one shot et d’émettre des particules fines.
    La trituration ou traitement de la fibre en pâte dont nous allons parler plus spécialement.  
    L’ameublement de la maison avec ce matériau naturel et chaleureux... Le métier d’ébéniste est d'ailleurs un métier magnifique qui traverse les modes.  
    La construction : là aussi, le matériau bois traverse le temps. On peut encore admirer des charpentes de granges et de châteaux plusieurs siècles après leur construction. Certains pays européens ont bien conservé cette tradition, la France s’y remet peu à peu…  

Revenons à l’industrie papetière européenne.

Même fragilisé par la crise, le tissu européen demeure solide. Les usines de papiers et cartons, papiers d'hygiène et papiers de spécialités représentent environ 10% de toutes les installations industrielles européennes. C’est une base solide pour préparer l’avenir à condition d’être capable de réfléchir à 30 ans et de mettre de la souplesse et de la réactivité dans nos manières de faire.

Et justement, la profession y travaille. Il y a trois ans, la Commission Européenne a mis au défi toutes les industries de créer les conditions de réduction des émissions de CO2 de 80%, et d'ajouter 50% de valeur à leurs produits, d’ici 2050. La profession papetière, représentée par la CEPI à Bruxelles, a été la première à relever le gant et à constater que pour répondre à ce défi, il lui fallait trouver des technologies innovantes. Forte de ce constat, la CEPI a mis en œuvre des appels à nouvelles percées technologiques, dans lesquels ont été impliqués industriels et centres de recherche du secteur bien sûr, mais aussi des universités et centres de recherche de domaines voisins liés par exemple à la biomasse, vaste sujet...

Il en est sorti huit idées fortes qui seront reprises par les professionnels intéressés. Sans jouer les prophètes, on peut envisager des évolutions fortes que je résumerai (sans être exhaustif) ainsi :

  On pourra utiliser plus facilement davantage de variétés de fibres végétale pour fabriquer des matelas fibreux (encore ?) appelés papiers.
    Ces types de papiers pourront être encore plus fins, plus souples et plus résistants, d’où, par exemple, de nouvelles possibilités pour l’électronique imprimée.  
    Les usines de fabrication seront de taille plus réduite et serviront des marchés régionaux, procurant ainsi une nette amélioration du bilan carbone lié aux transports.  
    Ces usines seront infiniment moins énergivores, voire autonomes ou même productrices d’énergie et de biocarburants de 2e et 3e générations.  

Nos centres de recherche grenoblois cités plus haut ont bien du pain sur la planche !

Pour sortir un peu du domaine qui nous concerne, ces usines pourraient aussi être porteuses de réalisations liées à la chimie verte, celle qui s’appuie non plus sur des matières premières fossiles mais sur des matériaux renouvelables. La France a la chance d’être un grand pays agricole et forestier. Ces ressources fibreuses encore insoupçonnées et peu utilisées ont de l'avenir. Il faut désormais les inventorier et les utiliser.

Conclusion

Il y a des fibres végétales en abondance en Europe et particulièrement en France. La filière graphique devrait en profiter pleinement pour renouveler ses supports. Il n’y a donc pas péril en la demeure ! D'ailleurs, certains grands groupes scandinaves sont d'ores et déjà engagés dans ces nouvelles voies...

Bon courage à tous.

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
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