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Révision : 3 mars 2014
Retour aux fondamentaux ?
 
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Les Français sont connus pour être un peuple qui aime discuter, se critiquer, pinailler. Quelques séquences ont parfois tourné à l’hystérie, au point qu’un hebdomadaire a récemment titré en couverture : Du CALME !
Je ne peux m’empêcher de mettre cela en relation avec l’épidémie de burn-out numérique qui atteindrait certaines populations. Ainsi, en Allemagne, 13 millions de salariés souffriraient de ce syndrome. Du coup, de grandes sociétés allemandes règlementent l’accès de leurs salariés à leurs messageries professionnelles pour essayer de le limiter. Je n’ai pas de conseils psycho-médicaux à donner. En revanche, j’en ai un d’un autre ordre : faites une bonne cure de lecture, de préférence sur papier. Vous vous détacherez un peu des 6 ou 7 écrans qui peuplent vos bureaux, vos poches, vos mallettes, vos domiciles... et vous pourrez tester l’adage anglo-saxon : Paper speaks to us quietly.

Jacques de Rotalier (Mars 2014)

Faites une bonne cure de lecture sur papier

   
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  Jacques de Rotalier
Jacques de Rotalier
     

Vous aurez alors un choix très large de lectures possibles : document publicitaire, catalogue, journal, magazine d’actualité, magazine spécialisé, mook, roman, biographie, atlas, livre d’histoire ou d’histoires, livre de prières, livre de cuisine, livre d’art, album photos, etc.

Et ne tombez pas dans le piège de ceux qui vont vous dire que c’est ringard, pas moderne. Faire du papier et l’imprimer fait appel aux technologies les plus modernes (une bonne vingtaine). L’imprimé actuel est tout aussi moderne qu’un Airbus...

Qu’est-ce que lire ?

Abrité par la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette, le Laboratoire des Usages en Technologies d'Information Numériques (Lutin UserLab) mesure les processus d’attention à partir des mouvements de l’œil et les corrèle avec l’activation des zones du cerveau. Son directeur scientifique s’appelle Thierry Baccino. Que nous dit-il de la lecture ?

L’acte de lire se déroule en trois phases : détection des lettres, identification des mots, compréhension des textes...

Seule une zone du cerveau située dans l’hémisphère gauche est capable d’assurer la reconnaissance des mots écrits. De plus, notre cerveau n’a pas changé depuis les Babyloniens, ses capacités de perception et de mémorisation sont les mêmes. La différence, avec non seulement les Babyloniens mais aussi nos ancêtres proches, est que nous disposons de beaucoup plus d’informations, de connaissances, d’outils d’indexation et de récupération des données.

Cela aide-t-il à lire ? Probablement pas. Toutes les études récentes de psychologie cognitive qui analysent les mouvements oculaires montrent combien la lecture sur papier permet à l’œil, donc au cerveau, de mieux fixer les écrits présentés, grâce à la stabilité du texte et aux possibilités de retours rapides sur les mots déjà vus. Pour bien lire, le cerveau utilise aussi une mémoire spatiale que le numérique n’assure pas. En outre, pour bien comprendre un écrit, il faut nous appuyer sur notre mémoire qui permet une projection de nos connaissances sur le texte lu.Déléguer à des moteurs de recherche n’aide probablement pas à construire cette mémoire, d’où des difficultés supplémentaires à construire sa propre mémoire, donc à bien comprendre ce que l’on lit.

Dans un document imprimé, l’auteur aménage un chemin de lecture vers la compréhension la plus simple et la plus cohérente de son texte. Dans l’hypertexte, le lecteur commence par prendre le même chemin, mais les sollicitations extérieures le détournent facilement du cheminement proposé et rendent le message plus difficile à lire ! Cela s'appelle la désorientation cognitive. Lire et chercher le plus rapidement possible une information n’occupent pas les mêmes zones cérébrales et, l’on sait que notre cerveau ne sait bien faire qu’une tâche à la fois, d’où un risque de surcharge cognitive…

J’ajouterai ceci : si l’on pousse un peu plus la réflexion, c’est la capacité à raisonner qui est en danger. En nous sollicitant en permanence, le Web peut nous mener à un vagabondage numérique. Le mimétisme risque de remplacer le raisonnement. L’imprimé essaie quant à lui de nous ramener à l’origine de tout raisonnement. Les tablettes et les liseuses ont intégré des progrès dans leurs possibilités de lecture profonde, mais on ne manquera pas de remarquer que ces derniers ont comme objectif de (re)copier le papier imprimé. Ils n’y arrivent pas encore complètement et cela montre bien à quel point celui-ci reste, pour le moment et quelques temps encore, la référence pour une lecture complète, profonde, au service de la pensée humaine.

Ces réflexions basées sur des observations scientifiques ne remettent pas en question la complémentarité à construire entre les différents supports. En même temps, elles contiennent une forme de mise en garde à tous ceux qui, poussés par certains industriels pressés et pressants, veulent un peu vite faire table rase du passé...

Quelques nouvelles du front graphique

Les 28 et 29 janvier 2014, le Salon du Cross-Média Publishing a mis trois salons en synergie : Creative Publishing, Demain Le Livre et Doc@futur. Lors d’une des tables rondes, un nouvel arrivant dans le monde graphique, naturellement convaincu de la complémentarité du numérique et de l’imprimé, s’est étonné de la manière dont les membres de la chaîne graphique se sont laissés marginaliser dans le monde numérique, alors que justement ce nouvel outil permet de "rematérialiser" intelligemment et facilement tout ce qui ne pourra rester virtuel. J’ai trouvé la remarque particulièrement pertinente et percutante.

Impression numérique et impression 3D sont des outils neufs à développer rapidement dans une chaîne graphique dont nous avons encore les clés. Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place. À nous de relever le défi. Deux exemples parmi d’autres montrent que c’est possible

Clairefontaine est un groupe français au management discret mais aux marques fortes. À partir de la fabrication du papier, il a su se diversifier habilement vers l’aval : cahiers, agendas, loisirs créatifs... Il vient de faire une entrée intéressante dans le monde numérique en rachetant le site (et l’imprimerie) Photoweb, l'un des leaders du marché de l’impression d’albums photos. Bien vu...

Le pays possède aussi quelques perles numériques graphiques. Il en est une qui se développe rapidement dans les activités d’impression et de finition numériques : MGI Digital Graphic Technology. En prenant 10 % du capital de la PME, Konica Minolta contribuera probablement à lui donner des moyens de croissance supplémentaires…

Une petite remarque pour terminer. L’excellente campagne pour le recyclage (à améliorer) des papiers faite par Ecofolio ne mentionne pas qu’il s’agit des papiers graphiques. Dommage car cela crée une certaine confusion. En effet, les cartons et le papier journal qui font partie de la filière papier carton sont au niveau maximum possible de taux de recyclage. Cette omission pourrait obscurcir les efforts faits pour améliorer l’image de la dite filière.

Bon courage à tous.

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
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